vendredi29 décembre 2006

"Verre Cassé" au théâtre, à Bruxelles

Avec beaucoup d’appréhension, je suis évidemment allé à Bruxelles voir la pièce de théâtre Verre Cassé tirée de mon roman éponyme paru en 2005 aux Editions du Seuil. La pièce, mise en scène par le directeur du Théâtre de Poche, Roland Mahauden, se joue depuis le 5 décembre, et les dernières représentations auront lieu le vendredi 29 et le samedi 30 décembre avec une reprise en 2007. Il est toujours étrange, pour un auteur, de voir les personnages qu’il a inventés dans l’intimité de sa création prendre une autonomie sur scène. Du coup, on ne regarde plus son livre de la même manière. Cette expérience est plus qu’excitante car on est partagé entre l’angoisse de voir ses personnages "en vrai" -lorsque le spectacle est très réussi - ou d’être "choqué" parce qu’on ne reconnaîtrait plus ses propres enfants... Dans les pages du quotidien Le Monde d’hier (daté du 29 décembre), le journaliste Jean-Pierre Stroobants a fait le compte-rendu suivant, m’enlevant ainsi la difficulté de pouvoir tout vous résumer ici :


Le portrait tonitruant d’une Afrique souffrante

Le Théâtre de poche de Bruxelles, l’une des scènes les plus innovantes de la capitale belge, réussit en ce moment un pari difficile : adapter pour le théâtre l’un des romans francophones les plus truculents de ces dernières années. Verre Cassé, d’Alain Mabanckou (2005), couronné récemment par le jury du prix Renaudot pour son roman Mémoires de porc-épic (Seuil), était une farce métaphysique et le portrait tonitruant d’une Afrique qui, même si elle souffre, n’oublie jamais de sourire. La pièce est jouée jusqu’au 30 décembre et sera reprise en 2007 (tél. : (00-32) - (0) 2-649-17-27. www.poche.be).

Le livre racontait comment Verre Cassé, une sorte de Bukowski de Brazzaville (Congo) - ville où Alain Mabanckou est né il y a quarante ans - écrivit la vie des habitués du Crédit a Voyagé, un improbable bistrot à ciel ouvert tenu par L’Escargot entêté. JPEG Ce patron, désireux de conserver la mémoire du lieu, offrit un jour un cahier au plus cultivé de ses poivrots, le priant d’y consigner les anecdotes et les prouesses, les drames et les émotions des uns et des autres. S’ensuivit un récit picaresque, un drôle de drame où les conventions, les traditions et le politiquement correct volaient en éclats.

C’est Roland Mahauden, directeur du Théâtre de poche et grand connaisseur de l’Afrique centrale, qui repéra dans le livre de Mabanckou les ingrédients d’une possible pièce. Après avoir tranché dans le texte dense, torrentiel, sans ponctuation, de l’auteur, il partit à Kinshasa pour y recruter des acteurs choisis parmi les vingt troupes locales qui subsistent. Il monta enfin la pièce, au Centre Wallonie-Bruxelles. Elle y connut un énorme succès. Dans ce pays "en transition" vers la démocratie, ce portrait d’un peuple miséreux, coincé entre des politiques qui rêvent de grandeur et des prêcheurs hallucinés ne pouvait que "parler" à la population. Derrière la farce, les Congolais ont aussi distingué le portrait d’une Afrique en déliquescence. JPEGAvant d’assister, à Bruxelles, à une représentation de la pièce, Mabanckou s’exclamait, hilare : "Mon Dieu ! Comment ont-ils fait pour restituer l’ambiance du livre et la force de la parole ?" Il est reparti, apparemment satisfait : les spectateurs belges aussi ont compris que, dans ce décor à 50 dollars, c’est un propos universel sur la condition humaine qui résonne.

Le Théâtre de poche, partie prenante du projet Yambi, qui, en 2007, entend rapprocher les cultures congolaise et belge, ne s’arrêtera pas là. Dès janvier, il commencera, en Afrique, un cycle de plusieurs dizaines de représentations pour dénoncer le sort réservé aux "enfants sorciers" : ces orphelins, rendus responsables de tous les maux de la société par les Eglises dites "de réveil", sont battus, torturés, voire tués, en grand nombre.

Jean-Pierre Stroobants, Le Monde, 29 décembre 2006

Commentaires

  1. Posté par Timba Bema, le 29 décembre 2006 à 10:55

    meilleurs voeux à tous pour l’année à venir... et en musique s’il vous plaìt...

    http://www.youtube.com/watch?v=U4FA...

  2. Posté par Prosper, le 29 décembre 2006 à 13:47

    Comme je traînais la semaine du côté de Belgique, j’ai eu la chance de voir cette pièce. Le griot m’a beaucoup séduit, ainsi que ce type qui jouait le personnage principal (Verre Cassé), je n’ai plus son nom en tête. Moi j’ai le contraire : j’ai vu d’abord le spectacle et j’ai acheté Verre Cassé qui se vendait à l’entrée du Théâtre. J’a&i demandé au metteur en scène les dates prévues pour la France et il a dit que c’était en cours... Vivement que ce spectacle soit découvert ici. Cela vaudra le détour. Un point tout de même : pourquoi les salles de théâtre sont toujours remplies d’Européens ? En effet, alors que la salle était pleine à Bruxelles, je n’ai compté à peine que trois ou quatre Noirs ! C’est presque pitoyable pour la communauté. Au théâtre de Dieudonné, à la Main d’or, c’est la même chose : je suis allé voir son "Best of", et il n’y avait seulement que trois ou quatre Noirs. Est-ce que nous sommes disqualifiés sur les choses de la culture ou alors nous ne sommes bons que pour les boîtes de nuit à 240 euros la bouteille de champagne ?

  3. Posté par L’impasse, le 29 décembre 2006 à 14:59

    Sur ce point, nous sommes presque dans une impasse, Prosper. C’est un triste constat que nous faisons depuis des années. Et on n’a pas l’impression que les choses changeraient de si tôt. Pourtant, dans beaucoup de pays africains, le théâtre passé à la télé attire tellement de monde, on n’a même pas besoin de comprendre la langue des acteurs pour rigoler au fil de leurs scènes. Les corps disent souvent mieux les situations, font plus d’humour, d’ironie, que les mots. A Paris, je parie quand même qu’il y aura un public plus mélangé. Un film africain récemment primé à Venise qui mérite aussi qu’on aille le voir, celui du Tchadien Haroun (en voici un article du Monde :

    http://www.lemonde.fr/web/article/0...

