mercredi29 mars 2006

Y-a-t-il une seule ou plusieurs langues françaises ???

La francophonie aura été à l’honneur pendant le Salon du livre qui s’est déroulé du 17 au 22 mars, cela se poursuivra au cours de l’année. Certes la discussion a eu lieu ici, notamment sous le sujet consacré à Boubacar Boris Diop. De tous les documents matérialisant cet événement exceptionnel, citons le magnifique dossier spécial fait par le quotidien Libération, et surtout l’incontournable Magazine littéraire n°451 de Mars 2006 - il faut vite aller l’acheter en kiosque car en France il n’y sera plus après le 31 mars. ! Aux Etats-Unis et ailleurs, Le Magazine reste un peu plus longtemps - et on decouvre le nouveau en retard, c’est normal...

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Ce numéro n°451 du Magazine littéraire est intitulé « Défense et illustration des langues françaises », celles qui viennent d’ailleurs. Etait-ce un moyen d’éviter sur la couverture du magazine ce mot "francophonie" qui cause tant de migraines ces derniers temps ? En gros, fallait-il dire "langues françaises" - au pluriel et sous-entendre qu’il n’y a pas une seule et unique langue française, mais DES langues françaises ? Vaste débat qu’ouvre ce numéro du Magazine littéraire...

Toutefois, Jean-Louis Hue le Rédacteur en chef de ce prestigieux mensuel argumente : « "Défense et illustration des langues françaises". Tel est le titre de notre dossier. Près de cinq siècles après Du Bellay, le pluriel s’impose. Selon les estimations les plus raisonnables, on dénombre une bonne centaine de millions de francophones à travers le monde. Le français, assorti de multiples variantes, se parle en Belgique, en Suisse, en Europe de l’Est, au Canada, en Louisiane, aux Antilles et en Afrique. Les langues françaises ne se sont jamais si bien portées... Auteur francophone qui venait de Roumanie, Cioran affirmait : « On n’habite pas un pays, on habite une langue. » Les habitants de ce monde-là brouillent les frontières, pour le plus grand bonheur de la littérature. ».

Ce numéro du Magazine littéraire est donc un document rare, précieux qui est appelé à servir non seulement aux étudiants, mais aussi grand au public intéressé aux mutations actuelles de la Waberi production francophone. Pour cela, des spécialistes comme le Camerounais Romuald Fonkoua ou le français Bernard Mouralis s’y sont mis. La parole est donnée aux écrivains de divers horizons comme Dany Laferrière, Abdourahman Waberi ou Raphaël Confiant. Un véritable état de lieux qui a dû prendre du temps et de l’énergie à celle qui a coordonné le dossier, la journaliste Valérie Marin La Meslée. Chapeau !!! Je suis persuadé que les "Villageois" de ce Blog l’ont parcouru, lu et archivé. Non ???

Commentaires

  1. Posté par Boris, le 29 mars 2006 à 08:19

    C’est un debat vieux comme le monde que celui de langue francaise ou des langues francaises.Personnellement je prefere dire qu’il existe une langue francaise a plusieurs variantes ;variante creole,variante quebecoise,variante ivoirienne,etc...et c’est de ce melting-pot, de ces ajouts que la langue francaise se nourrit et garde sa vitalite. J’aime beaucoup le magazine litteraire, je ne manque jamais de l’acheter chaque fois que j’en trouve un dans un Borders.Malheureusement dans le Borders ou je vais me ravitailler, celui de mars n’est pas encore arrive.J’espere que les marins ne l’ont pas abandonne au milieu de l’Atlantique.
    Mais dites-moi si je me trompe, j’ai l’impression que le mot francophone devient tellement a la mode que c’est devenu le terme par excellence pour designer les ecrivains qui ne sont descendants des gaulois. Je veux dire autrefois on disait plutot ecrivain africain,ecrivain quebecois... mais de plus en plus on dit ecrivain francophone.Est ce que cette formule serait plus valorisante (donc moins reductrice)que les autres ?

  2. Posté par Olivier, le 29 mars 2006 à 09:10

    Je suis d’accord avec ce qui est écrit précedemment : il y a une langue francaise avec des variantes et c’est ce qui enrichit nos vocabulaires. Et en effet ce mot de "francophonie" semble être un peu trop à la mode...
    Plus personnellement, je voulais dire à Alain Mabanckou que c’est une amie camerounaise qui me l’a fait découvrir il y a quelques mois puis je l’ai revu sur les plateaux de télévision. J’avoue être conquis par l’homme et son écriture. Ayant moi même un blog j’ai mis celui ci en lien tout en écrivant un billet sur justement le fait de parler français.
    Amitiés.

