Depuis Jean-Luc Godard, théoricien des « Cahiers du Cinéma », Cannes passe pour un lieu d’expression politique qui ne dit pas son nom. Le Festival International du Film Panafricain, représentation noire de cet art dont la ville balnéaire de Cannes est l’un des modèles universels, participe de cet acte de dénonciation. Et ce n’est pas notre site Congopage qui l’en blâmera.

Lancée le 17 avril 2019, la 16ème édition du Festival International du Film Panafricain (FIFP) a pris fin le 21 avril 2019 ; dimanche de pâques à l’Espace Miramar à Cannes.

Huit Dikalo d’or (prix du festival) ont été décernés.
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Avant la remise des trophées, le Festival a eu son lot de critiques des violations des droits de l’homme dans le monde, particulièrement en Afrique.
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Le président du jury a fait observer une minute de silence pour tout ce sang versé sur la terre des hommes, a priori en Afrique et au Moyen-Orient. « On en a beaucoup parlé durant les délibérations  » ( Nolda Di Massamba). La cinéaste franco-congolaise a déploré, du haut de la scène du FIFP, le silence des médias sur les millions de morts en RDC. Les espaces publics ne vaudraient pas la peine d’être fréquentés si on ne peut pas les politiser. Nolda Di Massamba est une cinéaste engagée qui ne cache pas son mépris de la forfaiture de Félix Tshisékédi et Joseph Kabila en RDC, pays sans lequel la technologie des téléphones portables serait lettre morte. On l’oublie souvent. Et les élans de solidarité pour Notre-Dame de Paris devrait rallumer notre feu pour l’homme inséré dans la panafricanisme en cette période pascale.

Le choix du jury

Refuser de choisir, c’est choisir de ne pas choisir. Choisir c’est aussi laisser choir. Il n’a pas été évidemment facile au jury de choisir parmi les films en compétition : une cinquantaine au total. Le président du jury, Jehpté Bastien, a eu le mot juste pour illustrer l’embarras. « Il est aussi difficile de faire un bon film qu’un mauvais film. En vérité il n’y a pas de mauvais films. » - Une formule de jésuite donnée en guise de prologue pour justifier les dégâts ou les joies qu’il allait occasionner dans l’esprits des cinéastes et des cinéphiles, tout ouïe, dans la grande salle du Miramar.

Rappelons que le jury a visionné sept projections par jour. Ce qui n’est pas une mince affaire.

« Si comme à l’élection Miss France on pouvait désigner des dauphines, on l’aurait fait pour les œuvres en compétition  » a avoué un membre du jury en qui, manifestement, le cynisme des juges en général n’a pas encore fait son œuvre. Souris qui souffle sur la morsure, c’était, bien sûr, une façon de calmer la douleur des recalés au FIFP. C’était aussi une manière d’encourager les talents oubliés. Cas d’Eric Sabe réalisateur de « Yembi  », (je t’aime en langue sango) dont le film a plu à l’actrice camerounaise Lami Lum-Manfor (The good time to divorce). Elle a promis faire une apparition dans le prochain film en RCA. JPEG Eric Sabe, était en compagnie de Thierry W. Ouambeti-Liporo, promoteur culturel, Centrafricain, congolais de cœur, (il a passé son enfance à Brazzaville). Signalons que non récompensés au FIFP, certains films ont été distingués dans d’autres festivals. C’est le cas justement de « The good time to divorce » qui a croulé sous des récompenses depuis sa sortie en 2018.
Le festival a brillé par la jeunesse des réalisateurs. Le cinéma africain émerge petit à petit. Et le professionnalisme est au rendez-vous. Les sujets de société sont largement abordés, notamment l’institution du mariage : « The good time to divorce  » ; «  ko kanga » (du congolais David Kabale).