  4. Posté par Aurélia, le 29 décembre 2006 à 17:40

    Felicitations. Verre Cassé méritait au moins le Goncourt. Mais ceci n’est que mon humble avis.
    Vivement que la pièce se joue à Paris.

  5. Posté par Petite Momie, le 29 décembre 2006 à 17:41

    Prosper écrit : "Un point tout de même : pourquoi les salles de théâtre sont toujours remplies d’Européens ? En effet, alors que la salle était pleine à Bruxelles, je n’ai compté à peine que trois ou quatre Noirs ! C’est presque pitoyable pour la communauté."

    Vous en connaissez beaucoup vous, des noirs qui se passionnent pour le théâtre ?
    Lol.

  6. Posté par willo, le 29 décembre 2006 à 18:18

    J’ai pas encore acheté le roman "verre cassé"mais les quelques extraits que j’ai pu voir de la représentation de la pièce à kinshasa sur tv5 monde m’incitent à acheter le roman et surtout à aller voir la pièce lors de sa tournée hexagonale.Je fais partie de ceux qui ne vont jamais au théâtre mais dorénavant je ferais un effort, c’est promis cher prosper.Bonne fête à tous les membres du village.

  7. Posté par Le gars de Lille, le 29 décembre 2006 à 18:38

    Hum... Ce que vous dites là met l’eau à la bouche. C’est vrai que la belgique n’est qu’à une démi heure d’ici mais je prefère attendre la tournée hexagonale avec l’espoir qu’il s’arrêteront ici. Sinon je vais les suivre. Histoire de repérer les faciès de ces infatiguables palabreurs du village et avoir le coeur net sur ce "verre cassé" vivant qui me fait penser à "douradeb" un prophète autoproclamé des oeuvres du Tchadien Ndjékéry

  8. le 29 décembre 2006 à 20:28

    Aurélia, Verre Cassé méritait au moins le renaudot ? et au plus ?

    Edwige

  9. Posté par Martin Denzel, le 29 décembre 2006 à 20:40

    Salut Alain,

    Salut au plus prolixe (si je dis "plus grand", tu vas croire que c’est parce que tu mesures plus de 1,5m) des chroniqueurs littéraires de Paris.

    Ton expérience blogueuse s’avère intéressante et de plus en plus, on va être obligé de passer par ta fenêtre internet pour avoir des informations culturelles sur l’Afrique, et peut-être même des informations tout court.

    On a déjà oublié que Yanick Noah était tennissman il y a quelques années seulement mais toi, il n’y a pas beaucoup de risques qu’on te prenne pour un journaliste en oubliant que tu es écrivain, car tu es surtout ça et esentiellement ça (même si tu crois qu’il faut être sur la liste du Goncourt ou du Renaudot pour mériter le titre d’écrivain. Sans rire

    Bref, tu écris beaucoup, tu chroniques énormément et on a plaisir à lire toutes ces informations précieuses dénichées aux quatre coins du monde de la négrerrance.

    La question que soulève l’absence de Noirs dans les salles de spectacle européennes (comme c’est le cas pour Verre Cassé à Bruxelles) est une de ces questions un peu absconses dont les Noirs d’Europe ont le secret.

    La réponse que j’ai envie d’apporter est la même que celle que j’ai commencé à donner à la consoeur Léonora Miano prix Gcrt. des Lycéens : toi comme elle (comme n’importe qui ayant réussi à sortir du lot ici) est un produit fabriqué par des gens bien précis et à leur propre usage. La plupart des posts s’interrogent sur la non adéquation entre la couleur de l’écrivain et celle du public. Mais ils font semblant d’oublier la case "machine". Un écrivain est un produit et comme tout produit, il provient d’une firme. L’auteur est peut-être noir mais la firme n’est pas noire. L’auteur, l’écrivain, c’est de la matière première. Depuis quand les diamants d’Anvers ou de la place Vendôme appartiennent-ils au Kasaï, à la Centrafrique ?, à la Sierra léone ? C’est la même chose. Léonora ou Alain sont élus d’une certaine machine. tant mieux pour eux, tant mieux pour leur porte-feuille, tant mieux pour leur proches.

    Mais cela n’en fait pas des héros africains. Non, un produit d’une machine où les Africains n’ont pas leur mot à dire n’est pas un produit représentatif de l’Afrique. L’Afrique là-dedans n’est qu’une matière première ; la matière finale est à l’image de la machine qui l’a produite.

    Hier à Africa N1, j’ai commencé à le dire à Léonora Miano mais la journaliste m’a coupé la parole.

    Le problème c’est que l’Afrique n’a pas de héros dans le domaine de la création artsistique et littéraire ;du coup, les produits de la machine essaientd e combler le vide. C’est presque de l’usurpation. Les héros ne manquent pas en réalité mais ils n’ont pas de machine. Présence Africaine et d’autres ont essayé de jouer ce rôle de firme mais cette maison a globale ment échoué. Il n’existe pas de machine proprement africaine. La place qu’occupent les gloires parisiennes noires est une place légitime mais ce n’est ps une place de héros africains alors que quelque part, ils essaient aussi d’être des héros africains. ce n’est pas la leur.

    L’Afrique a des héros, elle en localement, quelques uns mais pas des ténors transrégioanaux et transcontinentaux, provenant d’elle, promus par elle et reconnus par elle.

    Dans la chanson et la musique en général il existe des héros populaires et incontestables. C’est pour cela que les boîtes de nuit sont pleines ; pas parce que les nightclubbers africains sont des abrutis ; ils ne sont pas plus abrutis que les autres ; je préfère cette adéquation populaire à l’élite d’usurpation que forme ces générations spontanées d’écrivains mis sur orbite du jour au lendemain. Je sais, Alain, la génération spontanée, ce n’est pas ton cas ; tu as fait tes classes. De toute façon , ce n’est pas la question. Publié au sommet du jour au lendemain ou pas, la question c’est "qui veut ça ?", "ça plaît à qui ?", "c’est pour le plaisir (ou la mélancolie) de qui ?"

    Un exemple simple, même cette radio africa N1 n’est pas capable d’être une machine africaine, malgré les millions que Bongo a injectés dedans. Le PDG est blanc, le DG est blanc, tous les décideurs y sont blancs. C’est nul.

    A cause de tout ça, je préfèrerais aller danser le coupé décalé à 300 € avec des vrais héros plutôt que de regarder un spectacle fait pour les blancs par les blancs, avec le concours opportun d’un esthète africain fût-il plein de talent. Et si je décide d’aller voir verre cassé à bruxelles ou à paris le dernier de mes soucis sera de savoir combien de noirs il y a dans la salle.

