Dans un livre paru aux éditions Hémar, L’imposture ethnocentrisme, le philosophe et ancien ministre à la Présidence chargé de la Défense, Charles Zacharie Bowao, plaide « pour une argumentation éthique du politique ».

On eût voulu que Charles Bowao écrivît ce livre durant son passage au gouvernement ; on eût voulu que Charles Bowao dénonçât l’ethnocentrisme de vive voix ; on eût voulu que Charles Bowao démissionnât de son parti très tôt, pour marquer sa divergence sur la stratégie ethnocentriste en vogue au Congo-Brazzaville... Hélas ! Les intellectuels qui occupent de hautes fonctions politiques ne retrouvent la voix et la voie que quand ils sont mis à l’écart. Triste attitude !

Mais Charles Bowao bénéficie d’une circonstance atténuante : « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne », dixit un ancien ministre de la Défense, Jean-Pierre Chevènement.

Aucun doute, L’Imposture ethnocentrisme est à lire, ne serait-ce que pour agrandir l’âme et savourer cette « critique de l’intérieur ».

L’ethnocentrisme, « cette manière fâcheuse dont les élites au service d’une minorité de pouvoir, au Pouvoir ou dans l’Opposition, abusent de l’ignorance ou de la naïveté du plus grand nombre, non pour défendre l’intérêt général, mais pour assouvir plutôt leurs égoïsmes au détriment de l’Etat, de la Nation ou de la République  », constitue une métastase caractérisée dont les ganglions parasitent, entre autres, les nominations à différents postes de responsabilité. Le parti politique en est le cadre établi. Et Bowao, féroce, de s’en prendre à son propre parti.

Extrait : « L’esprit partisan ? C’est-à-dire cette attitude protectionniste, consistant à penser que « notre Parti » a raison ; que « notre Grand et Glorieux Parti » a toujours raison, et aura toujours raison... (...) chaque camarade membre du Parti (se) doit de jour et de nuit, y compris au péril de sa vie, (de) défendre la ligne (AVEUGLEMENT) directrice contre toute tentative de déstabilisation interne et externe." Car, « il faut faire extrêmement attention aux infiltrés, aux liquidationnistes, ces gens qui sont à la solde de l’ennemi »...

Tout est dit ! Ce livre tombe à point nommé. Et, au-delà d’une construction à la limite, des coupures de style et des fautes de langue, le professeur Charles Zacharie Bowao pond un Essai d’une puissance et d’une virilité inouïes ; un Essai dans lequel il fait la part belle à l’analyse – exercice abhorré des Congolais. Ouf !

Bedel Baouna