
Salim Bachi ? Un électron libre dans l’espace littéraire d’expression française - voyez d’ailleurs comment j’évite le mot « francophone » et préfère « expression française » ! Il a en horreur les clichés, les marques d’emballage, les cloisonnements, et c’est pour cela qu’il vous conseillera avec bonheur et malice un restaurant italien qui ne sert jamais de pâtes - ou d’ailleurs un restaurant végétarien qui ne sert que de la viande ! Il se méfie du célèbre café Les Editeurs de Saint-Germain-des-Prés - où l’on rencontre les auteurs qui font la une des magazines littéraires, mais qui parlent de leurs lunettes de soleil Prada et Cie. Oh, disons que Salim Bachi est un écrivain « artisanal ». C’est bien rare par les temps qui courent, voire s’essoufflent ! Salim croit en la puissance de la phrase, de l’image, du rythme, de l’envolée lyrique. Du coup, les premières phrases de ses romans, ces mots si chers à tout auteur - en particulier dans Le Chien d’Ulysse -, n’ont rien à envier au fameux « Longtemps je me suis couché de bonne heure... » de Marcel Proust.
Il est Algérien, ne lit pas que la littérature de son espace natal. Kateb Yacine le fascine. Rachid Mimouni l’enchante. Driss Chraïbi le comble. Que demande le peuple ? Tahar Ben Jelloun, Marocain d’origine, chante Tanger, loue sa mer, admire son envoûtement et son regard qui donne vers l’Europe ; Salim Bachi, lui, est le sublime poète de Cyrtha, nom bien prédestiné pour une ville féerique, cette ville d’Algérie qu’il évoque dans la plupart de ses livres, cette ville qui scintille dans ses yeux noirs et profonds, cette ville qui est sans doute le moteur de son riche univers romanesque. Laferrière me disait un jour : « Tout écrivain devrait habiter dans une ville qu’il n’aime pas ! ». Eh bien, Salim Bachi a sans doute suivi ce conseil : il n’habite pas à Cyrtha pour mieux l’aimer ! Et s’il aime certains grands auteurs du Maghreb, il regarde le plus souvent l’horizon, voyage ici et là, séjourne même en Italie pour une résidence d’écrivain à la Villa Médicis.
L’oiseau a fini par se poser - pas à Cyrtha, mais ce n’est pas à cause de Laferrière ! Il vit à Paris, et c’est toujours plus pratique pour embêter son éditeur Gallimard ! C’est aussi pratique pour constater de ses propres yeux - donc sans passer par les huissiers - que les agents de la RATP changent de tenue de travail, qu’il n’y a jamais de mois à Paris sans grève des transports, et que dans chaque voiture de métro il y a toujours au moins deux voyageurs qui lisent Da Vinci Code de Dan Brown !
L’éternel et inconditionnel amoureux de Cyrtha a bien voulu répondre à nos désormais traditionnelles « 10 questions à... » pour notre Blog :
1. Salim, tu as été découvert en France avec "Le Chien d’Ulysse" (Ed. Gallimard), un roman largement salué par la critique - et récompensé la même année par trois prix littéraires ! Depuis, tu as publié deux autres romans chez le même éditeur, dont le dernier, "Tuez-les tous !", figure dans la liste de printemps du Prix Renaudot. Comment vis-tu cette estime que te voue la critique littéraire française ?
Eh bien, je dirais, que cela est à la mesure de mon talent.(Rires). Sérieusement, j’en suis très flatté. Il est vrai que j’ai tout eu, ou presque, avec Le Chien d’Ulysse, mon premier roman. Et cela me semblait naturel alors. Je m’aperçois maintenant que cela était exceptionnel pour un jeune auteur. Je crois qu’il ne faut pas gâter les écrivains trop tôt. Ils en demandent toujours trop ensuite.(Rires). A présent, je critique la critique !
2. Il est toujours palpitant de voir comment un auteur, alors inconnu, est publié du jour au lendemain. Quel a été ton « parcours du combattant » pour te faire éditer ?