    Sincèrement,

    Martin.

  10. Posté par Mary, le 29 décembre 2006 à 21:08

    Puisqu’on reparle de "Verre Cassé" une question existentielle me taraude : Combien de titres de livres avez-vous repéré dans ce livre, au fil des pages, si bien camouflés dans le texte ?

    Ma grande découverte littéraire de 2006 en tout cas ce "verre cassé" et une idée toute trouvée de cadeau pour les amis et les proches pour les fêtes....

    As-t-on une chance de voir la pièce en province ??

  11. Posté par Mère Evé de Paris, le 30 décembre 2006 à 15:26

    J’avais beaucoup apprécié Verre Cassé sur scène au CCF de Brazza, cet été, vas-tu en parler aussi, Alain ? J’espère pouvoir bientôt assister à cette version congolo-belge.

  12. Posté par deboghasin, le 30 décembre 2006 à 19:33

    je suis vraiment désolé de remarquer que le compte-rendu de jp.stroobants soit aussi vide de sens.un compte-rendu sur une représentation théâtrale ne se réduit pas à des rappels généraux
    sur l’identité du metteur en scène et de la portée de la pièce tant il est vrai qu’en lisant le roman,on en sait quelque chose sur le message véhiculé.il aurait été plus élégant de parler de la mise en scène,du décor,des costumes,de la prestation des acteurs,leur jactance,bref,tout le capital artistique qui rend un spectacle merveilleux.

    et pour Alain,un auteur n’a pas à être angoissé ni moins encore "choqué".un auteur perd le droit de paternité de ses personnages dès lors que le livre est publié.et surtout que le théâtre est l’un des lieux par excellence où les oeuvres adaptées dépendent de l’esprit du metteur en scène et des acteurs.

    enfin,pour prosper et petite momie,vos conclusions sont insipides ou de très mauvais goût.j’ai eu la chance de participer à une tournée théâtrale en afrique et en france et je peux vous dire ceci :
    en afrique,dans tous les centres culturels français où nous sommes passés,la salle était pleine avec une une majorité écrasante des noirs.en france,c’était tout le contraire !n’allez plus dire s’il vous plait que les noirs n’aiment pas la culture.
    on peut toutefois transposer ceci au sport.j’ai été assister à un match de foot au stade de Gerland à Lyon ;et rassurez-vous qu’il y’avait une majorité écrasante des blancs !est-ce que celà veut pour autant dire que les noirs n’aiment pas le foot ?
    les raisons de la minorité des noirs au théâtre en europe doivent être trouvées ailleurs.et ce n’est pas trop diffile de le savoir.

    bonnes fêtes et bonne année 2007.
    bien à vous.

    deboghasin.

  13. Posté par Monofila, le 30 décembre 2006 à 20:11

    Cher ami Deboghasin,

    Tout auteur conserve le droit moral sur son oeuvre après sa publication, ce quand bien même l’oeuvre tombe dans le domaine public. Qu’est-ce à dire ? Le droit moral c’est le fait ne pas pas préjudicier à l’objet pour lequel l’oeuvre était destinée, et c’est ainsi que le directeur du Louvre n’irait jamais jusqu’à utiliser le Joconde à des fins d’expo...obligent les dispo du droit de la propriété intellectuelle. Sur ce je trouve tout à fait normal qu’Alain s’inquiète du devenir de Verre vassé, car toute interprétation déttachée des idées directrices du texte, n’aurait été accueilli par certains lecteurs-dont l’auteur- que comme une trahisson de l’esprit du texte. Du reste je ne nie pas qu’il soit laissé à l’imagination des metteurs en scènes la possibilité de l’enrichir, se l’approprier et faire corps avec cette oeuvre. Tout au juste cette ’’tréatralisation’’de l’oeuvre, sa mise en scène devrait-elle rester respectueuse des idées soutenues par l’auteur ?

  14. Posté par Monofila, le 31 décembre 2006 à 11:29

    Cher ami Deboghasin,

    Je t’invite à lire le Commentaire n°20 d’Alain, venant à la rescousse de son article "Avant les bienveillantes, il y a les Bienveillantes",24 décembre 2006- article publié sur ce site. Gilles Carpentier, éditeur au Seuil de Kourouma avait commis un roman sous le même titre avant celui aujourd’hui adulé de Jonattan Littel ! Répondant à l’opinâtreté d’un certain L’impasse, Alain Mabanckou était obligé de revêtir de son armure de juriste pour éclairer ce qui au départ n’était pas compris par ce monsieur, tour à tour têtu, locace et amusant.

    Bien à toi.

  15. Posté par georges m’boussi, le 31 décembre 2006 à 14:17

    Bonjour,
    Si vous entendez la venue du spectacle "Verre Cassé" en France, faites circuler l’info. Quand Petite Momie dit : « Vous en connaissez beaucoup vous, des noirs qui se passionnent pour le théâtre ? », je lui répond que oui. Des metteurs en scène, des acteurs de théâtre comme Emile Abossolo M’Bo essaient de prendre leurs places. Timidement mais sûrement. En ce qui concerne le public, ma dernière création "Le deux vies" de Bernard Tchimbambéléla au théâtre du Lavoir Moderne Parisien a amené un autre public. Il n’y a qu’à suivre tous les festivals de théâtre qui se développent en Afrique et ici en France. Tiens, le Théâtre du Lavoir Moderne Parisien ferme ses portes. As-tu signé la pétition ?

  16. Posté par deboghasin, le 31 décembre 2006 à 19:59

    pour monofila :
    le droit de paternité dont je parle doit être compris au sens figuré.rien à voir avec le prisme juridique de la propriété intellectuelle.je voudrais dire en d’autres termes qu’un personnage sur scène peu prendre des contours insoupçonnés par son démiurge.un écrivain pour ses personnages est comme un dieu qui perd le contrôle de leur destin une fois lâchés sur scène.
    l’important est que la performance soit réussie au bout du compte.
    imaginons que Verre cassé soit mis en scène par un metteur en scène chinois,hindou ou arabe,il y’a fort à parier qu’à quelques conformités près,la pièce soit plus ou moins imprévisible à l’auteur et aux lecteurs originaux.

  17. Posté par Alain Serbin, le 1er janvier 2007 à 15:26

    Bonne année 2007 à tous les bloggers du site d’Alain Mabanckou.Prenez des bonnes résolutions !

