La tyrannie veut gagner du temps. Mais le temps des dictateurs n’est pas celui de l’histoire selon Hegel. Le temps de Sassou n’est pas celui de Dieu selon les chrétiens. Allons seulement.

Décrivant l’environnement national et international dans lequel les Congolais mènent leur lutte politique contre le pouvoir illégal et illégitime de Brazzaville, nous avons publié voici quelques semaines, sur ce même site, deux articles. Le premier : «  La lutte a atteint la vitesse de croisière. Il nous suffit de vaincre la peur maintenant !  ». Le deuxième, « Fmi-Congo : Les filigranes de la déclaration font ressortir des élections générales anticipées et des institutions fortes ».

En écrivant ces deux articles, nous avons voulu redonner l’espoir et le courage aux Congolais, notamment les partis politiques de l’opposition pour qu’ils revoient leurs stratégies de lutte, en se servant de cet environnement national et international qui leur est très favorable. Malheureusement, c’est le pouvoir qui a saisi cette opportunité.

En effet, des sources sûres et concordantes nous ont rapporté que nos deux articles ont fait l’objet d’une lecture minutieuse dans les officines de Mpila. Comme aussi ils ont poussé le clan au pouvoir à mettre, lui aussi, sa machine à la vitesse de croisière et à projeter des élections générales anticipées. Celles-ci doivent se tenir avant 2021.
Une certaine opinion nous reproche d’avoir fait une belle passe à l’adversaire. Belle passe à l’adversaire, vitesse de croisière, élections générales anticipées. Voilà les articulations de cet article.

Belle passe à l’adversaire ?

En analysant les actes politiques posés, ces dernier temps, par les membres du clan Nguesso, nous nous rendons effectivement compte que le pouvoir a, lui aussi, atteint la vitesse de croisière et révèle ses performances. Comme nous l’avons dit dans notre article sous la métaphore d’un vol d’avion.

Mais, il y a aussi cette rumeur qui filtre des officines de Mpila et qui fait état de l’organisation des élections générales anticipées avant 2021 qui confirme bien que nos articles ont été lus avec beaucoup d’attention. Une chose que les leaders de l’opposition n’ont jamais faite. Nous n’en avons jamais reçu les échos. Alors que c’est à eux que nous adressions, parfois, nos articles.

Nous avouons que la remarque de faire une passe à l’adversaire, nous avait déjà été faite par certains observateurs de la politique congolaise. Il nous était signalé que beaucoup de nos articles aidaient le pouvoir de Brazzaville à élaborer sa stratégie. Il nous était même conseillé, à plusieurs reprises, de travailler pour le pouvoir même en tant que Conseil. Nous avons décliné ces offres parce que nous ne voulons pas réanimer un pouvoir assassin et mourant.

Ecrivain : semeur des concepts et maquettes de développement

Néanmoins, la réponse que nous avons donnée à ces observateurs reste la même que celle nous donnions aujourd’hui. Nous redisons que si nous signons nos articles sous le label de journaliste et écrivain, ce n’est pas pour nous vanter. Mais, nous voulons attirer l’attention des lecteurs et distinguer notre plume de celles des autres. Sous cette signature, nous sommes un semeur des mots, des phrases, des expressions, des concepts et des maquettes de développement. Pourtant, nous ne savons pas sur quelle terre vont-ils tomber. Quels sont les grains qui vont germer ? Et, où germineront-ils ? Mais, notre souhait est effectivement celui de voir nos grains germer un jour et quelque part. Par exemple, dans notre roman Les « démons crachés  » de l’autre République, 214 pages, Paris, Éditions L’Harmattan, 2007, nous avons parlé de la place Kuengo qui était dominée par deux grandes statues.

Celles de l’abbé Fulbert Youlou et Jacques Napoléon Opangault. Nous étions comblé de joie, lorsque plusieurs années après, le gouvernement a fait ériger à Brazzaville, notamment au centre-ville, les statues de Youlou et Opangault. Nous avons semé des grains qui avaient donc germé. Ca ne peut que nous faire plaisir. Même si nous n’en récoltons pas les droits d’auteur. D’ailleurs, nous n’en avons pas besoin. Nous nous félicitons tout simplement pour la force de nos idées. Que le pouvoir se soit donc servi de nos articles pour définir sa stratégie, nous n’y trouvons pas notre part de responsabilité. Nous sommes un semeur.

