À peine le Congo est-il frappé de nouveau par une grande perte, celle d’un de ses meilleurs fils, l’éminent et le plus ancien évêque, feu Barthélemy Batantou, que des dissensions naissent entre un père et un fils de la chrétienté. La mère poule jette-t-elle en pâture ses poussins à l’épervier ? C’est, en tout état de cause, à se demander à quel saint se vouer.

Dom Prosper-Clovis Passy
à son Excellence Monseigneur Mario Roberto Cassari,
nonce apostolique du Congo à Brazzaville

Paris, le 10 juin 2004
Excellence,

À peine le Congo est-il frappé de nouveau par une grande perte, celle d’un de ses meilleurs fils, l’éminent et le plus ancien évêque, feu Barthélemy Batantou, que des dissensions naissent entre un père et un fils de la chrétienté. La mère poule jette-t-elle en pâture ses poussins à l’épervier ? C’est, en tout état de cause, à se demander à quel saint se vouer.

À quoi le peuple congolais aurait-il été en droit de s’attendre pour atténuer la douleur de ses blessures ? Certainement pas, après ce coup du sort, à des propos outrageants, à des oraisons eschatologiques sans réconfort, mettant toute la chrétienté en désarroi, au point de susciter la colère générale.

Malgré tout le respect que je vous dois et l’humilité religieuse qui me caractérise, je pense que vous avez largement dépassé vos prérogatives en tant que nonce apostolique du Congo, représentant Sa Sainteté le pape Jean-Paul II.

Il existe plusieurs façons de faire des observations à un subordonné. Pour vous, la meilleure aurait été de vous taire. Vous n’êtes ni congolais ni une personne ayant physiquement souffert des cruelles violences perpétrées durant toutes les guerres civiles dont le pays a été le théâtre, alors même que, pour la plupart, les plaies sont encore béantes.

Avez-vous pensé aux orphelins qui ne mangent pas à leur faim et n’ont plus de gîte ? Aux enfants privés d’éducation scolaire et pour qui l’avenir est définitivement obstrué ? Aux veuves qui n’ont plus rien ? Aux personnes sans abri, dont un nombre indéterminé sont encore réfugiées dans un massif forestier des plus inhospitaliers ? Nul ne saurait oublier tous ces méfaits, dont vous connaissez parfaitement les auteurs.

Un chrétien doit apprendre à pardonner, mais jusqu’où ira un pardon que le persécuteur considère comme la marque d’une faiblesse, d’une impuissance de populations qu’il faut encore brimer ?

Les Congolais qui avaient été soulagés par les paroles de Mgr Ernest Kombo ont vivement applaudi aux paroles de leur pasteur, car, depuis trop longtemps, en public, on n’avait pas entendu plaider la cause du pauvre, d’un peuple mutilé devenu, aux yeux des dirigeants, une bête de somme, pis encore, une masse d’esclaves. Son malheur ne compte pas puisqu’ils croulent, eux, sous des richesses amassées à des fins personnelles et festoient dans de mariages pompeux, à des anniversaires solennels. A eux les belles villas, à eux les belles voitures climatisées de grand luxe, la plupart des citoyens n’a que ses pieds pour se déplacer sous des chaleurs torrides, le transport urbain étant quasiment inexistant à Brazzaville comme à Pointe-Noire, pour ne citer que ces deux grandes villes.

Trop court plaidoyer en faveur d’une multitude qui manque de tout, mais qui est, dans son inspiration, celui de nombreux chrétiens œcuméniques du Congo, du Nord et du Sud sans distinction, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Le même motif a poussé Mgr Ernest Kombo, leur fidèle interprète, à donner un peu d’espoir aux Congolais en manifestant son mécontentement auprès du pouvoir, pour défendre son peuple, comme la Sainte Vierge Marie sollicite le secours divin auprès de son Fils pour toute l’humanité.

Le pouvoir et quelques corrompus du système ne l’entendent pas de cette oreille ; ils en font un sujet de moquerie et saisiront sans doute l’occasion pour tendre des pièges à Mgr Ernest Kombo. Aussi, un principe doit être sauvegardé dans une communauté religieuse telle que le catholicisme. Chez les Bantu, dans l’aire culturelle où vous exercez votre nonciature, un dicton dit que le linge sale se lave en famille. Si vous jugiez de votre devoir de faire des observations à Mgr Ernest Kombo, à supposer même qu’il ait réellement commis une faute, le reproche aurait dû se faire à huis clos, sans tambour ni trompette. Tel n’a pas été le cas. Vous avez émis un jugement erroné et un écrit contrariant à notre bon pasteur, qu’il ne méritait pas. C’est un précédent fâcheux pouvant avoir des conséquences regrettables pour tous.

