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Cesare est un ami, un vrai, un frère, cette nouvelle me fait froid dans le dos. Talentueux écrivain on ne peut lui nier ses sympathies vers l’ultra gauche, mais est-ce là une raison suffisante pour le traîter comme on le fait ?
Perben hier a présenté un texte qui double en France la durée de la garde a vue, qui ne permet à un prévenu de recevoir l’assistance de son avocat que 48h après le début de la garde a vue au lieu d’une heure, et qui permettrait les perquisitions de nuit. Plus bien des aménagements liberticides.
Vous les opposants d’un régime qui n’a dans la majorité française que des amis et qui vous croyez en sécurité dans le pays des "Droits de l’homme", gardez-vous à droite, gardez vous à gauche, ayez des yeux sur votre nuque et faites bien attention à ce qui vous arrive de face, le centre de rétention administrative de Roissy peut devenir dès ce jour l’antichambre d’un nouveau Beach. Ya SANZA
L’écrivain Cesare Battisti, 49 ans, auteur connu de romans policiers, a été arrêté hier par les policiers de la Direction nationale antiterroriste (DNAT). L’ancien militant italien de Prolétaire armé pour le communisme a été placé sous écrou extraditionnel, car son pays a envoyé à la France une demande d’extradition, diffusée sur tout le réseau Schengen. « Il était recherché », déclare-t-on au ministère de l’Intérieur.
Les policiers antiterroristes n’ont pas eu à le chercher, car Battisti ne se cachait pas. Comme tant de ses camarades exilés ici des « années de plomb » italiennes, il vit au vu et au su de tous. Ecrit des romans, a une vie de famille. Se pensant, comme les autres « réfugiés italiens », protégé par la « doctrine » Mitterrand, qui, en 1985, avait accordé la tranquillité à ceux qui « avaient rompu avec la machine infernale » (Libération du 23/09/2002).
Evadé. Après un passage en France en 1981 et une cavale au Mexique, il est revenu à Paris en 1990. Militant en 1976 d’une extrême gauche italienne qui prône la lutte armée, il est incarcéré en 1978 pour deux ans et demi en Italie avant de s’évader. En 1987, après l’un des procès-fleuves dont l’Italie avait alors le secret et sur la foi de déclarations de repentis, Cesare Battisti est condamné, en son absence, à la perpétuité, pour quatre meurtres (qu’il nie) et 60 braquages. En 1990, il est arrêté en France à la demande de l’Italie. Mais la justice française refuse de l’extrader. Entre autres parce que deux des meurtres pour lesquels il est condamné ont été commis le même jour, à la même heure, à Venise et à Milan. Mais aussi parce que l’Italie ne rejuge pas (contrairement à la France) les condamnés par contumace.
C’est pourquoi ses avocats, Mes Irène Terrel et Jean-Jacques de Felice, étaient hier stupéfaits : « Le 29 mai 1991, la chambre d’accusation de Paris a donné un avis défavorable total à son extradition, alors, pour nous, c’est très simple, la protection juridique de la France est absolue et s’impose au gouvernement. Nous sommes encore dans un Etat de droit et cette affaire ne peut se résoudre que par une libération ! »
Même si, en 2002, Dominique Perben, après une rencontre avec son homologue italien, avait déclaré que désormais les situations judiciaires des exilés italiens seraient toutes vérifiées et que des extraditions n’étaient pas impossibles. Ainsi celle de Paolo Persichetti. Pour ce dernier, les juges français avaient donné leur feu vert à son rapatriement, un décret d’extradition avait été signé en 1985 par Edouard Balladur. Ce qui permit, dix-sept ans plus tard, au gouvernement Raffarin de le renvoyer, en quelques heures, dans les prisons italiennes. Il a été extradé en une nuit de France vers l’Italie en août 2002.
Mobilisation. Pour Cesare Battisti, le cas est différent puisque aucun feu vert n’a été donné. « Il y a une nouvelle demande de l’Italie qui nous lie, souligne-t-on au parquet de Paris. Ce sera à la chambre de l’instruction de décider... » Hier, les auteurs de polars camarades de Battisti ont commencé à se mobiliser, et son éditrice, Joëlle Losfeld, se disait « atterrée » : « Comment cela peut-il arriver maintenant ? En abandonnant les promesses et les principes ? »
Dominique SIMONNOT mercredi 11 février 2004 © Libération
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