  18. Posté par chantal, le 2 janvier 2007 à 15:57

    Mon cher Prosper, il se fait que j’ai assisté à la dernière le 30, et je puis te certifier qu’il y avait une telle assistance d’africains que je n’ai même pas pu les compter ;).
    Comme je suis un peu coquine, j’ai invité un traducteur finlandais à m’accompagner voir le spectacle. Le français étant sa cinquième langue, il ne pouvait vraiment s’amuser que si les acteurs et la mise en scène étaient bonne !
    Et çà marche,les extraits en lingala s’affichent sur un panneau, et les répétitions de certaines formules permettent au spectateur de se les approprier, hein ? merde !
    La salle était comble et riait de bon coeur, ensuite l’idée de faire un personnage double avec les deux acteurs qui interprètent les piteux clients du crédit à voyager fonctionne à merveille.
    Le décor est très simple, ce spectacle pourra donc être trimballé partout sans encombre dans les salles les plus démunies comme les plus rutilantes.
    Evidemment, le metteur en scène a fait des choix d’extraits et nous pouvons constater que l’autodérision règne en maître sur la scène, ce qui est très proche d’une manière belge de voir les choses de la vie, certes.
    J’ai vu en 2004, monté par Dominique Serron les Nègres de Jean Genêt : le programme le présentait avant tout "comme un homme de lettres, un poète"
    "A vouloir faire de lui un écrivain engagé, on court le risque de ne rien comprendre à son théâtre et de justifier certaines attaques imbéciles dont il est l’objet".
    Bernard Dort.

  19. Posté par chantal, le 2 janvier 2007 à 19:19

    C’est étrange vraiment, le lien sur Bernard Dort a disparu, est-il personna non grata sur ce blog, où non conforme à la ligne du chef ?
    Comme c’est loin d’être la première fois que cela arrive je souhaiterais une explication si c’est pas trop demander.

  20. Posté par Pitou, le 3 janvier 2007 à 00:05

    Bonsoir Alain,
    La pièce sera-t-elle montée à Paris ? Ce doit être délicieux. Ton texte était un véritable bonbon piquant. Alors "en live".....
    Que du bonheur pour toi en 2007, que ça du bonheur du bonheur. Et qui sait, un nouveau livre ? (si oui, quel rythme) .. un nouveau prix ?
    Bien à toi

  21. Posté par georges m’boussi, le 3 janvier 2007 à 00:51

    A Chantal,
    Tes points de vue sur le spectacle me donnent plus de piments pour aller le voir. Je l’attend avec impatience. Je souhaiterais qu’il ne passe pas très loin de chez moi pendant sa tournée. En ce qui concerne Bernard Dort, j’étais dans sa classe de dramaturgie au conservatoire. Pour moi ce qui était enrichissant c’était surtout son travail sur Brecht. Je retrouvais des similitudes avec le travail qu’avait fait le théâtre national congolais en montant "L’exception et la règle" de Brecht avec des comédiens comme Pascal Mayenga, Pascal Nzonzi et les autres. A l’époque le théâtre congolais défendait aussi un théâtre populaire. Tout cela pour te dire que le théâtre de Brecht que défend Bernard Dort, c’est à dire la technique de la distanciation se retrouve aussi dans le théâtre congolais. Tout le théâtre de Sylvain Bemba est basé là-dessus...

  22. Posté par Ndoi, le 3 janvier 2007 à 22:56

    Pour moi, Verre cassé est un roman qu’on lit à voix haute dans sa tête. Nulle surprise donc de le savoir monté au théâtre. On compte sur tous pour nous annoncer les tournées en France.
    Et c’est quoi cette histoire de représentation de la pièce (du roman) à Brazza ?

  23. Posté par Mère Evé de Paris, le 3 janvier 2007 à 23:11

    Alain a dû en parler cet été, c’était au CCF de Brazzaville dans le cadre des Rencontres du Livre Vivant. Malheureusement j’ai la mémoire embrumée pour les noms du metteur en scène et du comédien, mais c’était excellent. Une partie du public riait jaune avaec la première scène consacrée à cette recherche de formule !... Je pense qu’on peut trouver des détails en fouillant dans les archives du blog de juillet ou début août...

  24. Posté par Petite Momie, le 4 janvier 2007 à 21:22

    Déboghasin : "enfin,pour petite momie,vos conclusions sont insipides ou de très mauvais goût"

    Non ?
    Vraiment ?
    Ce n’est pas nouveau voyons.

    "J’ai eu la chance de participer à une tournée théâtrale en afrique et en france et je peux vous dire ceci : en afrique,dans tous les centres culturels français où nous sommes passés,la salle était pleine avec une une majorité écrasante des noirs"

    Ok ! merci pour cet éclairage.
    La salle était pleine avec une majorité écrasante de noirs.

    Et où disiez-vous ? En afrique !

    C’est bien ce que je pensais, vous venez de confirmer mes calculs : il y a toujours eu plus de noirs, que de blancs en Afrique.

    Donc normal que le pourcentage des noirs l’emporte. vèèè ?

    Enfin, passons !

  25. Posté par katch, le 6 janvier 2007 à 05:25

    Juste quelques lignes pour vous dire que j’ai eu la chance d’arriver à Bruxelles dans les temps pour assister à la dernière représentation, et j’ai adoré !

    J’hésitais sur mon programme de la soirée lorsque j’ai vu que vous veniez de poster un message plutôt engageant à ce sujet, alors j’ai directement appelé pour réserver ma place.

    Quelle excellente idée !

    Cette adaptation est simplement merveilleuse, j’ai tellement ri que j’avais peur de déranger mes voisins, mais puisqu’ils semblaient aussi comblés que moi, pas de problèmes en vue.

    L’idée des deux personnages en un, au vu de leur complémentarité et de leur talent (il faut en avoir à revendre ne serait-ce que pour enchaîner les « hein ?!? », à un moment donné, en étant à chaque fois un peu plus drôle), est excellente, ainsi en va-t-il de la prestation des acteurs.

    Que du bonheur que je souhaite vivement à tous les spectateurs français potentiels.

  26. Posté par navi, le 6 janvier 2007 à 15:51

    Pourriez vous m’expliquez le style dans lequel vous ecrivez ( aucune majuscules , aucun points . . .) ?
    J’ai lu vos 2 livres " Verre cassé " et " La mémoire de porc-épic " ,ils sont excellents ! Nous attendons avec grande impatience votre prochain livre !

  27. Posté par deboghasin, le 6 janvier 2007 à 15:55

    pour mère évé :

    l’adaptation de Verre Cassé était interprétée en solo(one-man show) l’été dernier au ccf de brazza par Fortuné Bateza que je salue en passant.

    pour petite momie :

    aussi,donc normal que le pourcentage des blancs l’emporte en france.vèèè ?

    enfin,toleka !