Pénétré de culture kongo, Mgr Ernest Kombo a invoqué dans ses incantations les esprits des morts (anciens dirigeants du Congo ou hommes d’Église morts en martyrs), comme cela se fait habituellement, afin de ramener la paix et d’alléger les souffrances des Congolais meurtris par des guerres civiles depuis leur départ pour l’au-delà. C’est pure volonté de nuire à un frère en Christ dans de pareilles circonstances que de le vilipender publiquement comme un malfrat.

Par cette réprimande pour le moins inopportune, votre point de vue, dont l’injustice est soulignée par un manque certain de connaissance des réalités locales, ne peut que causer beaucoup d’affliction. Vous avez exposé un de vos prélats à la folie vengeresse d’hommes aux mains souillées de sang.

Lorsque le pape Jean-Paul II, par des prises de position multiples sur des événements tragiques dans le monde, fait de la politique dans l’Église, il donne aux serviteurs du Christ l’exemple de courage dont il convient de s’armer dans l’exercice de son ministère. N’est-ce pas son premier devoir quand il s’agit de sauvegarder la paix dans le monde pour que celui-ci ne soit pas totalement livré aux forces du mal ? La terre entière connaît l’exploit inimaginable et fabuleux réalisé, dans ce cadre, pendant son pontificat : le démantèlement du mur de Berlin. À une échelle bien plus modeste, ce modèle aurait pu vous inspirer !

Les hommes appellent bien tout ce qui contribue au mieux-être de l’humanité : santé, justice, liberté, paix, bonheur et culte de Dieu. Le mal en est le contraire, à savoir jalousie, arrogance, mensonge, méchanceté, cupidité, vol, haine, racisme, viol, violence, guerre… Est-il juste de qualifier de démagogue, de populiste, de pseudo-politicien celui qui a le courage de dénoncer ce qui est manifestement mauvais dans la société où il vit ? Ce sont, grosso modo, vos termes, employés contre un évêque que vous avez publiquement fustigé. Ils sont plus qu’offensants. (Se reporter pour plus d’explications dans la Bible à Galates 5 : verset 19-26).
Dans cette démarche, quel était votre souhait ? Vouliez-vous encourager l’assassinat d’hommes d’Église au Congo ? C’est là un point capital, car, ne se reconnaissant plus dans des démarches de serviteurs habituels de Dieu, des fidèles se réfugient en grand nombre dans les sectes à cause du comportement de prélats dont les fréquentations sont en totale contradiction avec l’éthique religieuse : soutenir des dictateurs, violer nos enfants, provoquer la dislocation des ménages…

L’histoire enseigne que plusieurs persécutés de l’Église ont péri pour leur foi en Dieu, parce qu’ils avaient voulu soulager l’humanité souffrante. Ce fut le cas de Jeanne d’Arc, de Jérôme Savonarole, de Jean Huss et de tant d’autres. On raconte aussi qu’un saint « qui fut un grand guérisseur d’âmes, un grand tombeur des abus de l’Église romaine, qui ne craignait pas de s’attaquer aux prêtres, aux évêques, au pape lui-même, fut sacrifié. Il en mourut et cette puissance formidable qu’était et qu’est encore l’autocratie romaine, pour fermer cette bouche éloquente, pour arrêter ce saint qui prêchait sur les places publiques et que les masses populaires suivaient en foule, ne trouva rien que de le faire périr, au milieu des flammes, sur un bûcher, en pleine place de Florence, le 23 mai 1498. »

« Le procédé est expéditif, mais radical pour faire taire un gêneur : il y a beau temps qu’on l’eût employé contre nous si la Révolution n’avait pas amputé Dame Église de son bras séculier, si long, si dangereux qu’il atteignait jusqu’aux derniers confins du monde l’homme osant se dire libre. »
Entre le bien et le mal, dites-moi dans quel camp vous vous situez, Monseigneur Mario Roberto Cassari ? Toute réponse semble inutile, car, bien qu’homme d’Église, vous vous rangez désormais, ouvertement et personnellement, aux côtés de ceux qui veulent le malheur du peuple congolais.