Par la poste !(Rires). C’est toujours la réponse rituelle dont il faut se méfier. Pour ma part, j’ai écrit plusieurs livres avant Le Chien d’Ulysse que j’ai envoyés à tous les éditeurs de la planète. Bien entendu, la terre n’a pas répondu à mes attentes.(Rires). Alors je me suis remis au travail et cela a donné, après bien des années de dur labeur, Le Chien d’Ulysse. Je l’ai ensuite adressé à quatre éditeurs parisiens connus, dont le tien, Alain. Et seul Gallimard a bien voulu le publier. Qu’Allah les remercie ! Sans eux, je serai sans doute très pauvre maintenant, inconnu, et revenu en Algérie par charter ! A présent, je suis toujours assez pauvre, pas trop, mais j’achète moi-même mes billets d’avion pour la destination que j’ai choisie !
3. Bon, Le Seuil se trompe aussi ! (rires). Revenons à nos moutons : "Tuez-les tous !", ton dernier livre est un roman bref - qui tranche d’ailleurs avec tes récits précédents. Il touche à l’actualité « immédiate », le 11 septembre, le terrorisme. Ton personnage principal est un des kamikazes qui va « s’attaquer » aux tours jumelles du World Trade Center aux Etats-Unis... Comment as-tu réussi à mettre autant de « sentiments intérieurs » dans ce personnage au point que le lecteur est médusé par la précision de la narration et la sûreté des faits ?
Je ne sais pas ! (rires) En fait, c’est le personnage de ce terroriste qui a pris possession de moi. J’ai commencé par prendre des notes sur le 11 septembre, sur ce que cela m’inspirait en général et la voix du personnage a surgi. Je n’ai fait que la retranscrire. Parfois elle allait plus vite que moi et j’ai dû l’assagir, pour garder l’exacte distance.
4. Je crois d’ailleurs que tu n’as jamais mis les pieds aux Etats-Unis ? (Rires) As-tu utilisé de la documentation pour l’écriture de ce magnifique roman ?
Ne le répète à personne, Alain. Ça doit rester entre nous. (rires) Oui, j’ai utilisé un peu de documentation pour connaître le mode opératoire des terroristes du 11 septembre. J’ai ensuite situé mon récit à Portland d’où ils sont partis. Pour le reste, j’ai fait confiance à mon instinct de romancier. Il faut à un moment ou un autre savoir s’affranchir de sa documentation pour laisser place à l’imaginaire.
5. Peut-on dire qu’après la littérature décriant le « fanatisme », il y a désormais une littérature du « terrorisme » ? Je pense principalement au dernier roman de Yasmina Khadra, "L’Attentat", dont les droits viennent d’être achetés à Hollywood...
Tu le sais bien, Alain, la littérature du « terrorisme » existe depuis toujours. Œdipe est une sorte de fanatique qui agit par la terreur. On a traduit la tragédie de Sophocle par Œdipe roi, alors qu’il s’agit en fait d’Œdipe tyran en grec ancien. Dostoïevski fait valser dans ses romans des terroristes, des pantins en vérité. Et L’Agent secret de Conrad ? Non, nous n’avons rien inventé de bien spécifique. Mais tant mieux si Hollywood s’y intéresse.
6. Je sais que les étiquettes doivent t’horripiler... Je prends le risque tout de même : faut-il parler d’une littérature maghrébine ? Ressens-tu des affinités avec les autres écrivains venus de cet espace ?
Ce qui me dérange dans cette histoire d’étiquettes, c’est qu’elles sont souvent des raccourcis faciles, du prêt-à-porter critique. On dira plus facilement qu’Alain Mabanckou est un écrivain africain et donc qu’il répond à telles caractéristiques plutôt qu’Alain Mabanckou est juste un écrivain et donc qu’il ne répond plus à nos critères préétablis depuis des années. Et donc, il faut réinventer Alain Mabanckou ! Quel travail ! (rires) Je suis un écrivain né au maghreb. Voilà tout. J’aime Kateb Yacine, Rachid Mimouni et Driss Chraïbi, mais je ne suis pas sensé les aimer tous ni les comprendre parce que nous sommes nés au même endroit. De même, je ne suis pas sensé n’aimer qu’eux. Je sais, cela dérange certains écrivains algériens. Mais comme disait ma grand-mère, si cela ne leur plaît pas, ils peuvent s’accrocher une pendule !
