Alors que le pays comptabilisait pour cette édition 12 départements, ce ne sont que les représentants de cinq d’entre eux (Kouilou, Niari, Brazzaville, Bouenza, Sangha) qui se sont retrouvées, faute de sponsoring pour les autres, à Pointe-Noire du 7 au 15 Octobre pour disputer de ternes championnats nationaux.

Du 7 au 15 Octobre 2006, trente une équipes se sont retrouvées à Pointe-Noire pour disputer les championnats nationaux de handball (11 junior dames, 7 junior hommes, 6 senior dames et 7 senior hommes). Elles ont croisé le fer aux stades Enrico Mattei et KM4. Durant une semaine six cent athlètes ont donné le meilleur d’eux pour départager les équipes émergentes, et mettre en valeur les talents individuels.

Les matchs de poules, ont révélé des manquements techniques dans l’ensemble des compartiments du jeu :
-  Préparation physique : musculation, endurance, résistance, diététique, psychologie... ;
-  Technique individuelle : maniement de la balle, placements, adresse, duels... ;
-  Technique collective : placements, schémas tactiques figés, dispositifs défensifs défaillants...

Bref, trop de déchets qui expliquent le déclin du handball congolais sur l’échiquier international.

Le Déroulement de la compétition

Matchs de sélection :

En raison du nombre hétéroclite des clubs participants, la formule choisie par les organisateurs a été composite. 2 poules en seniors dames et hommes ainsi qu’en junior hommes, tandis qu’en junior dames 3 poules ont été organisées, les premières classées au premier tour constituant une poule d’excellence qui a réuni Bankosport (PN), Etoile du Congo (BZV) et Patronage (BZV).

Certes le niveau a progressivement évolué jusqu’aux demi finales considérées comme le sésame des grandes compétitions.

Demi finales :

Senior Hommes :

La révolte des petits poucets : Munisport (PN) crée la surprise en éliminant le redoutable Inter-club (BZV) champion en titre 29 buts à 27. Il est à noter, lors de ce match, le mauvais comportement affiché par certains joueurs lors de cette demi finale. Nous souhaitons que les dirigeants fédéraux osent prononcer des sanctions disciplinaires à l’encontre de ces joueurs coutumiers des faits, afin que l’esprit sportif demeure la règle.

L’autre match opposant Etoile du Congo (BZV) à Patronage (PN) voit la victoire des brazzavillois 31 à 29.

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Sayi-Sayi, la révélation SD d’Abo-Sport

Senior Dames :

Aux yeux des observateurs, le premier match de demi finale opposant CARA à Abo-Sport a été la plus belle rencontre de toute la compétition, il a vu la défaite de CARA, face à l’association sportive Abo-Sport de Ouenzé après un match très disputé, 29 buts à 28.

Lors de l’autre demi finale, Inter-Club (BZV) a dominé ASEL (BZV) 32 à 25.

Junior Hommes :

Etoile du Congo (BZV) bat Saris de Nkayi 26 à 24

Munisport (PN) bat Diables Noirs (BZV) 26 à 24

Finales :

Senior Hommes :

Le coq de la basse cour, Etoile du Congo (BZV), champion 2005 et 2006, n’a pas cédé son titre en battant les jeunes inexpérimentés de Munisport (PN) : 32 buts contre 25 buts.

Senior Dames :

En bon stratège, "Gégé" Capello, l’entraîneur

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Match SD Abo-Sport VS Interclub

d’Abo-Sport, a su mettre en place une tactique mettant en difficulté les amazones d’Inter-Club en leur imposant un jeu lent, un pressing de tous les instants sur leur meneur de jeu Chantal Okomba (meilleure marqueuse de l’ensemble de ces championnats avec 53 réalisations) et une rigueur dans les duels tireuse/gardienne qui leur avait fait défaut dans les phases précédentes. Stratégie payante, puisque pour sa seconde année d’existence Abo-Sport remporte le titre par le score sans appel de 37 à 27.