Chrétiens du monde, en vérité et en vérité, comme l’a affirmé un éminent évêque, « n’y aurait-il que quelques milliers de prêtres conservant intact le feu sacré de la foi et de la prière que ce serait assez pour sauver le monde. N’y en aurait-il qu’une seule douzaine, n’en aurait-il qu’un seul que l’Église de mon Jésus serait toujours vivante ».

Comme il existe des esprits de bien, il y a des esprits du mal. Ces derniers ont leurs ministres sur la terre. Ce sont eux qui sont à la base des guerres et de l’escalade de la violence, car Satan et ses anges apostats ne vivent que de sang humain. Depuis que le monde est monde, ils sont parmi nous ; ils seraient même plus nombreux que les hommes de bien. Le devoir de tout homme d’Église, prêtre ou pasteur, de tout chrétien en général, est de s’en défendre et de défendre les autres, de les combattre sans trêve ni merci, car nous avons en main tous les moyens de les vaincre ; ils ne sont forts que de nos faiblesses ou de nos lâchetés. S’ils ont permission de nous tenter, ils ne le peuvent que si nous leur laissons la voie libre et la porte ouverte. C’est pourquoi nous ne devrions jamais nous laisser intimider par les dictateurs de ce monde. Où sont donc passés les Hitler, les Franco, les Pinochet, les Mobutu Sese Seko, les Jean-Bedel Bokassa ?…

Loin de vous juger comme vous l’avez fait pour votre prélat, dont vous avez la charge de contrôle et de servitude, je ne fais que relever quelques manquements de jugement déontologique dans la liturgie catholique, comme dans tout culte vénérant le Christ. Nul n’a le droit de juger son prochain. En tant que chrétien, vous devriez vous interdire d’injurier votre prélat, que cela se fasse en privé ou en public, car toutes les mauvaises conduites finissent un jour par être sues. Je ne vous traiterai donc pas de la manière dont vous n’avez pas hésité à le faire pour Mgr Ernest Kombo. Il faut cependant noter que vous avez agi par orgueil. Or, l’orgueil n’est, chez l’homme, qu’une opinion injuste par excès. En outre, en votre qualité de représentant du Vatican, vous avez sans doute surestimé vos prérogatives à un moment où s’imposait la plus grande circonspection, et cela, précisément en raison de la haute autorité morale que vous représentez. On peut, à bon droit, assimiler cet acte à de l’amour-propre déplacé, à de la suffisance ou à quelque chose d’approchant, trop imbu de vous-même.

En conséquence, si, en votre âme et conscience, vous reconnaissez avoir agi par hardiesse, vous devez faire amende honorable au peuple congolais. « Rien par nous-mêmes, tout au nom de Jésus ! Voilà le secret de notre force ! » La communauté religieuse doit maintenir l’harmonie comme règle de base. Celui qui la rompt s’en exclut d’office. Chacun doit se garder de semer la discorde. Si elle apparaît, elle doit être écartée au plus tôt, car elle ruine toute organisation.
Demander pardon aux autorités politiques congolaises en calomniant un des vôtres n’est pas un acte de courage, c’est de la haute trahison, exactement comme, sur un autre plan, l’a fait Judas, l’apôtre que Jésus-Christ aimait par-dessus tout.

Sur cette base, l’Église catholique congolaise vous rend responsable de tout malheur qui pourrait frapper Mgr Ernest Kombo. Je le dis avec un serrement de cœur, mais cela doit être souligné, d’autant que, vous ne sauriez l’ignorer, sans Mgr Ernest Kombo, pendant l’étape cruciale des assises de la Conférence nationale souveraine, Denis Sassou Nguesso ne serait pas encore parmi nous. Sa belle-mère le reconnaît comme le peuple congolais dans son immense majorité.

Oui, Excellence, les langues des Congolais se délient et il fallait un témoignage digne de foi, porté sans ambiguïté, pour ôter le doute qui demeurait en eux. L’occasion pouvait-elle être mieux choisie que lors des obsèques de feu Mgr Barthélemy Batantou ? Ce moment était si attendu que, exprimant déjà leur mécontentement, ils ont crié presque à l’unisson leur soulagement. Il était temps d’évoquer le sort misérable qui est le leur.