7. Autre question d’étiquette : faut-il parler de littérature francophone ?
L’étymologie du mot veut dire celui qui parle français. Le type qui est né à Paris parle français aussi, nous sommes d’accord. Dans ce cas, nous sommes tous des écrivains francophones, et cela va de Frédéric Begbeider à Abdourahman A.Wabéri. Maintenant si le qualificatif francophone permet de faire des distinctions entre les écrivains nés en France et tous les autres, je dis stop, gardez vos étiquettes ! Elles ne m’intéressent pas. Il n’y a pas ceux qui sont assis à l’avant du bus et ceux qui chauffent les places à l’arrière. On est tous embarqués dans la même galère, les amis. Celle de la littérature française en particulier, parce que c’est de cela qu’il s’agit au fond, et de la littérature mondiale en général, patrimoine de tous.
8. Je sais que tu sors un recueil de nouvelles dans peu de temps... Deux mots sur ce livre ?
C’est un livre que je porte depuis plus de dix ans. On y retrouvera Cyrtha, la ville mythique du Chien d’Ulysse et de La Kahéna. Et tout cela sur le mode allégorique.
9. Quel est ton univers de lecture ? Quels auteurs t’accompagnent dans ton imaginaire ?
Joyce, Faulkner, Flaubert, Conrad, Yacine...etc.
10. Quels livres conseilles-tu aux amis qui viennent sur le Blog ?
Je leur conseillerais un livre que j’ai lu
cette année : Pedro Páramo, de Juan Rulfo. Je leur conseillerais de lire aussi Gens de Dublin de James Joyce et plus particulièrement la dernière nouvelle du recueil : Les morts. Les deux livres se répondent, par-delà le temps. Ce sont deux fables sur la condition humaine. Il me plairait tant d’écrire une fable, un jour, qui rendrait compte de ce que nous sommes, par-delà les particularismes et les étiquettes.
Alain, le Bachi parle peu de son séjour à Grenade, qui a donné un livre qu’il tente d’oublier... Il nous balade, le Salim, dans Tuez-les tous, un livre que j’ai offert à une jolie burundaise récemment, un Bachi, ça sert aussi à ça... merci !
Le pacha Bachi est un peu secret. La preuve, Cyrta signifie aussi le "secret" en arabe. Faudrait-il être polyglotte pour goûter aux loukoums et autres délices bachiens ou bachiesques (bachique étant déjà pris, hélas !) ? Le Bachi pour ceux rares qui ne le connaissent pas encore : une bonne bouille, une plume solide et aérienne, beaucoup de secrets en prime. Si vous ne me croyez pas, lisez de suite "Le Chien d’Ulysse", "La Kahena" ou le dernier né, "Tuez-les tous" qui brasse une langue sortie de la gangue de la Bible, du Coran, de Shakespeare, de Farid al-Din Attar (rien que ça !). Chapeau bas
Dans ma Kaboul rêvée, il y des grands fruitiers qui cachent des grappes de grenades, des jardins entre quatre murs, des histoires à ne répéter à personne. Car morts sont mes oncles et mon père, j’ai lâchement laissé ma mère et ma soeur, tournant le dos, les yeux secs et l’âme grise de ne pas les avoirs prises dans ma brichka d’évadé. Je me réveille parfois, dans les aéroports le coeur battant au rytme des tapis roulants, avec ce goût de Kaboul de l’intérieur, le sang grandit comme une flaque dans ma bouche, la goupille fleurit dans mes mains sans que je le veuille. Avant d’échouer dans les tourniquets à luggage, comme un Christ maudit à la grande barbe noire, j’ai traversé les plaines kirghizes, mes chaussures oubliaient mes pieds et pourtant j’avais 20 ans et la vie devant moi.