Les dimensions du Festival

Le festival a été également une occasion de mettre la lumière sur les artistes, les artisans, les éditeurs et les écrivains, porte-étendard du panafricanisme. Rose Tenkeu, interface du chanteur Prince Kestamg avec le label PK, a mis en exergue le concept de Lally Show avec le label PK. La fermeture du festival a été l’occasion pour Prince Kestamg d’organiser la sortie officielle de son clip tourné sur la Côte d’Azur. Au cours du diner de gala donné à l’Hôtel Le Martinez, samedi 20 avril, Prince a donné un concert live à la hauteur de sa maitrise du showbiz.

Ecriture, défilé de mode, bien-être, musique chorale

Basile Ngangue Ebelle président du FIFP a fait feu de tout bois pour donner à l’évènement sa dimension multiculturelle. Champ faisant la part belle à la diversité, le FILP est, somme toute une plate-forme qui donne la chance aux artistes, aux artisans, aux littéraires de s’exprimer sur leur savoir-faire.

C’est le cas de Virginie Mouanda, écrivaine et éditrice congolaise, engagée dans l’écriture. Bourrée d’énergie et de talent elle sera au salon du Livre de Genève au mois de mai 2019. Véronique Diarra écrivaine congolaise et burkinabée, enseignante en région parisienne, publie aux éditions Wawa dirigée par Virginie Mouanda. Véronique Diarra vient de sortir une saga dont l’action se situe dans l’Afrique de l’Ouest précoloniale, au 17ème siècle : « Agnonlètè l’Amazone fon » V. Diarra (fille du ministre Paul Kaya) est l’auteur de « Non je ne me tairai plus » magnifique roman paru chez Wa’Wa . Notre site a consacré un article à cet excellent ouvrage traitant du harcèlement en milieu scolaire en banlieue parisienne. JPEG

Cas également de Sam Lyons, life coach, psychologue des profondeurs, sinologue. Sam étudie les capacités en chacun de nous de réveiller le génie en lui. Du pur Socrate, car c’est de la maïeutique, l’art d’accoucher les belles idées contenues en nous. Idéal pour un metteur en scène.

Mama Bijoux, malienne de Paris, militante de la tradition, a exposé un échantillon d’objets d’art représentatif, justement, de la diaspora panafricaine.
Le Festival a mis l’accent sur le bien-être.
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Un défilé de mode a agrémenté le festival de ses couleurs chaudes. La créatrice, une africaine de Nice, est significative de ce sud de la France baignée par une méditerranée qui, hélas, apporte parfois de l’Afrique des tragédies.

Enfin, nec plus ultra, la présence de la chorale Douala, Ngomb’a Mulema , venue de Paris qui, au cours d’un rituel sans convention, a consacré le président Basile Ngangue Ebelle. Ce dernier a eu raison de dire que ce festival n’aurait jamais été performant n’eut été le concours des bénévoles qu’il a d’ailleurs sincèrement remerciés avec la rhétorique poétique qui est la sienne. Remerciements également à la ville de Cannes, accompagnatrice du FIFP dès le début. JPEG

Les lauréats de cette 16ème édition du FIFP

Dikalo de la paix, Prix de l’association Nord Sud Développement, Marie Sandrine Bacoul «  Les pépites du fleuve »
Meilleur long métrage fiction « Bad luck » de Joe de Ramesh , Jai Gulabraj
Meilleur long métrage documentaire « On the frontlines  » de Carla Rebrai
Meilleur court-métrage fiction « Fligt  » de Kia Moses et Adrian Mcdonald
Meilleur court métrage documentaire « Runafrica Project  » de Lucas Feltain
Meilleure interprétation féminine Maame Adjei dans « Before the Vows »
Meilleure interprétation masculine Alene Menget dans « A good time to divorce  »
Mention spéciale jury long métrage fiction « Before the vow  » de Nicole Amarteifio
Mention spéciale du jury long métrage documentaire «  Bigger than african » de Toyininrahim Adekeye
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Rendez-vous à la 17ème édition en 2020

Simon Mavoula