Certes, il n’y a point de moment privilégié pour dire tout haut ce que tout le monde pense face à un dictateur qui ne s’est jamais repenti d’avoir transformé son pays en un immense charnier et mis à genoux son propre peuple, mais c’était le dernier signal après lequel il n’était plus possible, pour faire écho au courroux populaire, de continuer à garder le silence.

Le peuple congolais, livré à toute sorte de souffrances, ne vous avait pas donné mandat pour vous substituer à Mgr Ernest Kombo. Parce que vous teniez à demander pardon au président de la République, votre immixtion dans les affaires congolaises a fait l’effet d’un glaive au cœur chez tous les Africains de bonne volonté, chrétiens ou non, qui se demandent avec inquiétudes si les relations extra-religieuses que vous entretenez avec le pouvoir en place à Brazzaville sont plus importantes que le bonheur de la masse anonyme.
Symbole du drame en cours, la jeunesse congolaise sent que le sort qui l’attend risque d’être plus dur encore que celui qui l’étouffe déjà. Dans tout le pays, le désappointement est si vif que seul un mea culpa sans atermoiements, suivi d’actes concrets, décidera les uns et les autres à retrouver le chemin de l’Église. C’est par la vérité que vous serez un bon berger pour conduire le peuple de Dieu. Si vous la cachez, vous vous exposez à être un simple « Tintin au Congo » .

Comme ont pu vous le dire ceux qui m’ont précédé, la coutume, chez les Bantu et pratiquement chez tous les Noirs d’Afrique, est de demander aux esprits des morts d’intercéder en faveur des vivants qui ont perdu un doyen, un chef de famille, un grand chef spirituel afin que la vie reprenne mieux son cours. N’ayant plus de soutien, orphelins, sans possibilité de demander son intercession auprès de Dieu afin que leurs maux soient allégés, ils se considèrent en effet exposés à tous les aléas.

C’est pourquoi, pendant qu’il est en pleine possession de ses moyens, qu’il a la pleine maîtrise de soi, on sollicite son aide pour qu’en communion avec les esprits se poursuive la lutte pour l’existence, où les vivants ont conscience de jouer un rôle utile et de faire un peu de bien autour d’eux, selon les moyens dont ils disposent par leurs libres efforts. Cela explique que les rapports privilégiés entre ceux qui ne sont plus et ceux qui restent ne soient pas constitués par le temps où l’on se laisse vivre, mais par ce dialogue permanent, socle de la culture noire. Ceux qui nous quittent ne nous abandonnent pas, ils connaissent mieux que nous la vie, ils l’ont offerte avant nous et nous tendent la main ; ils sont nos médiateurs les plus proches. C’est ce qu’a été justement rappelé par le prélat congolais.

Dans le royaume Kongo, avant l’arrivée du christianisme, on croyait en un seul Dieu : « Nzanbi-a-mpungu ». Pour autant, les Africains en général n’ont jamais mis en cause l’existence des esprits des morts. N’avons-nous pas appris, au catéchisme même, que l’âme ne meurt jamais ? En Égypte, les pharaons défunts étaient divinisés ; la société noire croyait déjà en la vie future. C’est pourquoi, dans chaque cérémonie organisée à la mémoire des patriarches bantu, outre les prières adressées à Dieu dans Sa miséricorde et faites pour Lui demander de leur pardonner leurs péchés, nous nous tournons, dans nos soucis et nos malheurs, vers les esprits de nos morts, qui sont désormais avec les saints anges et toutes les principautés de la Divinité, pour les prier d’intercéder en notre faveur. Il est conforme à la marche de la nature que les intelligences supérieures puissent ainsi, quand il leur plaît, nous rendre les services les plus importants, fût-ce à notre insu.

En tant que mystique, je l’ai appris des enseignements célestes reçus directement de l’Heureuse Providence. Ce qui nous sépare des esprits n’est pas plus épais que le voile de la mariée. Ils sont toujours avec nous, même quand nous ne faisons pas appel à eux. Jamais ils ne nous abandonnent à nous-mêmes. Ils ne s’éloignent pas de nous ; dès que nous avons besoin d’eux, ils sont là pour nous aider. D’où cette parole biblique : là où sont réunies deux ou trois personnes en son nom, Dieu est avec elles.