  28. Posté par Mère Evé de Paris, le 6 janvier 2007 à 22:33

    Natondi yo, Deboghasin !

  29. Posté par nyoka, le 11 janvier 2007 à 11:47

    Bonne année 2007 à tous et à toutes.
    Je viens de lire "verre cassé" il y a qq semaines.Quel talent !Je le conseille à tout le monde de le lire.Car c’est un style différent.Alain M. s’est faché avec les ponctuations.
    J’ai surtout apprécié la partie où vous poussez un coût de gueule aux pseudos écrivains qui squattent les médias pour vendre leurs livres.Certains publient 2 à 3 bouquins par an.On ne s’est pas comment ils font.Peut être qu’ils louent les services de "nègres".

  30. Posté par Cyriaque, le 11 janvier 2007 à 21:05

    A Brazza, c’était pas du tout mal Mère Evè.Un clin d’oeil à ce texte que j’ai lu : www.planeteafrique.com/acore...

  31. Posté par Mère Evé de Paris, le 12 janvier 2007 à 10:52

    Merci Cyriaque, Chrystom avait publié ici même cet article publié dans ce lien. Ça m’avait fait plaisir de lire ses impressions bien traduites de l’ambiance, j’avais ri à son évocation du "froid" sur Brazza que je n’ai pas ressenti une seconde, des embouteillages, mais il traduisait bien cette petite effervescence du CCF pendant ces journées-là.

  32. Posté par Daniel Marrakchi, le 14 janvier 2007 à 01:49

    Une étudiante ravie d’avoir vu le spectacle à Bruxelles m’a offert le bouquin et après un moment de bonheur, du fait de la découverte de cette écriture pétillante, un malaise grandissant m’a saisi à la lecture du livre.

    Je suis assez sidéré par ce flot de paroles dithyrambiques sur Verre cassé.
    Oui c’est un érudit, prof de littérature francophone qui écrit, d’où le patchwork d’allusions, citations. Si je soulignais les allusions, je fournirais à mes étudiants une anthologie de la littérature francophone et francaise.

    Mais que cache cette virtuosité verbale plus célinienne (par le goût pour les excrétions fécales et urinaires) que rabelaisienne ? Un discours franchement pas ragoûtant où les hommes sont victimes de femmes qui ont le diable au corps.

    Le livre commence par une énième parodie des dictateurs africains avec de gros coups de griffe à Ahmadou Hampâté Bâ, Senghor et une allusion en forme de calembour à Césaire.
    Il se poursuit par le passage en revue d’une galerie de pauvres types cocufiés, écrasés par leurs bonnes femmes avant d’être pour l’un d’entre eux massivement sodomisé. Comme le sexe est triste dans ce livre !

    Il y a un épisode lamentable de concours entre une femme monstrueusement plantureuse et un toubab noir malingre à qui pissera le plus longtemps. Et en prime le droit de copuler avec cette femme indomptable, inaccessible et bien sûr... finalement soumise au mâle.

    L’obsession mâle de celui qui a la plus grosse suinte à travers le bouquin.

    Ah et quel mépris pour les africaines de France toutes snobinardes et vénales, pour les putes jeunes (qui n’acceptent plus - c’est un comble ! - que des clients parfumés et bien sapés) ou vieilles et édentées.

    Et sur la 4e de couverture, on peut lire que qui veut connaître l’Afrique doit lire ce bouquin puant !

    C’est un bouquin de macho ultraclassique plus représentatif de l’immense diaspora afro-maghrébine plus ou moins occidentalisée que de la vie africaine de Nouakchott à Kinshasha. Ou alors tout au plus à quelques uns de leurs bars.... il me semble tout de même que les "maquis" de là-bas sont plus joyeux que Le très célinien (mort à) Crédit a voyagé (au bout de la nuit).
    Intéressant de voir comment un produit frelaté devient un objet bien vendu.

  33. Posté par A. Mabanckou, le 14 janvier 2007 à 20:04

    Je partage votre avis cher collègue, et voyez donc comment je me bats pour que vous le défendiez sur ce Blog...

  34. Posté par Prosper, le 15 janvier 2007 à 11:40

    Daniel, vous ne vous rendez pas compte de la super pub que vous faites à verre cassé. Maintenant, c’est vous qui me donnez envie de le lire avec les commentaires que vous écrivez. Je me rue dessus, votre résumé montre que ce livre est à lire absolument. Merci à vous.

  35. Posté par Cyriaque, le 15 janvier 2007 à 15:44

    C’est bien normal, Mère Evè, que tu n’ais ressenti ce "froid" de la saison sèche auquel il faisait allusion, toi qui sortais droit du fourneau de l’été (rire). Quand au lien j’ai l’impression qu’il y a un petit problème, aussi le reprends-je pour les intéressés : www.planeteafrique.com/acorem/Index.aspaffiche=News_Display.asp&articleid=909&rub=Culture
    Lol !

  36. Posté par Cyriaque, le 15 janvier 2007 à 15:55
  37. Posté par Fortuné BATEZA., le 16 janvier 2007 à 10:40

    Très content de tout ce qui se dit sur Verre Cassé. Mon souhait est de présenter le spectacle à PARIS (si vous le soutenez). Je salut en passant Alain M. , Georges Mboussi un exemple à suivre au théâtre, Deboghasin avec qui j’ai fait la tournée en france et ...
    et Mère Evé de Paris qui m’a oublié.
    A bientôt.

  38. Posté par Daniel Marrakchi, le 20 janvier 2007 à 16:58

    Mon cher Prosper, vous me faites trop d’honneur. Vous connaissez la fable du loup et du chien, et bien je suis le loup. Je n’ai aucune notoriété, je ne suis ni Bernard Pivot ni Jo Savygneau ni membre des multiples jurys qui l’ont couronné, alors comment pourrais-je avoir l’outrecuidance par un petit commentaire de faire ou de ne pas faire de la publicité à un monsieur qui a ses entrées partout ?

    Votre réaction montre dans quel monde d’ignorance et de confusion intellectuelle post-moderne nous sommes. Puisque je fréquente les littératures francophones depuis plus de 15 ans, en lisant ce livre, je vois tout de suite de quelles grosses ficelles il est cousu. Et si le livre a été primé, cela nous donne simplement une idée de l’indigence de la production littéraire contemporaine et accessoirement des moeurs bien connues de la critique littéraire parisienne.