La métaphore de la vitesse de croisière

Nous nous sommes servi de cette métaphore dans l’article « La lutte a atteint la vitesse de croisière. Il nous suffit de vaincre la peur maintenant !  ». En effet, nous avons voulu demander à l’opposition de passer à une étape supérieure dans sa lutte contre le pouvoir de Brazzaville. Malheureusement, le message est aussi tombé dans le camp adverse, qui s’en est servi. Or nous combattons le clan Nguesso.

Le clan au pouvoir a passé la vitesse supérieure. En quelques semaines seulement, il a posé plusieurs actes politiques très signifiants. Denis Christel Sassou Nguesso est remplacé à la tête de la Snpc Distribution, une filiale de la Snpc. Pour plaire au Fmi qui lui exige des grands changements, et calmer la tension qui ne cesse de monter dans le pays. Même si c’est un autre Sassou Nguesso, Teddy Christel, qui est nommé à ce poste très stratégique dans la vente du pétrole congolais, la corruption, le détournement des fonds publics et le blanchiment d’argent. Une autre Nguesso, Inès Emilienne Nguesso Mouébara, est nommée receveur principal de la Mairie de Brazzaville.

Quant à Christel Denis Sassou Nguesso dit « Kiki le pétrolier », il a commencé sa campagne présidentielle. C’est au cours de sa conférence de presse qui a eu lieu au ministère des Affaires étrangères qu’il a présenté son projet de société. Il est résumé et présenté dans son livre « Ce que je crois ». Même si le titre du livre n’est qu’un plagiat de Sedar Senghor, homme politique sénégalais et académicien français, publié en 1988, aux éditions Grasset, en France, il mérite un inventaire critique. Il y a quelque chose qui ressemble à un « allons seulement » qui vous donne l’urticaire.

Elections générales anticipées

D’après une information digne de ce nom, le pouvoir de Brazzaville voudrait, comme nous l’avons écrit dans notre article « Fmi-Congo : Les filigranes de la déclaration font ressortir des élections générales anticipées et des institutions fortes », renouveler le personnel politique. Le clan au pouvoir est conscient que Sassou Nguesso n’est plus la bonne carte à jouer. Il pense que son départ pourra éteindre définitivement tous les foyers de tension. Au Congo comme dans la diaspora. Même s’il abdique, ce sera toujours par rapport à la « volonté d’un seul homme. »

Pour ce faire, deux hypothèses sont envisagées par les officines de Mpila. La première veut que Denis Sassou Nguesso démissionne pour des raisons de santé et organise des élections générales anticipées (locales, législatives et présidentielles). La deuxième veut une révolution de palais pour brouiller les cartes. L’ « affaire général Nianga Ngatsé Mbouala  » pourrait être le déclencheur de ce coup d’état. Le clan veut à tout prix mettre Le général Nianga Ngatsé Mbouala en prison pour justifier les mutineries qui vont avoir lieu dans les camps militaires. On nous dira à la fin que Denis Sassou Nguesso a été arrêté. Par les mutins. Le dispositif est déjà monté. Et, c’est dans le département des Plateaux que le tournage de cet épisode va commencer. Des mercenaires recrutés de l’autre côté du Fleuve et qui seraient déjà au Congo, vont ouvertement organiser une rébellion contre l’autorité. Pourquoi le département des Plateaux ? C’est le département d’André Okombi Salissa et du général Nianga Ngatsé Mbouala. Il sera donc très facile au pouvoir de justifier cette rébellion par la condamnation de ces deux fils des Plateaux. Pourquoi des mercenaires du Congo-Kinshasa ? Parce que Christel Denis Sassou Nguesso est très attaché au Congo-Kinshasa, qui est le pays de sa mère. Il y a toute sa famille maternelle. Il a octroyé des bourses d’études à ses « cousins  ». Par exemple, il y a cette affaire d’immigration clandestine entre le Congo et l’Europe que révèlent les réseaux sociaux et qui fait état de plusieurs sujets du Congo-Kinshasa qui auraient gagné l’Europe à l’aide des visas obtenus par la Fondation Perspectives d’Avenir. On apprend aussi dans les milieux du pouvoir que si cette mise en scène réussissait, «  Kiki  » sera gardé par des militaires du Congo-Kinshasa.

Des leaders politiques mis au parfum

Beaucoup de leaders politiques de l’opposition seraient déjà au parfum et auraient accepté cette stratégie moyennant des très fortes sommes d’argent et de promesses de poste. Guy Brice Parfait Kolelas serait reçu à Oyo. Mais, la mission de rallier tous les autres leaders politiques de l’ « opposition présidentielle  » a été confiée à Pascal Tsaty-Mabiala, le président de l’Upads qui a presque rang de ministre. Avec une voiture de commandement, 7 gardes du corps et un bureau officiel offert par le gouvernement.