Je dormais à la Grande Ourse, petit Poucet rêveur, ignorant dans ma course, la poésie lourde des chars, les pleurs des veuves, l’étouffement des sexes violés, je fermais mes oreilles pour ne pas revoir ces cauchemards, dans les chemins vides de sens, je fermais les yeux aussi, le transibérien passait comme un fantôme qui s’apprivoise, de ma gorge montait le chant de Daïnar, comme lui, exilé, apatride, comme lui ,j’aime les Djamilias, les Héloïses, les Judiths, les Liliths, dans la grande Mosquée de Cordoue aux colonnes pourpres, j’ai prié pour elles. Lâché mon coeur comme un ballon au vent, il monte, il monte dans la stratosphère, là où se perdent tous les sabirs, les religions, les cumulets du Père, du Prophète et les Vénus de Milo dans les cumolo-nimbus.
Moi, Fawad 30 ans, d’Al Quaida Air Lines,l’homme nouveau, je vous sers un Gin Tonic, je vous vends du parfum Lolita Lempické au tax free, car bientôt je dois vaporiser le grand boucan, le bing du bang, le trip du hop, la grande éclate finale. Viens, prends ma main, Natacha mon hôtesse à s’envoyer en l’air, toi que j’aime sans savoir ce que c’est qu’aimer sinon pour l’avoir entendu chanter, Dalida, caramel bonbons et chocolats, je visiterais avec toi l’envers du cockpit, le Dédale de l’Icare, la dentelle de la jartelle, le mur de ta Chine et la muraille de mon Berlin, quand enfin, nous bondirons hors de ce monde-là, les pieds à l’envers, broutant le gazon des Stades Teutons jusqu’à devenir petit monsieur et petite madame verte, alors ma chérie en plastic mou, mon petit cachou, nous pourrons rire du ballotement des dents, de la pluie et du vent, car moi, Fawad l’Afghan, je sais depuis le premier clin d’oeil de mon premier jour, que les plus grands soleils ne peuvent pénétrer le creux millénaire des cavernes, que l’ombre bleue danse dans la flamme des allumettes, et qu’il n’y a pas plus de Lucifers que de Géants verts. Surtout que le plus agité du bocal d’entre eux m’a dit pas plus tard qu’hier pendant que je méditais peinard mon quatrième attentat : Kibandi mon ombre écoute-moi pour une fois, ce chemin n’est pas pour toi, tu n’as que trois poils aux menton et tu te mêle de foutre la merde sur mon globe terrestre, là -dessus, ma chérie, il a mis les pieds sur la table et décroché ses 4 gsm qui sonnaient concomitemment à me faire pêter ce qui me reste de système nerveux après les bourrages de crânes que j’ai supporté dans les entraînements pour milices privées je ne peux pas te dire ou car les femmes sont bavardes, il continue, je t’ai ouvert l’hospitalité de l’espace aérien des Boing Boing, tu as pu survoler tous les grands de ce monde, picorer dans leurs buffets, forniquer avec leurs femmes sans effet secondaire car en contre basquet tu devais mettre un point final à toutes ces fêtes païennes. Hors que nenni, tu argue que ton combat est intérieur, et tu ne mouille pas ta djellabah ! Tu es le plus grans resquilleur de tout les temps, tu dois sûrement être journaliste.
Ho grand moufti, répondis Fawad l’Afhan dont on ne sait plus maintenant s’il a 20 ou 30 ans, je m’en fiche comme de l’an 40, je regarde le Mundial avec ma fiancée trouvée sur le net, car c’est le symbole de l’entraide des peuples.
Crâne d’oeuf pourri, chiure de mouche à caca, tu n’es pas programmé pour çà, le match est ailleur, sous la croûte du vieux cuir de notre vieille terre des hommes, en deçà des images, et mon méchant moi s’y balade avec des antennes digitales qui émettent avec d’autres méchants moi qui gouvernent tout le schmilblick.