    Mais au delà de l’écriture qui ne manque pas de tempérament (il y a dans tout le livre un très beau chapitre vers la fin sur la mère de verre cassé), je suis révulsé par la manière de l’auteur de se vautrer dans l’abjection (cf l’autoportrait de verre cassé, le narrateur, incurable alcoolique qui chie sous un manguier et se barbouille de ses propres excréments) et surtout l’esprit phallocrate et misogyne du récit. Faut-il s’en étonner, à côté de la référence à Céline, il y a le livre d’Albert Cohen sur sa môman. Un livre pleurard de grand garçon sur sa maman sacrée, sacralisée... toutes les autres femmes conquises et cyniquement mises au lit n’étant que des salopes, des femelles avides de mâles bien constitués.

  39. Posté par Prosper, le 20 janvier 2007 à 19:39

    D’abord, Daniel, je l’ai dit ailleurs : vous êtes une femme (une femme larguée par A. Mabanckou ?)

    Mais bon, Verre Cassé est presque maintenant un classique, vous n’y pouvez rien. Comme Voyage au bout de la nuit, même si Céline est antisémite. Et aucun livre de ces 15 dernières années n’a secoué de la sorte les lettres francophones comme Verre Cassé. Applaudissons l’exploit ! Un livre que je lis, que je relis, que je commande, que je recommande. Misogynie de Verre Cassé, vous dites ? Vous avez mal lu, très mal lu : avez-vous vu le traitement réservé aux hommes dans ce livre : Type aux pampers, L’Imprimeur, Le féticheur etc. ? En réalité c’est un livre dans lequel tout le monde prend des coups dans la gueule. Mais évidemment, vous n’y voyez que des femmes, puisque vous l’êtes et souffrez en secret ! (De l’humour ?).

  40. Posté par Mère Evé de Paris, le 20 janvier 2007 à 20:07

    Ah oui, je n’avais pas lu les réactions à cette discussion depuis un moment. Tu as peut-être raison, Prosper, Daniel est en fait Danielle ?

    Fortuné, on dit comment ? "Dodokolo" en frappant les paumes gonflées, n’est-ce pas ? C’est ton nom que j’avais oublié, pas ton talent ! Je suis rouge pivoine !

  41. Posté par Prosper, le 20 janvier 2007 à 20:19

    Mère Evé,

    Le pauvre Alain M. devrait s’attendre à ce genre de réactions : des ex copines, des délaissées, des frustrées de tout bord...
    Franchement, pour qui a lu Verre Cassé, c’est pas sorcier de voir que ce livre est ce qui s’est fait de mieux ces dernières années, et ce n’est même pas sûr que lui-même A. Mabanckou écrira encore un livre d’une telle hauteur littéraire et d’un accomplissement stylistique aussi parfait.

    Bon, on n’attaque que les grands auteurs, et A. M est désormais dans cette catégorie ! Daniel(le) nous le prouve avec force et rage. ))) :: :