Il y a, certes, une hiérarchie des esprits dans le Ciel, identique à la nôtre sur la terre. Ceux-ci sont classés, comme les êtres humains, par échelons et par catégories, mais ils sont tous égaux devant Dieu : ils reçoivent la même bénédiction. Cependant, il y a ceux qui arrivent plus tôt, presque trop tôt, et il y a les autres. Les premiers sont des personnes en avance sur leur temps ; tel qu’au Congo, le président Massamba-Débat fut mal compris par ses collaborateurs politiques, ce qui nous prévalut sa perte. Il y en a qui se présentent d’emblée comme des acteurs du futur. Cela aussi m’a été directement enseigné par des révélations spirituelles.

Le philosophe catholique Ballanche considère que les êtres intelligents connaissent une ascension progressive et atteignent parfois des performances incroyables. Le saint-simonien E. Barrault dit à ce sujet : « Nous est-il permis de supposer que notre terre a été visitée par des âmes à des mondes meilleurs, qui ont voulu remplir parmi nous un apostolat de lumière ou de charité, payés d’ingratitude peut-être ? […] Nous avons des frères aînés surhumains, relativement à nous, en raison de leur degré d’avancement, dont la fonction la plus glorieuse et la plus douce est d’élever leurs frères inférieurs. […] Oui, Dieu est incarné en tous, mais il s’incarne de plus en plus dans les innombrables fractions de l’humanité par l’intervention d’innombrables verbes en qui sa vie s’est déployée et qui, au besoin, revêtent la forme des populations qu’ils visitent. Outre l’incarnation universelle, il y a les incarnations particulières des médiateurs. »

Voici une autre révélation : certaines personnes ayant subi plusieurs incarnations ont un guide spirituel qui leur enseigne les secrets de l’humanité. Parmi ces divers hommes répandus dans le monde, il y a ceux qui sont à leur tour les guides de lumière de leur peuple ou du genre humain, en l’occurrence le pape actuel, pour qui je voue une vénération particulière, certains chefs d’État comme Theodore Roosevelt, le mahatma Gandhi, le gouverneur Félix Éboué, John Fitzgerald Kennedy, Alphonse Massamba-Débat, le général Charles de Gaulle, Félix Houphouët-Boigny, Rohlila Mandela.

Il y a aussi des hommes et des femmes, tels le Dr Albert Schweitzer, le pasteur Martin Luther King, le cardinal Émile Biayenda, le comédien Coluche, mère Thérésa, l’abbé Pierre… la liste serait longue. Leurs cœurs étant remplis de compassion, ils n’ont jamais fait de distinction entre les individus, les traitant tous avec un égal respect. Durant tout leur passage dans ce bas monde, ils ont été animés du seul désir de servir avec altruisme l’humanité. Ils avaient en horreur le mal, si bien qu’ils ont accompli toute bonne action avec pureté, équité et intégrité, ne craignant que Dieu.

Mon témoignage de sympathie pour tous adoucira, je l’espère, la souffrance des familles chrétiennes, du peuple congolais dans son ensemble et, par extension, de tous ceux qui endurent tant d’épreuves sur notre malheureuse planète. Nous nous consolerons en pensant qu’un jour viendra où, tous réunis au Ciel, nous pourrions ensemble chanter le grand alléluia, afin de retrouver les êtres bien-aimés qui nous ont précédés, et rendre un vibrant hommage à l’Éternel, le Dieu Tout-Puissant, pour ses bienfaits.

Les Congolais sont dans un tel océan de misère qu’ils en sont devenus des mendiants pour avoir tout perdu. Excellence, vous vivez à Brazzaville et vous êtes quotidiennement témoin de ces malheurs, telle la détresse d’anciens officiers réduits à tendre la sébile. De même, combien de retraités sans moyens d’existence sont voués à la débrouillardise ? On est revenu au troc pour survivre : donne-moi du sel, je te donnerai à mon tour quelques morceaux de sucre.

De votre belle résidence, où rien ne manque, vous ne sentez pas que dehors le peuple souffre. Rien d’étonnant que vous l’incitiez à redoubler de patience ; mais cette longanimité dure plus de trente ans.