D’après cette rumeur et la stratégie qui est conçue, le Pct devra perdre la majorité parlementaire. La nouvelle majorité sera formée par le bloc constitué par les partis des leaders politiques. Il s’agit de Pascal Tsaty-Mabiala, Guy Brice Parfait Kolelas, Paul Dihoulou, Joseph kignoumbi-kia-Mboungou, Gilda Mountsara, Paul Marie Pouele, Clotaire Mboussa Hella, Fylla de Saint Eude, Michel Mboussi-Ngouari, Anguios Nganguia Engambe, Bonaventure Boudzika, Jean Ebina, Raymond Makita, Abel Bouka, Moukouiti et Christ Wallembo. Puisque Pascal Tsaty Mabiala devra être le président de la future assemblée nationale, et Guy Brice Parfait Kolelas, le premier ministre pour un petit temps, avant que Fylla de Saint Eude qui serait devenu le beau-père de Denis Christel Sassou Nguesso (sa fille aurait un enfant avec lui), le remplace à ce poste. C’est ainsi que Sassou Nguesso veut faire la paix et se réconcilier avec les populations de la partie sud du pays. La raison ? Ce sont les leaders politiques originaires de sud du pays qui soutiennent ce projet.

Christel Denis Sassou Nguesso bientôt secrétaire général du Pct

Après sa nomination au poste de secrétaire général du Pct, Christel Denis Sassou Nguesso aura la principale mission de faire passer, par tous les moyens, ce projet au sein de ce parti. Un budget très colossal est mis à sa disposition. Pour convaincre les Congolais et les faire adhérer à cette stratégie, il lancera le concept et le projet du « renouvellement du personnel politique  ». C’est ce que nous avons demandé dans notre article.

Malgré tout, le clan reste toujours dans la hantise d’un vrai coup d’état. C’est pourquoi une opération de surveillance et de neutralisation des officiers militaires et des cadres civils dont la position n’est pas claire serait envisagée par le clan.

Cependant, Denis Christel Sassou Nguesso est conscient de l’échec que peut avoir ce plan. Vu ses nombreux crimes économiques. C’est pourquoi dans sa conférence de presse, il a souhaité que ceux qui ont commis des crimes économiques ne soient pas inquiétés, qu’ils ne soient pas traduits en justice et que l’on fasse table rase pour ne voir que l’avenir du Congo.

Mokoko le grain de sable qui fait grincer la machine

Mais, le pouvoir craindrait beaucoup les aboutissements de l’affaire Mokoko. L’homme devient plus célèbre qu’avant les élections présidentielles anticipées du 20 mars 2016. Et, les Congolais qui le proclament président de la république, tiennent à sa libération. Aussi, faut-il dire que l’affaire a pris d’autres tournures depuis que le général Jean Marie Michel Mokoko a menacé de mettre sur les réseaux sociaux ses conversations enregistrées avec l’ambassadeur de France au Congo, et le ministre à la présidence de la défense nationale, Charles Richard Mondjo, qui se sont rendus chez lui pour lui demander de reconnaître la réélection de Denis Sassou Nguesso. La France qui ne veut pas être éclaboussée dans cette affaire aurait demandé au pouvoir de Brazzaville la libération pure et simple de Mokoko.

Mais, il y a aussi ses avocats et son représentant légal, Marc Mapingou Mitoumbi qui ont saisi les institutions internationales. Aussi, « conformément à la décision du général Jean Marie Michel Mokoko de ne pas donner crédit à un règlement de compte politique maquillé en procédure judiciaire, ses conseils du barreau de Brazzaville ne prendront pas la parole à l’audience. Ceux du barreau de Paris ne s’y rendront pas. »
L’affaire se complique de plus bel. Et, le pouvoir de Brazzaville ne sait plus par quel bout la tenir.

« Vitesse de croisière » et « élections générales anticipées », l’opposition congolaise va-t-elle, elle aussi, mordre à notre appât ou va-t-elle continuer à attendre une invasion des armées étrangères, comme en Lybie, qui viendra chasser Denis Sassou Nguesso au pouvoir ? Mais, les Congolais ne doivent pas y aller sans le général Jean Marie Michel Mokoko.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain