Par Jean-Gustave TONDO*
La guerre au Congo a éclaté de nouveau le 27 mars 2002 par l’attaque à Vindza des troupes sous les ordres de Mr Sassou-Nguesso. Elle fait rage. Vous le savez. C’est cette même guerre qui continue. Mais peut-être considérez-vous qu’une éventuelle attaque sur Brazzaville, pour chasser la mafia de Mpila serait une autre guerre. Il me semblerait que vous vous trompiez de guerre, Mr l’éditorialiste.

Vous croyez qu’il suffit de porter des bottes bien cirées comme les soldats du 3ème reich, de ne pas être va-nus pieds, pour être respectueux de la loi et avoir foi en l’humain ? Au fond de vous même, êtes-vous sûr d’avoir raison ? Cette question en amène une autre : c’est quoi être porteur d’un projet en politique congolaise ces trente dernières années ? Quel projet politique a eu l’art d’aider les congolais à vivre ensemble en bonne intelligence à votre connaissance ? Croyez-vous que le gouvernement Sassou qui est largement paralytique, du fait de posséder « un programme », en même temps qu’il a à sa disposition toutes les finances du Congo qu’il arrose autour de lui, garanti une paix juste et le bien être des congolais ?

Quant aux Nsilulu-ninjas qui vous étonnent de « devenir des résistants », c’est moi qui m’étonne de votre très courte mémoire, cher Monsieur. En effet, le chef du gouvernement militaire de Brazzaville avait bel et bien signé un accord de paix le 29 décembre 1999 à Brazzaville, face au président du conseil national de la Résistance, commandant en chef des forces d’autodéfense de la Résistance ! N’est ce pas ?
Je ne vous crédite pas un instant de la pensée naïve selon laquelle les congolais seraient incapables de crier freedom now, en présence d’un régime Sassou clairement despotique et coupable de crimes contre l’humanité.

Il reste que, la liberté est l’essence même de l’être humain, la dignité son corollaire. L’homme n’a pas besoin de se muter en je ne sais qu’elle espèce pour avoir la capacité de se lever face à l’absurde et à l’inadmissible. Les Nsilulus (combattants de l’espérance pour la liberté) sont des êtres humains comme vous et moi, Mr l’éditorialiste. Résister, c’est ce qu’ils font, c’est à dire abolir l’établissement d’une dictature sanglante, une imposture dans notre pays, en luttant contre cette pire des choses, tout en portant en eux l’exigence de liberté.

Vous le savez, au Congo la liberté est en très grave danger compte tenu du degré de tyrannie du pouvoir nguessiste. Les ressources de la collectivité sont mis au seul service de quelques uns, méprisant tout à la fois l’égalité des droits, la liberté concrète des personnes et la solidarité sociale. Dans une telle situation où le pouvoir fait pour le Peuple finit par se retourner contre ce dernier, il faut entrer en résistance, ce droit dont la légitimité est fondée dans les principes mêmes de la démocratie.

Suffirait-il d’avoir un calibre 12 pour mettre à sac toute une région, ou le ferait-on plus facilement avec des armes lourdes, des hélicoptères de combat, mais encore des armées étrangères et des mercenaires, en guise d’actions de police, pour un pays soi-disant souverain ?

Pour ce qui est des viols, Mr Sassou-Nguesso a lui même reconnu la responsabilité de « ses jeunes gens qu’il forme depuis 5 ans, qui composent la force publique et qui commettent des fautes » ; l’ONU a par ailleurs annoncé le viol systématique de 60.000 femmes du sud-Congo par les troupes hétéroclites à la solde du pouvoir en uniforme de Brazzaville, de 1998 à 1999.
Ayant tout récemment abordé l’affaire du père Jean Guth, missionnaire français mort dans la forêt du Pool, je vous prierai de bien vouloir vous référer à mon « Droit de réponse à l’interview par J.A. l’Intelligent No 2189-2190, de D. Sassou-Nguesso », que « Congo page » a reçu. J’y consacre une page entière en livrant la clé de voûte de cette affaire. Vous en parlez à tort, n’ayant pas les éléments véridiques de cette affaire, Mr l’éditorialiste.

En ce qui concerne le « problème » du dialogue de mars 2001, il ne réside nullement dans le motif du refus des autres fils du Congo à y participer, mais dans le refus lui même.

De les avoir empêché a fait de ce dialogue national sans exclusive une mascarade.
Organiser un dialogue inconséquent, c’est faire preuve d’irresponsabilité manifeste. Mr Sassou est bel et bien un irresponsable, pourquoi vous ne le dites pas ? Il n’y a pas eu de réconciliation en mars-avril 2001, ce à quoi devait aboutir un dialogue sincère. A moins que Mr Sassou se soit réconcilié tout seul, ce qui serait d’un illogisme de taille ; et vous savez qu’il ne peut y avoir de réconciliation sans justice.
N’insistons donc pas sur ce qui n’était, encore une fois, qu’une mascarade.

A ce point du débat, et au point où nous en sommes dans ce pays meurtri, pourquoi ne pas donner sa chance à un dialogue sincère ? C’est à mon sens, à n’en point douter, de là que peuvent sortir les réponses aux questions que se posent les congolais.

Il faut donner toutes ses chances à la paix, c’est ce que vient de faire une fois encore le RP N’tumi par sa lettre, appuyé par son porte-parole sur les ondes de RFI. Cela avait déjà été fait l’été dernier, les émissaires du révérend pasteur ayant été séquestrés et torturés par Mr Sassou le 12 juillet 2002. Cette fois-ci, le Peuple est pris à témoin.

Quant au refus de Mr Sassou d’un dialogue sincère susceptible d’aboutir à cette paix juste tant recherchée par les congolais, ne nous mettons pas un écran de fumée devant les yeux, Mr Benda Bika. C’est la preuve évidente que Mr Sassou-Nguesso est l’obstacle majeur pour qu’une paix véritable et durable s’instaure dans notre pays le Congo, d’où la justification d’une attaque des combattants de la résistance pour bouter le régime de la honte.

* Jean-Gustave N’TONDO est chef du Gouvernement par intérim, élu à l’initiative de la société civile congolaise de la diaspora (Cf. la résolution de l’AGE du RCE sur la vacance du pouvoir au Congo le 26 octobre 2000), et Allié officiel du révérend pasteur N’TUMI président du Conseil National de la Résistance (Cf. le protocole d’accord entre le Conseil National de la Résistance et le Gouvernement par intérim du 14 mai 2002).