Arrête ton discours ringard, ma fiancée du net et moi-même sommes bien informés, avons vu le film the Island -stop - partons en voyages de noces en Thaïlande - stop - rien à foutre de ta guerre du Vietnam d’après - stop - ./
Là le Moufti ouvre large ses bras flasques qui retombent comme des tentures poussiéreuses sur ses babouches,et il se met à gémir, je suis déconnecté, je suis déconnecté, moi pas pouvoir survivre dans un monde sans guerre, sans religion fratricide et sans attentat, je reste en poste c’est une question de survie pour moi,tu dois comprendre, me vois-tu errer sans but, sans ennemi, sans fatwa !
Pas grave dit Fawad l’Afhan en sortant son objectif Canon, tu feras la une du Match, du Guardian et du Financial Times.
Dites, c’est moi ou est-ce que entre Mabanckou, Tchak, Waberi et Alem, ça pue un trop fort la cuistrerie ?
"Autobiographie" est l’histoire de Fawad l’Afghan qui cherche à survivre, à jouir même de la vie, si c’est possible, mais qui est absolument indifférent à la souffrance des gens qu’il méprise tout autant que lui-même.
Soif, ils gardent leur soif.
La soif est plus aigüe que l’enchantement...
Michaux au présent.
Le travail au noir de l’écriture, celui qui est caché, tente de supprimer l’enveloppe biographique de celui qui raconte de manière lyrique.
C’est une manière obstinée, répétitive et théâtrale de faire en sorte que "les chambres refroidissent dans l’énigme".
Ce geste qui ramène tout au noir mélancolique, subtitue l’horizontalité (planitude)à la verticalité (plénitude).
C’est se planter à distance et entretenir la surface, travailler la page comme un sol, afin de se libérer de sa matrice et de traverser "le corps de la mère".
Ecrire sous son nom, c’est apprendre d’abord le Moi classique à la Rousseau.
Moi seul, Fawad. Je sens mon coeur et je connais les hommes, donc je me tire, en laissant derrière ma famille, et j’écrit en larguant au passage une bonne partie de mon héritage symbolique qui me contraint et me parasite, je tente la méthode brusque du réveil et je me tire avec des bouts de racines , en émiettant de manière irrémédiable mes figures d’origines, donc les gens qui me voient passer à toute vapeur, croient que je suis fou, mais je suis ma propre route,comme un petit Poucet absurde qui marcherais à reculons dans sa mémoire, en semant derrière lui des morceaux du pain dont il a besoin pour survivre, donc , on dirait qu’il est fou car il court en zig-zag de manière désordonnée, mais en fait il avance sans cesse plus avant, avec des retournements sur des flash inconscients de son passé, par exemple "Djamilia" de Tchinguiz Aïtmatov, ou la mosquée de Cordoue qu’il n’a jamais vue qu’en rêve et qui est son but ultime. Djamilia est pratiquement le premier roman traduit du Kizguiz dans lequel un petit garçon raconte l’histoire de sa belle soeur qui est partie avec un étranger dont elle ne cesse de se moquer au début parce qu’il ne dit rien, il bosse dur à la ferme, la guerre a volé les hommes alors, comme il passait, il est resté provisoirement, mais on sait pas d’où il vient...on dirait un muet...sauf qu’un jour par une nuit étoilée, il conduit la charette pour vendre les légumes au marché avec le petit garçon à l’arrière et Djamila et Daïnar à l’avant, c’est le plus beau passage du livre traduit et préfacé par Louis Aragon qui considère que c’est la plus belle histoire d’amour du monde...dans ce Paris orgeuilleux, le Paris de Villon, de Hugo, de Baudelaire, des Rois et des Révolutions, ce Paris qui a tout vu, tout lu, tout éprouvé, ni werther, ni Bérénice, ni Antoine, ni Cléopâtre...ne sont rien comparé au magnifique chant qui surgit de la gorge du pauvre paysan sans terre et évoque son pays...il devient magnifique tellement on sent que c’est profond, et la Djamilia qui parle tout le temps d’habitude se tait tellement c’est beau, le petit garçon à l’arrière aime très jalousement sa belle soeur et lui aussi il se tait, car il comprend, que cet instant est magique et tragique à la fois, il sent qu’elle est déjà partie, dans le pays rêvé de la chanson, il devient renfermé et inquiet...si bien qu’il ne cesse de les surprendre et va même jusqu’à les dessiner, avant qu’ils ne s’en aillent vraiment à deux, le laissant seul avec la vieille grand-mère et les poules...on dirait que Fawad s’en fout de cette histoire, il passe au stade du désapointement, car au lieu de se retourner comme Orphée sur la belle Euridice qu’il croyait avoir gagné à la loterie au départ, en fait qu’on dirait qu’il est tombé sur le grand Moufti !