A noter, à quelques minutes de la fin de la rencontre, l’intrusion sur le terrain d’un groupe de militaires supporters d’Inter-Club voulant interrompre le match en prétextant la présence du féticheur d’Abo-Sport dans la chorale. Il a fallu l’intervention du Directeur Départemental de la Police Nationale accompagné de la BAC et celle du Commandant de la Zone Militaire N°1 pour que la rencontre puisse se terminer.

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RA. Matongo, entraîneur JD Bankosport donne ses instructions

Juniors Dames :

Bankosport (PN) tenante du titre retrouve en finale Etoile Du Congo (BZV). L’équipe brazzavilloise compte dans ses rangs la quasi totalité des joueuses ayant gagné le championnat 2005 dans les rangs de Bankosport. Cette hémorragie a bien failli sonner le glas du team ponténégrin forcé d’aligner dans cette équipe 5 cadettes et seulement 3 juniors venues de Brazzaville. C’est dans cette configuration qu’elles ont pu conserver leur titre départemental sans la moindre défaite et parvenir en finale nationale. Hélas, l’expérience fait la différence et Etoile du Congo bat Bankosport par 31 à 30, première défaite, toutes rencontres confondues, en deux saisons

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Le "stade" d’entrainement de Bankosport (PN)

pour les ponténégrines qui peuvent garder la tête haute. En tout cas un grand coup de chapeau aux filles et aux encadreurs techniques, avec mention toute particulière à l’entraîneur Régis-Alain Matongo pour les miracles qu’il a pu réaliser sur un terrain d’entraînement qui tient davantage du dépotoir ou du champ de mines que du terrain de sport.

Junior Hommes :

Tout comme chez les seniors, Etoile du Congo (BZV) se voit opposé à Munisport (PN), là encore Etoile du Congo joue et gagne écrasant Munisport 43 à 31.

Les podiums :

- Junior Hommes Junior Dames Senior Hommes Senior Dames
1er Etoile du Congo (BZV) Etoile du Congo (BZV) Etoile du Congo (BZV) Abosport (BZV)
2ème Munisport (PN) Bankosport (PN) Munisport (PN) Interclub (BZV)
3ème Diables Noirs (BZV) Patronage (BZV) Patronage (PN) Cara (BZV)

Etoile du Congo se taille donc la part du lion en remportant trois des quatre trophées mis en jeu. La satisfaction vient du côté d’Abosport senior dames, qui va se frotter aux meilleurs du continent en 2007. Daniel Lobé Diboto de Congopage a demandé au président d’Abosport Monsieur Jean-Claude Ibovi, Administrateur Maire du Vème arrondissement de Brazzaville Ouenzé : « Président Ibovi, après l’euphorie de la victoire, envisagez-vous recruter pour la campagne africaine ? Réponse : Le recrutement a déjà commencé. Là où je suis logé à l’hôtel Palm-Beach, j’ai pris quatre rendez-vous avec quelques filles. Actuellement toutes les joueuses sont libres, heureusement que les joueuses d’Abosport sont sous contrat. »

Le trophée de fair-play a été attribué à l’équipe Banko junior de Pointe-Noire et la coupe d’encouragement à Inter-club de Ouesso, le néophyte de la compétition.

A l’issue de ce second tour, la Fédération Congolaise de Handball (FECOHAND) a décelé quelques talents juniors :
-  Meilleur buteur, Mbou-Bouyena de Diable Noirs de Brazzaville avec 43 buts au compteur ;
-  Meilleure buteuse junior dames Dominique Iwangou de Munisport de Pointe-Noire, auréolée de ses 41 buts ;
-  Et au top avec 53 buts, Chantal Okoumba d’Inter-club de Brazzaville en senior dames.

L’heure du bilan

Ce Championnat 2006 est révélateur des carences qui minent le handball congolais.

Monsieur Henri-Joseph Parra, premier vice président de la FECOHAND, déplore l’absence de trois départements de plus que lors de l’édition 2005, pour cause de manque de sponsoring. Faut-il rappeler que le pays compte désormais treize départements et que seuls cinq étaient représentés. Peut on vraiment, dans ces conditions, parler de championnats nationaux ?

