Ces derniers temps des universitaires africains sont montés au créneau pour soit crier contre l’absence d’écrivains dans leur pays, soit se réjouir - trop vite d’ailleurs - d’une petite prétendue embellie...

A décrypter les plaintes des chroniqueurs gabonais et congolais (RDC), deux pays francophones d’Afrique noire souffriraient actuellement d’une absence de littérature (le Gabon) ou d’un manque de romanciers (la Republique Démocratique du Congo, RDC). Fainéantise des gabonais ? Les Congolais de l’autre rive seraient-ils, eux, plus musiciens de soukouss, ndombolo et rumba qu’écrivains ?

Ainsi, pour la RDC, c’est le professeur Alphonse Mbuyamba Nkakolongo qui se lamente dans un article intitulé « La littérature congolaise [ex-Zaïre] de langue française en panne » paru dans Le Potentiel :

« Il y a quatre ans, la revue Notre Librairie (n°146, octobre-décembre 2001) publiait une livraison intitulée Nouvelle génération consacrée à la création littéraire contemporaine du Sud. L’expression, qui a fait date, dessinait les contours d’une nouvelle scène littéraire au travers d’un certain nombre d’auteurs. Le choix, pour être significatif, n’avait cependant et bien évidemment rien d’exhaustif. Fait cependant remarquable est qu’aucun auteur de notre pays n’y figure ! »

Et comme si ce malheur ne suffisait pas, ce même professeur rappelle le calvaire que la revue Notre Librairie a encore fait subir à son grand pays :

"Dans son récent et dernier numéro, le 158, avril-juin 2005, la même revue dans une livraison titrée Plumes émergentes s’intéresse à d’autres talents littéraires naissant en Afrique. Quatorze auteurs sont ainsi présentés par des écrivains plus confirmés. Plus surprenant encore que dans ce choix et cette sélection sévère aucun nom d’un Congolais n’est mentionné. Qu’est-ce à dire ? Il est manifestement perceptible que notre littérature écrite -singulièrement de langue française qui est encore la langue officielle de notre pays - est véritablement en panne."

Alors, le découragement est à son comble, le professeur d’université perd son latin mais nous lance son petit « J’accuse » en termes suivants, bien que moins vibrants que ceux d’Emile Zola :

« Que faire dès lors ? Nous ne pouvons qu’interpeller, en premier lieu, le Pouvoir public pour qu’il se ressaisisse en vue de la promotion et de l’assomption de la chose littéraire dans notre pays. Pour ce faire, comme pistes de solution, il y a entre autres la relance des concours littéraires au niveau du ministère de la culture, le soutien financier à la récréation des maisons d’édition, la valorisation du statut de l’écrivain dans la société en lui facilitant surtout la publication de ses oeuvres, etc.

Et voilà encore un professeur qui ne réalise pas que les gouvernements africains se foutent de l’écriture et qu’on ne peut pas pondre des écrivains par décrets présidentiels. Sauf à faire une littérature de masse et sans intérêt !

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Ludovic Obiang

Chez les Gabonais, au contraire, l’heure est à l’autosatisfaction même si je ne vois rien qui puisse me dire que le Gabon a enfin une littérature et quelques écrivains majeurs. Dans les colonnes d’Africultures.com, Jean-René Ovono Mendame exulte et nous commet un article "romantique" intitulé en toute modestie : Gabon : Naissance d’une littérature : Chantal Magalie Mbazo’o Kassa une romancière en pleine croissance.

L’introduction de cet article ressemle beaucoup à un cocorico dans une basse-cour dont le reste de la volaille douterait de l’apparition du soleil :

« Après de nombreuses années de balbutiements, la littérature gabonaise, en particulier le roman, connaît de progrès remarquables depuis 1980. »

Ah bon ? C’est à croire que les années 80 nous sont passées par-dessus la tête au point que nous n’avons pas remarqué ces fameux écrivains gabonais qui ont contribué louablement « au progrès remarquable » comme le souligne ce chroniqueur vraisemblablement averti... Notre chroniqueur campe sur ses positions comme un gréviste de la faim et nous dit en substance, mon Dieu, que la littérature doit servir la promotion du patrimoine culturel d’un pays - donc un peu comme au temps du communisme dur et sec :

« Dans ce mouvement d’éveil intellectuel, les femmes affichent nettement leur détermination à promouvoir par l’écriture le patrimoine culturel national jusque-là mal connu du public africain et francophone. Déjà, à l’actif de son bilan deux romans, Sidonie et fam, le jeune auteur s’annonce dans l’espace de la créativité littéraire féminine comme une étincelle que le talent fera croître pour devenir flamme. »

Encore des mots, rien que mots. Si je comprends bien, pour les Gabonais, d’abord on seJPEG fait étincelle, puis on se fait flamme ? A cette allure le Gabon va attendre des années-lumière pour atteindre l’embrasement littéraire. Qu’il est bien seul le grand Laurent Owondo, premier romancier gabonais ! Tenez, recommandons d’ailleurs la lecture de son livre Au bout du silence, paru en... 1985 (les fameuses années 80) chez Hatier, dans la Collection « Monde noir poche » que dirige toujours le professeur Jacques Chevrier.

Pour le reste, si vous voulez mon avis, le voici : il est clair que Ludovic Obiang (voir photo), auteur de nouvelles, semble le plus sérieux espoir des lettres gabonaises tandis que Justine Mintsa - auteur d’Histoire d’Awu, roman paru en 2000 - a créé une grande déception en regressant de la collection Continents noirs de Gallimard à l’Harmattan ! Ayant dit cela, je sais que je ne vais pas me faire que des amis...