Un type pas très recommandable qui est très agité lui aussi, qui le ballade un peu partout pour boire des verres cassés, soit disant pour s’amuser, mais qui espère que Fawad va faire le sâle boulot à sa place comme un bête escargot qu’il peut laisser s’entêter derrière lui des années sans avoir à se retourner pour le surveiller et le laisser préparer tranquilement ses bombes pour faire pêter des avions avec une bouteille de parfum Lolita Lempicka, c’est comique quand même comme méthode !
Fawad n’a pas envie de porter le chapeau et de servir de couverture aux énigmatiques agissements politiques du grand Moufti, qui lui présente 20 personnes à la minute, le timballe dans les cocktails, et lui montre toutes sortes de personnages franchement un peu ridicules soit-disant très intéressants et lui promet la célébrité s’il agit selon ses plans. Il qualifie chaque fois d’adjectifs secs laconiques et sans appel les rares personnes pas trop bizarres auxquelles Fawad parvient à parler en disant que ce sont soit des sombres abrutis soit de fielleux ennemis, sans que Fawad puisse vérifier si ce qu’il dit est vrai...on dirait qu’il est bête...en réalité il se cherche depuis le départ une porte de sortie dans cette étrange affaire car il n’a pas confiance du tout dans le grand Moufti qui n’arrête pas de l’engeuler et donc il sent intimement que malgré des déclarations de façade...on dirait franchement qu’il s’en fout de Fawad l’Afghan, mais que maintenant qu’il tient quelqu’un pour le suivre çà doit marcher droit. Fawad qui a bien l’habitude de sa liberté et de son Moi même s’il est fataliste et désabusé, a vraiment eu envie de prendre des vacances et de piocher sur internet une fille pour son futur à lui, dans le nouveau monde qu’il découvre tous les jours...il décide donc de laisser le Moufti à ses guerres souterraines, et lui dit en riant c’est toi qui sera célèbre ! Et apparement çà marche puisque le Grand Moufti a sorti un livre et pas un attentat comme le croyait au départ Fawad L’Afghan, et que même il lui a envoyé pour lui prouver que c’était pas de la rigolade.
Mais que c’est quand même un peu trop tard car ce n’est pas comme çà qu’il voyait sa vie Fawad, en fait il n’a pas vraiment quitté sa maman et doit s’occuper d’un mini Fawad l’Afgan qu’il avait pratiquement oublié dans toute cette histoire, mais il n’a pas eu une seconde pour dire ouf, chaque fois c’était ferme ta gueule...ou on s’appelle j’ai une réunion de gros chef toi tu reste là et tu vas m’achever ceci ou venir me chercher au train, qu’on dirait même que l’esclavagisme est de retour et les tyrans aussi...
Bon ben Fawwad est un peu menteur aussi, le grand Moufti n’est pas si spire qu’un autre, et il l’aime beaucoup en fait, mais il tient à rester indépendant vu que çà lui semble pas clair du tout et qu’on dirait même qu’il va en apprendre des vertes et des pas mûres sur son compte car tout le monde dit que c’est une sorte de patron interimaire qui ne paye jamais ses accolytes, mais bon il s’en fout un peu, car il fait lui-même son petit trou et pioche son jardin secret.