Les équipes de Brazzaville et de Pointe-Noire sont les seules à avoir pu accéder aux podiums. Où faut-il chercher l’absence de l’interland dans ces résultats ? En tout cas on est surpris que Abo-Sport qui porte ce nom en l’honneur d’Abo, un village tout proche d’Oyo d’où est originaire la famille Ibovi, ne représente pas le département de la Cuvette. Abo est doté d’un excellent terrain équipé pour le jeu nocturne. Abo-Sport y fait de réguliers séjours d’entraînement. Abo-Sport est un des seuls clubs qui soit à l’image de ce que devraient être tous les clubs du pays, les joueuses y sont recrutées parmi les meilleures joueuses nationales, elles sont rémunérées, logées individuellement et des emplois leur sont fournis. A leur retour sur Brazzaville elles ont été reçues triomphalement à l’instar de leurs homologues européennes. Dans ces conditions on ne peut que comprendre leur ascension vertigineuse.
Le grand vainqueur de cette compétition, Etoile du Congo, est sponsorisé par son président, Blanchard Oba, PDG de SOTELCO.

Le handball congolais manque de sponsors et de couverture médiatique. Il manque aussi d’infrastructures d’entraînement et de compétition.

George Ionescu, expert près la FECOHAND répond à nos questions

Rigueur et discipline sont les maîtres mots qui vont désormais booster le Handball congolais afin qu’il recouvre ses lettres de noblesse, nous dit monsieur George Ionescu, l’entraîneur national, expert venu de la République de Roumanie. Son objectif : préparer le Congo pour la

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George Ionescu, expert/entraîneur national

CAN 2008 et la coupe du monde 2007, après le sursaut d’orgueil des Diables Rouges senior dames à Tunis.

George Ionescu possède trente et un ans d’expérience dans la discipline et a entraîné les équipes suivantes en Roumanie :
-  Universitate A Oradea H ;
-  Muresul TC Mures. D ;
-  Oltchim Rininicu Vilcea D ;
-  Steaua Bucuresti. H.
-  Echip National Senioare D (9 ans) ;
-  Echip National H Universitair.

Il répond aux questions de René-Charles Ivouvou et Joseph Blezziri-Matombi

Joseph Blezziri-Matombi : Pouvez-vous vous présenter ?

George Ionescu : Je suis George Ionescu directeur technique de la FEdération COngolaise de HANDball.

JBM : Comment êtes-vous arrivé au Congo ?

IG : Je suis arrivé au Congo, le 1er Octobre 2005. J’ai préparé l’équipe nationale dames et hommes pour la CAN 2006. D’où j’ai qualifié l’équipe féminine pour la phase finale de la coupe du monde 2007 en France. Après j’ai préparé l’équipe nationale junior dames pour la coupe de l’Afrique Centrale que le Congo a remportée. Maintenant je suis à Pointe-Noire, pour assister à la finale du championnat national senior et junior dames/hommes, pour les futures sélections de l’équipe nationale. Je regarde le niveau du handball congolais à Pointe-Noire.

JBM : Avez-vous un contrat signé avec la Fédération Congolaise de Handball (FECOHAND), si oui, quelle est sa durée ?

GI : Oui, le contrat couvre deux ans jusqu’au 1er Octobre 2007.

René-Charles Ivouvou : Vous êtes à Brazzaville donc vous avez une idée du niveau du handball congolais là-bas. Ici vous avez vu une équipe de Pointe-Noire jouer contre une équipe de Brazzaville comment appréciez-vous le niveau de l’équipe de Pointe-Noire ?

GI : C’est un bon niveau mais le jeu est très débridé, ils perdent beaucoup de balles. C’est un constat pour toutes les équipes. Avant d’arriver ici j’ai participé à la coupe d’Afrique des équipes championnes de handball à Abidjan, j’étais surpris que les équipes congolaises perdent autant de balles. C’était un signal d’alarme pour la préparation de l’équipe junior de handball. Il y a également des problèmes pour la préparation des passes.