  3. le 29 mars 2006 à 14:40

    cher Alain

    Tu as raison de mettre en avant ce numéro séminal du Magazine Littéraire. Le dernier numéro traitant des littératures en provenance de l’Afrique, pour ne prendre que cet exemple, date de... 1983. Il s’intitulait "Afrique noire, l’autre littérature d’expression française" (n°195, mai 1983). Toi et moi étions adolescents en culotte courte, c’est dire. L’ensemble du numéro est cohérent et fera date.
    Enfin, on ne saurait souligner assez le très bon travail de la journaliste Valérie Marin La Meslée. Cette dernière s’était déjà signalée par ces articles dans Le Point, ses reportages littéraires dans le Magazine Littéraire et ses ouvrages fouillés sur notamment Beatrix Beck.

    PS : pour revenir au débat de fond. il n’y a plus qu’une littérature-monde d’expression française et dont la littérature française ne constitue qu’un maillon. Tu l’as dit dans ton article du Monde, je l’ai répété dans le récent colloque organisé par la SGDL, hôtel de Massa, sous l’oeil malicieux de Beaumarchais, Hugo, Balzac et Cie. La lutte continue

    bien amicalement

    Abdourahman A. WABERI

  4. Posté par Timba Bema, le 29 mars 2006 à 16:19

    « je n’en peux plus de la "francophonie". Entendons-nous bien : je ne mets pas en cause sa part la plus indiscutable, la promotion de la langue et de la culture françaises à l’étranger. Celle-là, un certain nombre d’Instituts culturels Français, d’Alliances Françaises et de départements de civilisation françaises dans des universités d’un peu partout, peuvent témoigner que depuis une vingtaine d’années, je n’ai jamais rechigné à m’en faire l’ardent propagandiste. Et je continuerais dans quelques jours à l’université de Séoul. Pour soutenir cette cause là, on n’en fera jamais assez »Pierre Assouline

    Je me suis fait filtré sur le blog de Pierre Assouline en rapportant ses propos selon lesquels la francophonie n’est valable que dans le cadre de la défense de la langue et de la culture française

  5. Posté par Bakima, le 29 mars 2006 à 16:24

    Pour quelles raisons devait-on parler des Langues francaises plutot que de Langue francaise ? Y’a t-il des Langues anglaises ? Ou des Langues Espagnoles ? Le probleme avec le Francais, c’est que ceux qui la parlent avec un fort accent ne seront pas considerer comme parlant "le bon francais" par les puristes de la metropole. Je me souviens d’une remarque d’un collegue journaliste a Ouest-France, qui s’etonnait de mon accent (a la Lebe, probablement... )alors que selon lui, j’ecrivais sans probleme !!! Ma reponse l’avait fait rire, lui et son epouse. Je repondis que l’accent marseillais n’etait pas le meme que celui des messins ou des gones !!! Et meme l’ecriture depend forcement des lectures et de l’environnment dans lequel on a baigne, c’est ce que je crois. Je ne sais pas si mon sentiment est fonde ou juste, mais il y’a comme une volonte des francais eux-memes de se demarquer des autres peuples parlant le Francais, qui ne sont pas sur le territoir francais. La France doit comprendre une chose que sa langue n’est plus la sienne seulement, elle est devenue un bien mondial, un patrimoine des noirs comme des jaunes (viet) ou des blancs...
    Mathieu

  6. Posté par Timba Bema, le 29 mars 2006 à 19:19

    Je suis totallement d’accord avec toi Bakima, il n’y a qu’une et une seule langue française. Ne nous rendons nous donc pas compte que le discours sur la multiplicité des langues françaises est une tentative sournoise d’évacuer les locuteurs “extra-français” du coeur de la langue ? Un peul qui parle français quel que soit les tournures qu’il emploie ne parle t-il pas français ? Je pense que nos linguistes évitent de distinguer la langue parlée de la langue écrite. Ainsi, devrait-on décréter la naissance d’une nouvelle langue lorsque le parlé d’une langue originaire est altéré alors que dans l’esprit des dits locuteurs il est évident qu’ils parlent la langue originaire ? Dans ce cas même en France, les Marseillais comme les jeunes des cités ne parlent pas français. Ni personne d’ailleurs puisque le parlé courant est à milles lieues du standard. Si c’est pour dire des inepties pareilles que sert la Francophonie, je comprends pourquoi elle a autant de succès. Le sens du combat, si combat il y a, est d’assurer l’introduction de vocables dérivés du français dans les dictionnaires de la langue française.