Seulement que parfois on dirait à le voir si agité qu’il regrette un peu, ou qu’il en a marre d’être tout seul car ce grand Moufti faisait peut-être des choses vraiment intéressantes après tout, mais qu’on dirait qu’il avait décidé à la base que Fawad l’Afhan était trop con pour comprendre ses explications, alors dans le fond il est très vêxé, çà le révolte car il aime bien apprendre des choses Fawad l’Afghan et qu’il est la plupart du temps fourré dans un livre car même s’il est un peu lent des fois, il peut comprendre comme la plupart des gens sur cettre terre, car çà il n’aime pas du tout du tout Fawad l’Afhan qu’on le prenne pour un con et d’ailleurd il lui avait pratiquement dit dès le départ que c’était foutu cette histoire qu’il ne comprenait pas pourquoi çà tombait sur lui comme çà, cette grande mission, il faut bien avouer qu’ils avaient fait des projets un peu débiles sans mode d’emploi et que forçément une pareille combinaison c’était plutôt grattage et tirage que le gros lot si vous voyez ce que je veux dire...alors même si cette idée de double lui trotte en tête forcément, il a lu le livre et comprend un peu tout à l’envers, mais bon aussi Fawad en a marre de se faire injurier par des gens qui mettent des commentaires sur le journal que le grand Moufti met en ligne tout les jours et qui ont dit des choses vraiment pas très gentilles on dirait quand même qu’il va voir de temps en temps parce que vous comprenez c’est quand même pas tous les jours qu’on rencontre un Moufti pareil.
Bon même si la soif non étanchée donne un plaisir inextinguible, Fawad va quand même boire un verre de lait parce que depuis le temps qu’il est devant son écran il a oublié l’heure et les autres gens avec lesquels il vit pour le moment.
Bonjour. C’est Myriam de Constantine et j’aimerais bien dire deux mots sur les deux premeirs romans de Bachi. Au départ je pensais que l’etreprise de Bachi est celle de se débarasser du sens actuel du mythe (mensonge, illusions...)en lui attribuant une nouvelle vie. Or je me suis aperçue dernièrement ( lors d’une interview)que lui-même l’évoque comme étant ue parole qui ne repose sur aucun fondement quand il parlait du "mythe du bon flic" en Algérie ou ailleurs, il disait que ce n’est qu’un mythe et donc ce n’est pas réaliste.
Voilà que vraiment j’arrive pas à saisir cette contradicon.
Ils peuvent s’accrocher une pendule !
Salim, n’avale pas ta salive
Crache le venin des mots
Sur la face hideuse du monde
Chausse tes sandales de caoutchouc
Effleure de ta paume gauche l’épaule
Du Fils du pauvre
Arpente cette "Terre de sang"
Une chrysalide entre le pouce et l’index
La voix chaleureuse aux lèvres
Sur ton long chemin ni "Opium ni Bâton"
Chevauche cet "Eté africain"
Déambule avec Omar
Aiguise ta plume humecte la
Du crachin des ans
Imbibe la de l’embrun du temps
Pars explorer les contrées du non-dit
Pars à la quête d’une fable à venir
Et qu’ils "accrochent une pendule"
Sois constamment nostalgique de
Annaba la belle
Annaba le nid douillet
Et que Cyrtha te tienne compagnie
Dans ce beau périple des mots
Ahmed EL INANI /FES
tu es notres fierter mon cousin
tu nous manques tous il ne reste de toi que nos photos de notre jenesse
faouzi qui pence a toi ton cousin d’annaba
Bonjour,est-ce que c’est possible s’il vous plait d’avoir les coordonnées de Mr.Salim BACHI. Mérci
Bonjour Alain
Jamais de portraits d’auteurs femmes d’expression française. Je viens de lire "la jeune fille et la mère" de Leila Marouane. Edifiant ! je ne peux guère dire plus, sauf que je l’ai soumis à mes élèves. J’ai découvert cette auteure grâce à Zineb Ali Ben-Ali, prof de lettres à Paris 8, qui travaille sur son oeuvre. Je l’en remercie à travers ton site (que j’adore, et l’informe que je me suis procurée tous les ouvrages de L. M.