RCI : Voulez vous dire que les juniors ont beaucoup de problèmes ?

GI : Oui malgré la volonté de marquer des buts. Ils ont des difficultés à réceptionner des balles qui passent out !

RCI : Que faut-il faire pour rehausser le niveau ?

GI : Mon opinion c’est qu’il faut commencer par changer la mentalité des entraîneurs, ensuite des joueurs. Pourquoi ? Il y a beaucoup d’indiscipline de part et d’autre. Par exemple si l’entraînement est prévu à 15 heures les gens arrivent à 16 h 30. Ce n’est pas normal comme ça. En principe tous les dirigeants et athlètes doivent venir 30 minutes avant pour préparer les joueurs. Ainsi à 15 heures pile, les entraînements commencent.

JBM : Monsieur l’expert avez-vous une feuille de route pour recadrer les équipes de Handball du Congo ?

GI : Je veux créer pour le futur deux équipes garçons et dames juniors, à l’image des équipes 88, 89 et 90 dans la perspective les préparer pour la CAN 2008.
Dans un premier temps nous avions un programme pour préparer l’équipe nationale senior dames à la coupe du monde 2007. Immédiatement après la coupe du monde ça devrait être la CAN, je ne sais pas exactement où elle va se disputer. Mais c’est très important comme objectif, car celui qui gagne la première place à la CAN est qualifié pour les jeux olympiques.

RCI : Pensez-vous qu’on peut espérer sur vous pour rehausser le niveau du handball congolais ?

GI : J’ai assisté aux entraînements de toutes les équipes juniors et seniors à Brazzaville, pour voir comment ils travaillent. Mais les entraîneurs ne posent aucune question. Ils veulent toujours travailler de la même façon. Je ne considère pas ça bien. Je suis venu donner une formation, donner toute l’expérience que je possède. J’ai 36 ans d’expérience de handball. J’ai entraîné l’équipe nationale senior dames/hommes en Roumanie. J’ai à mon actif une coupe du monde avec l’équipe nationale militaire de Roumanie. Une coupe européenne en Roumanie et bien d’autres titres en Roumanie.

RCI : Avez-vous joué au Handball ?

GI : J’ai joué à l’université de Bucarest en Roumanie, cinq coupes européennes.

RCI : Avez-vous entraîné les équipes en Roumanie ?

GI : Oui, j’ai entraîné la première équipe : Oltchim Rininicu Vilcea, avec laquelle j’ai gagné cinq championnats de Roumanie.

JBM : Avant d’arriver au Congo, vous avez eu la chance d’entraîner d’autres équipes en Europe ou ailleurs ?

GI : J’ai eu beaucoup de chance en Europe. Je crois que c’est un chalenge de venir au Congo. Avant d’arriver ici, j’entraînais la première équipe de Roumanie en garçons : Le Stade de Bucarest. Je suis venu ici grâce à mon ami, le président de la Fédération Congolaise de Handball (FECOHAND), qui a fait ses études en Roumanie. Donc il parle très bien la langue. J’avais les contacts avec lui, car la première fois, j’ai préparer l’équipe nationale senior dame en Roumanie pendant une semaine, avant leur participation à la coupe du monde junior en Hongrie en 2007.

JBM : Que représente pour vous, le championnat national de Handball qui se joue actuellement ici, à Pointe-Noire ? allez-vous sélectionner certains athlètes pour l’équipe nationale ?

GI : C’est pour moi une occasion de regarder encore toutes les joueuses et tous les joueurs senior et préparer la sélection pour le futur. L’équipe nationale n’a pas les portes fermées.

JBM : Vous êtes au Congo depuis le 1er Octobre 2005, quel bilan faites-vous du niveau de Handball congolais ?

GI :Il est possible que le niveau de Handball congolais s’élève. Je répète que c’est avec de la discipline et de la rigueur comme dans l’armée que les choses peuvent évoluer. Sans cela il n’y a pas d’autres alternatives. J’espère aider le handball congolais à progresser.