  7. Posté par Mère Evé de Paris, le 29 mars 2006 à 23:59

    Eh oui ! A propos d’accent, il y a eu une affaire qui a fait du bruit il y a quelques mois, quand des journalistes antillais ont trouvé leurs voix doublées lors de la diffusion de leurs reportages dans le journal Outre-Mer diffusé en métropole, pourtant les commentaires étaient en français et non en créole !

    En fait, on fait bien la distinction entre l’anglais britannique et l’anglais américain, les différences vont jusqu’à l’orthographe de certains mots (j’ai vécu des politiques fluctuantes sur son emploi dans les medias internes dans une société US où j’ai travaillé... en France), je ne sais s’il faut considérer qu’il y a plusieurs langues françaises, ce n’est qu’en France métropolitaine qu’on regarde les choses d’une façon aussi auto-centrée, c’est bien la même langue si on part du principe qu’elle a la même grammaire et vocabulaire, mais elle s’enrichit tellement d’une région à l’autre, en France ou hors des frontières ! Le seul problème qui se révèle est le nombrilisme métropolitain que je trouve parfois plus trahi que servi par le ton du discours sur la Francophonie, nostalgie d’une toute-puissance dépassée sans s’en rendre compte...
    Une centaine de millions de francophones dans le monde, si le chiffre est bon, ça fait plus d’un tiers des locuteurs hors de l’hexagone, non ? Alors, la France tient à rester "actionnaire majoritaire", ou bien ? :-D

  8. Posté par D.O.W., le 30 mars 2006 à 00:28

    Ton argumentation est brillante Timba ! Et je suis tout à fait de ton avis (et donc de l’avis de Bakima). Il est souvent commode de postuler désormais non plus que la langue française s’enrichit, mais qu’elle se fractionne et se multiplie. Comme si à certains, cela devait servir à cacher la maîtrise imparfaite qu’ils en ont. Et cela est valable pour les francophones d’ailleurs comme pour ceux de France. Je n’ai pas lu ce numéro du Mag Littéraire, mais Jean-Louis Hue n’écrit-il pas : "Les langues françaises ne se sont jamais si bien portées" ? Par Jupiter, qu’est-ce à dire donc ? ;-) N’est-ce pas un tantinet extravagant ? Il est juste Mère Evé, que parfois on marque la distinction anglais british/anglais américain. Mais c’est souvent pour des questions d’orthographe ou de vocabulaire ; rarement il est question d’envolées lyriques sur la multiplicité de la langue. Je vais me dépêcher de me procurer le Magazine Littéraire, tant je suis curieux de savoir ce qu’on y dit. Car ailleurs, on se réapproprie peut-être le sens des mots, on enrichit le vocabulaire, la lexie, mais je ne crois pas qu’on change la syntaxe ; ou alors selon quelle rigueur ? Raphaël Confiant par exemple, triture la langue, vit en permanence dans le néologisme. Mais lui, connaît ses règles d’accord et de syntaxe. On nous parle de la nouvelle langue des banlieues parisiennes. Que mes amis de banlieue me pardonnent, mais dussai-je parler comme l’élite du Paris-des-dîners-mondains, il faut bien reconnaître que cette langue-là est pauvre et indigente, fruste ! Elle n’invente que pour combler ses lacunes béantes. Les jeunes des banlieues ne parlent pas un autre français, ils parlent mal le français. Voilà tout. Bien-sûr, on sait qu’ils ne sont pas seuls responsables de cela, mais on leur rendrait service en le leur disant sans fioriture.

