L’homme est toujours là, au comptoir de la discothèque Ramdam, près de l’Hôtel Meridien de Brazzaville. Chaque soir il compte des liasses de billets, achetant une bouteille à qui le lui demande. Il a un cigare, le ventre qui va avec l’allure de "patron" qu’il veut traduire. Il parle à peine, regarde les gens de haut, fait quelques pas dans la foule en liesse. « C’est toujours comme ça avec lui », me dit un habitué. Vers 2 heures du matin, l’ambiance est à son comble. On entend le Disc-jockey « lancer » les noms des enfants de ministres qui, certainement font le chiffre d’affaire de l’établissement... Ils sont quelque part dans la pénombre. Je ne les connais pas. Mais tout le monde les connaît et sait à quel endroit ils se placent dans cette discothèque. Et puis, il y a ce sapeur habillé en costume vert et cravate rouge. De quoi donner des migraines à celui qui le regarde trop. Mais le roi n’est pas son cousin. Il parade, il se prend pour Artaban. A ses côtés, Narcisse ne serait qu’un jouet de Noël. Le type reste debout des heures entières. On me dit qu’il « frime », qu’il « pompe de l’air » et nargue les enfants des dirigeants politiques. Et un habitué me lance : « Oh, laisse tomber, ce type est un pauvre connard de Château Rouge à Paris, il porte la même veste pendant un mois ! C’est pas un vrai sapeur ! »

L’armée des prostituées est là, prête à bondir sur qui montre que sa poche est pleine de billets. Ces filles ont le même « look ». Ce genre de perruques qui sentent à la fois l’odeur de vin de palme et de boyaux de mouton pourris. Des perruques blondes, vertes, roses. Hier j’ai même vu une perruque qui rivalisait avec les couleurs de l’arc-en-ciel. Et que dire de ces vieux Européens grabataires qui embarquent de minettes d’à peine 17 ou 18 ans. Il faut voir ces filles danser avec leurs australopithèques européens ! C’est tout juste si elles n’accompagnaient pas ceux-ci dans la tombe. Ici ces vieilles reliques d’Europe sont des papes. Ils choisissent, embarquent trois ou quatre filles. L’hôtel est à côté. Il ne leur reste plus qu’à être performant et de convoquer leur désir d’amour lointain afin que leur mât de Cocagne se dresse enfin. Le climat du pays les aide sûrement. Trouveraient-ils une telle opportunité dans leur pays ? Bref, l’insoutenable légèreté l’être, la plaisanterie. Un jour ces filles finiront par tirer leur coup avec des squelettes. L’argent excuse tout, me dit-on...