Au lieu de nous disputer, chrétiens du monde, consacrons-nous entièrement à la tâche sacrée de la lutte contre la misère et l’exploitation de l’homme par l’homme. Si l’on peut opposer les peuples par leurs mœurs, par leurs langues, en exploitant l’espace et le temps, si l’on peut entretenir des rivalités sanglantes pour des intérêts mesquins ou étrangers, il est un point sur lequel ils peuvent se retrouver tous : la croyance en un seul Dieu. Les populations congolaises ne sont-elles pas en majorité chrétiennes ? Même sous des formes diverses, le fond de la doctrine reste toujours. L’Évangile ne saurait être une compromission avec le pouvoir, sans quoi saint Jean Baptiste aurait été tenté par cette voie pour échapper à la persécution. Il a tenu tête à Hérode et n’a pas craint d’être décapité. « Repentez-vous, disait-il, car le royaume des cieux est proche ! »

Ainsi, que tous ceux qui ne sont pas du monde laissent dire au monde tout ce qu’ils voudront, qu’ils méprisent ses jugements ; qu’ils soient persuadés que ce qui est grand aux yeux des hommes est en abomination devant Dieu, et qu’au contraire ce que les hommes rejettent ou censurent est quelquefois très grand et méritoire devant sa Souveraine Majesté. Chaque chrétien doit examiner sa conduite en se demandant constamment si ce qu’il fait est conforme aux principes de la morale chrétienne contenue dans l’Évangile, faute de quoi il devra renoncer à sa vocation.

« Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fît ! » Peu importe que vous soyez l’objet de railleries, d’injures et que vous soyez persécutés ! Ce qui compte, c’est que vous ayez refusé de porter le lourd fardeau de la traîtrise, de la corruption, dans lesquelles on a voulu ou failli vous entraîner. Alors, direz-vous avec le grand apôtre, « nous nous mettons fort peu en peine d’être jugés par vous, ou par quelque homme que ce soit, puisque nous avons le Seigneur pour juge, et que c’est à Lui que nous devrions plaire ».

Jésus-Christ n’a-t-il pas vécu en véritable martyr dans ce monde tout en pratiquant de bonnes œuvres, en guérissant les malades, en donnant de l’espoir aux malheureux et en ne cherchant pas la première place, mais en obéissant à son Père pour accomplir sa mission de sauver l’humanité ?

Peut-on arriver à une paix durable sans une véritable réconciliation de tous les enfants du Congo en exil partout dans le monde ? Savez-vous, Monseigneur, depuis combien de temps dure cette situation de déstabilisation de l’État congolais, qui plonge les Congolais dans une pauvreté sans précédent, pendant que leur pétrole est pillé par les multinationales en parfaite complicité avec le pouvoir ? Je le redis : depuis plus de trois décennies.

Qu’aviez-vous fait pour convaincre le président Denis Sassou-Nguesso d’accepter une médiation du Vatican, organisée à Rome, entre tous les protagonistes de la guerre de 1997 et les dignitaires congolais ? N’est-il pas dit dans les Écritures que, si un homme possède un esprit de repentir, ses fautes disparaîtront, mais que, si son esprit répugne au repentir, ses fautes se maintiendront et le condamneront à jamais ?

Aviez-vous apporté ce message à la première dame, Antoinette Sassou-Nguesso, fervente chrétienne, afin d’édifier son cher époux sur cette parole de l’Évangile pour le grand salut des Congolais, lui qui avait remis le pays entre les mains de Dieu lors de sa prestation de serment à la fin de la guerre civile de 1997 ? Avez-vous rappelé cette promesse faite à Dieu par Denis Sassou-Nguesso lui-même, qui assurait avoir reconsidéré ses positions envers les Congolais ? Non.
N’ayant pas fait cela, vous serez dans la même disposition que lui, le jour du Jugement dernier, pour faute lourde, non-assistance à peuple en danger. Ce manque de respect et de sincérité pour le peuple congolais tout entier fera de vous, à coup sûr, un complice du pouvoir politique contre les enseignements du Christ : « Redde Caesari quae sunt Caesaris et quae sunt Dei Deo. » - Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.

Quant à Mgr Ernest Kombo, il devra prendre son mal en patience et s’en remettre à Dieu Seul qui sauve et Seul qui guérit !

Dom Prosper-Clovis Passy


Par : St. Joberc