    Comment comprendre donc le mot de Cioran qui est cité : "On n’habite pas un pays, on habite une langue" ? Ma façon de le comprendre, c’est qu’on n’en réinvente pas une pour soi, de langue. Si donc on fait le choix d’habiter une langue, elle ne se démultiplie pas à l’infini. Cioran du reste, avait une écriture des plus classiques. Alors, j’entends déjà au loin les avertissements : "attention au risque de vivre dans le passé, la nostalgie, dans une langue monolithique, figée" (je reprends certains mots de J.-L. Hue). Que la langue évolue ? Soit. Mais 2 conditions sont préalables pour que cette évolution soit heureuse : le talent, et une certaine maestria. Une langue qui évolue par la virtuosité de R. Confiant, va vers un meilleur destin que celle qui évolue par les raccourcis du parler-banlieue.

  9. Posté par D.O.W., le 30 mars 2006 à 00:43

    Toujours à propos du mot de Cioran : pour moi, il faut y comprendre que l’on mute pour entrer dans une langue. ce qui veut dire a priori qu’on ne la fait pas d’abord muter...A moins alors d’y avoir déjà muté soi-même. Vous me suivez.. ? (rires)

  10. Posté par jilal, le 30 mars 2006 à 18:34

    Cher ecrivain..a ce que vous pensez que la langue française est indespensable en afrique ?

  11. Posté par diva, le 1er avril 2006 à 00:51

    il y avait je ne sais plus ou l’idee que la langue francaise appartient a tous ceux qui la parlent. donc pas le fait qu’il y aurait des langues francaises (avec effectivement le risque immediat que certaines de ces langues se retrouvent plus francaises que d’autres), mais une seule qui ne s’appartient plus, qui echappe a ses vieux proprietaires. Une langue en pleine crise d’adolescence, qui secoue les interdits de la Coupole, avec toutes les promesses de l’avenir. Une langue qui a le monde entier comme horizon, au lieu du minuscule hexagone qui essaie toujours de se hisser sur la pointe des pieds dans l’espoir de depasser tout le monde d’une tete. Bah non, trop tard... le francais est devenu une langue internationale presque malgre lui. Il s’est fait deborder. bien joue les amis...

  12. Posté par MG, le 4 avril 2006 à 12:29

    Tout ça est bien joli mais reste que l’essentiel est que la littérature soit de la vraie littérature, que ce soit en français hexagonal ou en français réel.

    Ca ne se fait ni par décret, ni pour satisfaire de bonnes intentions - linguistiques ou autres.

    Et non, M Abdourahman A. WABERI (mais je ne sais pas ce que vous écrivez ) : pour que la littérature puisse devenir une "littérature monde", comme vous dites, il faut d’abord qu’elle soit infiniment locale. Ce que cette culture du "monde" rend de plus en plus difficile.

    Parler dans toutes les langues qui sont dans cette langue d’origine hexagonale, oui, mais infiniment ici, quelque soit votre "ici", - et c’est bien plus "ici" que géographiquement.

    ( correction : je viens de voir votre photo ; si, je vous connais, je vous ai entendu à Strasbourg, sauf erreur, je ne suis pas très physionomiste. Si c’est bien vous, j’avais assez aimé vos textes... Alors, je vous répète ce que je vous dit au-dessus, avec seulement un peu plus de virulence )

  13. Posté par Eric, le 10 avril 2006 à 11:19

    Je suis totallement d’accord avec toi Bakima, il n’y a qu’une et une seule langue française. mais la langue doit auusi evoluer.

  14. Posté par Minga, le 20 avril 2006 à 03:49

    En effet, elle doit évoluer, sinon elle est bonne pour la casse ! Toutefois, il s’avère nécessaire de nommer ce paradoxe dans la sphère très gardée, surveillée de la langue française. En même temps les parties semblent s’accorder pour faire mouvoir la langue, l’ouvrir à d’autres possibles. Une autre tendance revendique l’autarcie, l’enfermement...

    Alors, on fait barrière aux néologismes issues de langues étrangères. On stigmatise les audaces littéraires des jeunes générations d’auteurs francophones... Pourtant, on se souvient de la voie ouverte par le regretté A. Kourouma.

    Dites, si vous m’enlevez le mot "spaghetti", "shopping", "souk", "shampoing", "traveller’s check", vous me les remplacez par quoi de plus pratique, sans blagues ? Pour moi, une langue ressemble fort à une peau : on s’en soucie. Alors, on la laisse respirer sans l’asphyxier sous d’épaisses couches de maquillage. Ici ces écrans oppresseurs seraient le protectionnisme à outrance, la frilosité langagière qui fragilisent les vocations.

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