  42. Posté par Claudines, le 22 janvier 2007 à 18:29

    Je viens de voir hier soir la fameuse pièce de théâtre tirée de Verre cassé. J’ai fini le roman juste un jour avant, je l’ai lu rapidement en trois jours dans la perspective d’aller regarder la pièce que ma société a eu la bonne idée de faire programmer à Pointe Noire, la ville natale d’Alain. On se demande quand est-ce qu’il y mettra les pieds, nous l’attendons impatiemment. La lecture du roman m’a arraché des fous rires car il nous remet en mémoire des situations cocasses que l’on vit presque tous les jours en Afrique,et qu’on attendait qu’un écrivain de chez nous, de surcroit jeune, c’est-à-dire de notre génération, mette en lumière. Qu’il consacre son talent à nous tendre ce miroir salvateur sur nous-mêmes. Quelle Afrique terrible ! quel vilain Congo est décrit là ! Pourtant on perçoit entre les lignes qu’il y a eu une autre Afrique, qu’on peine à retrouver, un autre Congo même embrigadé par les socialistes scientifiques, où on ne mourrait pas de faim, où l’éducation était gratuite et de qualité très satisfaisante. Nous en sommes les fruits, ceux de notre génération et encore plus la génération de nos parents, qui avaient un certain enthousiasme à se retrousser les manches pour bâtir un pays neuf ouvert à tous les espoirs. Hélas, cent fois, mille fois hélas aujourd’hui, le quartier 300 où se déroule l’histoire de Verre cassé est une poubelle, ce qu’on ne cesse de dénoncer, mais les gens se sont accoutumés aux ordures de toutes sortes y compris dans leur tête. Et aujourd’hui suprême horreur on nous annonce une épidémie de choléra dans la ville de Pointe Noire. On va où ? est-ce le commencement de la fin ?C’est une honte immense que dans une ville économique où coule le pétrole en abondance, on voit ressurgir cette maladie d’un autre temps, jadis éradiquée par les camarades rouges qui sont encore là curieusement. Qu’est-ce qui s’est passé entre-temps ? La guerre oui, toujours la guerre, mais dans nos têtes ? Qu’est-ce qui s’est passé dans nos têtes pour qu’on ressemble tant à la race animale ? A se complaire dans la pourriture, je fais ici référence au roman, dans lequel vraiment tout pue, tout est sale, et à la scène scatologique que l’une des bogueuses a évoquée avec horreur. Je l’explique moi, par la déchéance non seulement de cet ivrogne mais de la société congolaise. Cette scène ne m’a pas gênée, elle m’a permis de comprendre dans quel état d’esprit se trouvaient mes compatriotes après ma longue absence du pays.
    Le roman est magnifique, malgré sa noirceur et son pessimisme. Ca m’a permis de mesurer que le Congo avait bien formé ses enfants, je ne sais pas si dans notre génération on est nombreux à posséder la culture d’Alain. Mais je me suis rendue compte que j’avais lu pratiquement tous les auteurs qu’il cite ou qu’il évoque. A notre époque, c’était possible de se cultiver, Alain l’a dit maintes fois dans ses interviews, mais maintenant, c’est le désespoir. Que Dieu préserve nos enfants...
    Il y a un malentendu qui m’est revenu en mémoire hier en suivant la pièce, à propos des filles congolaises de Paris qui se prennent, dit Alain et la quasi totalité de nos compatriotes en Europe, pour des intellectuelles. Vous aurez remarqué qu’elles sont effectivement très diplomées. Notre pays avait le taux de scolarisation le plus élevé du monde et les garçons comme les filles allaient tous à l’époque, ce qui est loin d’être le cas des autres nationalités en Afrique. On arrivait généralement en France, en Europe, avec le niveau licence. Alors le sapeur dragueur impénitent, lui, arrivait en France pour l’aventure, sans diplome pour la plupart, exceptés des cas rares comme Alain. Il y avait et il continue d’y avoir comme un choc relationnel entre les filles congolaises et ces garçons, qui auraient pu d’ailleurs se tourner vers les sapeuses de leur milieu, plutôt que de tailler une veste aux filles qui ne les fréquentaient même pas au pays et qui par le fait du brassage que favorise la vie à l’étranger se sont retrouvées sur leur chemin. De grâce, Alain, dites à vos compères, de mettre fin à ce cliché vieux d’une vingtaine d’années et que j’ai naturellement subi, raison pour laquelle j’en parle. J’ai toujours dit qu’il fallait une Conférence Nationale sur les rapports entre les Congolais et les Congolaises pour qu’enfin on se comprenne. Comment expliquer que la majorité des couples mixtes en France ou en Belgique ont pour homme un congolais ? Parce qu’ils trouvent que la congolaise est trop compliquée et ils constatent aussi, et c’est dans Verre cassé, authentique, que la congolaise "traine" en Europe. Il faut arrêter maintenant... ! Prenez exemple sur les kinois qui ne jurent que par "mwasi ya mboka", malgré ses défauts.
    Pour revenir à la pièce, au début, on craint, comme Alain, qu’elle affadisse le roman, mais au fur et à mesure qu’on y entre, ça va, on est rassuré. Quoique les propos choquaient un peu les toubabs. Hier, on était presque à égalité, dites donc, dans la salle. Mais j’aurais aimé que les noirs soient plus nombreux, c’est vrai. Ceux que j’ai rencontrés avant de voir la pièce n’étaient pas intéressés, certains ignorant même qui était Alain. Sacrilège ! Mais, ça arrive souvent, il faut l’avouer, que les noirs en grande partie ne soient pas au fait de l’actualité culturelle. Les occidentaux sont très conditionnés pour y être réceptifs, nous , ce travail-là on ne le fait pas assez ou pas du tout. Je tire mon chapeau aux sénégalais qui chez eux font le travail de rendre la culture accessible pourtant il ya beaucoup plus d’analphabètes là-bas que chez nous. La culture est un état d’esprit, qu’on a ou pas et nous les nouveaux parents, on doit y veiller. Mais difficile quand on vit dans la pénurie de tout et surtout d’électricité.
    Pour finir, je pense sincèrement comme l’un des bogueurs que Verre cassé méritait le Renaudot qu’il a raté d’un cheveu et même le Goncourt, et que Mémoire de porc épic l’a vengé. Je l’ai lu avant Verre cassé, mais je préfère Verre cassé, car il est plus moderne, même si c’est une sombre vision de notre vie d’aujourd’hui. Il m’a beaucoup fait rire et il m’a vraiment parlé plus que La vie et demie de Soni Labou Tansi que j’ai adoré aussi. Dommage, vous auriez pu vous rencontrer, Alain, etla boucle aurait été bouclée. J’attends de lire Bleu Blanc Rouge sur les sapeurs de Paris et vérifier tout le mal qu’ils pensent des congolaises de Paris qui ont le tort, à leurs yeux, d’être trop instruites. Nous vous attendons à Pointe Noire, Alain, pour que nous crevions l’abscès sur cette question. Je suis sûr que vous pensez 99% de ce que vous attribuez à Verre cassé. Flaubert n’a-t-il pas dit "Madame Bovary, c’est moi" ?
    Toute dernière question, avant la représentation de la pièce, ils ont passé "VERRE CASSE" de OK JAZZ, composé par Lutumba. Vous êtes-vous inspiré du titre de cette chanson pour votre roman ? Mon compagnon me l’avait déjà suggéré. Moi même je n’y avais pas fait attention, car l’histoire de cette chanson (un homme délaissé par une femme, qui ensuite tombe en disgrâce, lui dit qu’il sera toujours là pour elle en cas de difficulté), est à cent lieues de celle de Verre cassé. Mais je sais, pour y être allée (eh oui en congolaise intello de Paris qui aime s’amuser quand même sans se faire embêter par des sapeurs dragueurs impénitents), que la chanson Verre cassé a fait les belles nuits du Timis Club, la boîte qui est citée dans le roman, où vous vous rendiez avec assiduité certainement.
    Tout ceci pour vous dire merci pour votre talent, pour vos romans. Dommage que je ne vive plus en France pour savourer tous vos passages dans les médias, pour répondre à une critique que vous êtes un produit des médias. Et alors ? pour une fois qu’on en a un qui nous ressemble, qui vit les mêmes choses que nous, qui vibre pareil en écoutant Verre cassé. Se bassiner les mêmes fausses stars françaises, surtout avec Star Académie, ce n’est pas pénible ? Pour une fois qu’il y a autre chose. Il faut sortir du ghetto, depuis le temps qu’on le dit. Il faut que ça devienne normal, qu’un noir, de surcroît, un jeune, un congolais bien de chez nous, soit en pleine lumière. Pourquoi bouder son plaisir ?

    Claudines, trop intello et trop bavarde

  43. Posté par A. Mabanckou, le 22 janvier 2007 à 18:59

    Chère Claudines,

    Je suppose, à vous lire, que vous avez vu hier le Verre Cassé joué actuellement à Pointe-Noire, au Congo, par Fortuné Bateza en one-man-show.

    Il faut toutefois savoir qu’il y a actuellement DEUX adaptations différentes : celle du Belge Roland Mahauden (avec plusieurs comédiens de l’ex-Zaire) qui reprend en avril à Bruxelles, et celle du Congolais Fortuné Bateza que vous avez vue à Pointe-Noire.
    Pour répondre à vos questions : oui, je me suis aussi inspiré de la chanson Verre Cassé de Lutumba Simaro. Mais l’histoire de sa chanson est une histoire d’amour, moi ce qui m’importait c’était la nostalgie, les paroles et cette voix grave de Pepe Kallé en accord avec la voie angélique de Carlito. J’écris avec de la musique, et donc j’écoutais beaucoup cette chanson dont j’ai emprunté le titre pour donner comme nom de personnage principal.

    Enfin, j’ai déjà eu à rencontrer Sony Labou Tansi quand j’étais écrivain en herbe. De même que Sylvain Mbemba sur son lit d’hôpital...

    Mes amitiés

  44. Posté par Claudines, le 23 janvier 2007 à 18:59

    Bonsoir de Pointe Noire,

    C’est bien le théâtre de pôche de Bruxelles dirigé par Roland Mahauden qui s’est produit dimanche 21/01 à Pointe Noire. Apparemment, ils sont en tournée en Afrique, je ne sais pas s’ils sont déjà passés à BZV et à Kin, j’aurais dû le leur demander puisque j’ai discuté et avec le metteur en scène et avec les acteurs. Ils sont formidables. Je leur ai demandé ce que vous aviez pensé à Bruxelles de leurs prestations, ils ont répondu que vous leur avez dit "Bosali mosala !"ou quelque chose de ce genre.
    Pour ma part, j’avais craint qu’ils ne soient trop longs, le texte est dense, mais ils ont opéré un choix judicieux de personnages à mettre en scène.
    Quant à la chanson "Verre cassé", merci d’avoir confirmé l’info. Cette chanson est sublime, elle s’écoute dans un grand silence. La nostalgie qu’on y décèle touche véritablement au coeur, car on découvre un homme bon, délaissé injustement par une femme qu’il a beaucoup aimée, mais qu’il ne peut pas non plus fréquenter ouvertement au risque de blesser sa nouvelle femme. C’est tellement délicat comme attitude, c’est vraiment ce qui se perd de nos jours. Et la pointe d’humour vers la fin quand pépé Kallé dit que s’ils se rencontraient dans la rue un jour qu’ils se saluent malgré tout, et il rigole d’un rire particulier. C’est l’esprit kinois de l’époque des relations entre les hommes et les femmes, sans prise de tête excessive, avec beaucoup de flair-play. C’est à mettre en perspective aussi avec "Eau bénite", composée plus tard par le même Lutumba, que vous connaissez forcément très bien. C’est très chevaleresque aussi. Sans oublier évidemment "Maya", sur le même album que "Verre cassé", que certains ont trouvé trop pleurnichard.
    J’ai décelé de la nostalgie aussi dans votre roman Verre cassé, je l’ai dit dans mon précédent message, ce qui permet de supporter certains excès, qui m’ont plutôt, moi, fait sourire. J’aurais aimé lire un roman décrivant d’une manière plus ludique l’époque des années 70-80 où le Congo allait bien. Nous sommes nombreux à en être nostalgiques. J’ai retrouvé des cahiers de mon journal de cette époque, des propos pris sur le vif, mais quel bonheur c’était et fatalement quelle nostalgie après ! Quand on décide de rentrer au pays, contre l’avis de tous, on est habité par ces souvenirs-là, qui sont évidemment passés et ne reviendront pas, c’est triste.
    Génial que vous ayez rencontré Sony Labou Tansi et Sylvain BEMBA. Ils devaient être "effrayants", avec tout ce talent en eux. Surtout Sony, il devait être flambloyant, on le devine en le lisant. J’ai rencontré pour ma part Henri Lopes, en privé, un quart d’heure passé en sa compagnie vaut une éternité, il transpire la culture, il est si élégant en plus, ses anecdotes valent leur pesant d’or, comme il a été en plus un homme d’Etat, premier ministre de notre pays. Quand il évoque Marien Ngouabi, on a des frissons. Et son "Du côté du Katanga, un géant est tombé...", à propos de la mort de Patrice Lumumba m’a fait pleurer au lycée. Je le lui ai dit, il a ri doucement.
    Je lis actuellement, après Verre cassé, son roman "Sur l’autre rive", écrit en 1992. J’en avais entendu un commentaire sur France Infos, l’année de sa sortie, et je n’ai réussi à mettre la main dessus qu’en février 2006. Je viens juste de l’ouvrir, j’attendais le moment opportun. Après Verre cassé, ça le fait...
    Ce blog est une merveilleuse idée, car jamais je n’aurais eu à écrire ou dire ces propos à quelqu’un de mon entourage, ça aurait ennuyé rapidement. Les écrire en plus à un grand écrivain, vous ne pouvez pas savoir le plaisir qu’on peut en tirer. Merci aux amerlocks d’avoir créé Internet, on ne le dira jamais assez.
    Avec votre notoriété, j’espère que vous travaillerez un peu à faire aimer la littérature et la culture en général à nos compatriotes.
    C’est curieux que vous ayiez fait droit au lieu de "lettres modernes" à Bayardelle, féru de littérature comme vous êtes. J’ai moi aussi fait ce choix. J’ai refusé de m’inscrire en lettres en première année de fac, à la grande déception du doyen, qui m’avait remis un prix de littérature au lycée. J’avais écrit un poème en une demi-heure, devinez sur quoi ? Sur la nostalgie...Je trouvais que c’était trop facile de m’incrire en lettres, le poème au bac par exemple, je le connaissais par coeur. Je me suis donc inscrite en droit. Ca ne m’empêchait pas du tout de continuer à dévorer de la littérature, surtout en France, à Rouen, où la bibliothèque de droit est jumelée à celle de lettres, au lieu de l’être à celle d’Economie comme c’est le cas dans de nombreuses facs. C’est là que j’ai découvert la littérature américaine, des auteurs très très nostalgiques. Pour conclure, vous avez dû l’entendre à l’époque de la bouche de Simone Signoret qui avait écrit dans son sublime roman "Adieu Volodia", "la nostalgie n’est plus ce qu’elle était". Et ça rend encore plus nostalgique...

    Claudines

  45. Posté par Duboisdubois, le 24 janvier 2007 à 12:00

    J’aurais voulu que les gens (Claudines y compris que je salut en passant) voient la version de fortuné BATEZA que j’ai beaucoup admirer et préférer vu qu’elle est très fidèle au roman d’Alain,
    j’espère que la pièce va se rejouer ici à Brazza et ailleurs.

  46. Posté par Claudines, le 24 janvier 2007 à 18:27

    Salut,

    Je viens de comprendre que la troupe du théaâtre de poche ne s’est pas encore produite à Brazza. Je pense que ça ne saurait tarder, ils doivent passer par Kin aussi. Mais le one-man show de Fortuné Bateza doit être long s’il a suivi scrupuleusement la structure du roman ! Dans la pièce, deux acteurs jouent le rôle d’un seul personnage, on comprend tout de suite pourquoi. Les récits étant longs, il fallait plus de vitalité pour les raconter. Il doit être rudement talentueux, Fortuné Bateza, pour avoir porté tout le texte lui-même... !

  47. Posté par duboisdubois, le 25 janvier 2007 à 12:15

    S’il est Talentueux ! Seigneur il faut le voir sur scène, pour répondre à tes préoccupation, on à vu verre cassé du théâtre de poche à Brazza le 10 novembre, après avoi vu celui de Fortuné B. en juillet, il fait 1h10mn.
    En effet, la public est surpris de voir ce comédien avec une telle capacité...
    Bien des choses à tous !

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