Dans le but de renforcer les capacités nationales en matière de gestion de l’environnement, le ministère du Tourisme et de l’Environnement, en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a organisé du 12 au 13 juin à Brazzaville, un atelier de consultation de la communauté scientifique sur la mise en œuvre des Conventions internationales sur l’environnement au Congo.
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CSA du16/06/2007

Placé sous le thème « la contribution de la communauté scientifique à la mise en œuvre des Conventions de Rio et celle des Polluants organiques persistants (POPs) au Congo », cet atelier s’inscrit dans le cadre du projet, Auto-évaluation nationale des capacités à renforcer (ANCR) en matière de gestion de l’environnement.

Les personnes concernées par les questions de l’environnement, ainsi que les chercheurs et enseignants-chercheurs du Congo ont saisi cette occasion pour évaluer les apports de la communauté scientifique dans la mise en œuvre au Congo, des Conventions de Rio sur la diversité biologique, changements climatiques et lutte contre la désertification ou la dégradation des terres et celle des Polluants organiques persistants (POPs).

Des exposés portant sur les conventions de Rio et la Recherche scientifique au Congo, les Stratégies de recherche pour un développement scientifique efficace, la Contribution de la recherche scientifique au développement durable et la méthodologie d’identification des priorités en matière de renforcement des capacités, ont été présentés pour aider les participants à mieux appréhender les questions environnementales.
Ces exposés ont été présentés respectivement par le Coordonnateur du Projet ANCR, Joël LOUMETO ; le Directeur du Centre de Recherche sur la Conservation et la Restauration des terres, Jean De Dieu NZILA ; le directeur de l’Equipe Pluridisciplinaire sur l’Alimentation et la Nutrition (EPRAN, Université Marien Ngouabi), le Professeur Thomas SILOU ; le Président du CEPAREC, BaYI SILIBAGUY MOLLET.

A l’issue des travaux, les participants ont relevé les faiblesses, les forces et les atouts de la communauté scientifique en relation avec chaque convention concernée. Les besoins en renforcement de capacités nécessaires à la communauté scientifique portent sur les points suivants : diversité biologique, changements climatiques, dégradation des terres.

Les participants ont souligné la nécessité d’adopter un statut incitatif à la recherche scientifique ; d’améliorer les mécanismes de gestion des aires protégées ; d’identifier et d’évaluer les ressources humaines liées à la recherche scientifique dans le domaine des changements climatiques ; de formuler les programmes multidisciplinaires de recherche en matière de changements climatiques [2] ; de sensibiliser les différents acteurs aux objectifs de la convention sur la lutte contre la désertification ; d’élaborer un état des lieux en matière de dégradation des terres ; réactualiser le Comité national de lutte contre la désertification (CNLD), etc.

Ils ont aussi insisté sur l’amélioration des connaissances sur la dégradation des terres (cartographie) [3] ; le développement et renforcement des capacités (système de suivi et évaluation) ; l’amélioration du cadre institutionnel et législatif de la lutte contre la dégradation des terres ; la réhabilitation des zones touchées par la dégradation des terres ; l’élaboration d’une politique de gestion durable des terres et l’implication effective des différents acteurs (institutions de recherche, Université, ONGs, communautés locales, etc.) dans la gestion des ressources en terres. [4]

Lancée le 15 septembre 2006 par le Gouvernement congolais, l’ANCR poursuit entre autres objectifs, identifier les priorités nationales en matière de renforcement des capacités nécessaires à une gestion efficace de l’environnement mondial. Le Congo compte parmi les pays actuellement engagés dans les processus ANCR à travers le monde.

On peut constater à la lecture des thèmes exposés que, bien le Congo soit très loin d’être un fort contributeur a la production de gaz à effet de serre du fait de son industrialisation balbutiante, seules des questions "à la mode au G8" ont été abordées.
De là à nous laisser penser que cet atelier n’avait pour but que de montrer aux "pays riches", financiers potentiels, que le Congo se montre bon élève et qu’il pourra sans problème revendre à des pays beaucoup plus pollueurs que lui ses quotas de production de gaz à effet de serre, il n’y a qu’un pas.

Par contre, les "questions qui fâchent" ont été, semble-t-il soigneusement éludées :

  • Mauvaise gestion du Congo forestier en général
    • Pillage de la forêt ;
    • Atteintes à la biodiversité et braconnage ;
  • Mise en péril des parcs nationaux comme Conkouati, par leur bradage à des sociétés projetant de les utiliser pour du tourisme de masse ;
  • Non préservation de sites touristiques de premier ordre [5] ;
  • Rejet de matières plastiques non biodégradables dans l’environnement ;
  • Traitement inexistant des rejets d’eaux usées ;
  • Erosion littorale due à des travaux maritimes mal étudiés ;
  • Etc.
    Mais aussi les problèmes d’eau potable directement liables à l’environnement, la saleté endémique des rues, l’hygiène déficiente, les dépôts d’immondices sauvages.

La lutte pour la préservation de l’environnement est un tout, elle ne peut faire abstraction de tous ces problèmes. Il faut remettre la question à plat et réellement penser en termes de développement durable qui n’à été que timidement évoqué quand c’est là le problème capital. Cessons de passer à coté des vraies questions si nous voulons léguer un Congo vivable aux générations qui nous suivront.

[1Nos reporters n’ayant pas été conviés à suivre les débats, le texte en italique que nous vous présentons est emprunté à congo-site.com.
Seuls les renvois et la conclusion sont de notre rédaction.

[2La contribution du Congo aux changements climatiques ne sont quand même pas négligeables.
Ils sont de deux ordres :
- Contribution à la production de gaz à effet de serre, essentiellement due aux activités pétrolières et au torchage des gaz d’exploitation. (Le parc automobile bien que plus que vétuste est peu quantitatif, il n’y participe que marginalement et l’industrie, hors pétrole, est indigente) ;
- Réduction des bénéfices de la production d’oxygène par photosynthèse à cause de la diminution des zones forestières en raison de leur surexploitation et du reboisement négligé.
Le compte rendu des débats ne fait aucun mention de l’évocation de ces problèmes au cours de l’atelier.

[3Les cartes du Congo les plus récentes datent d’une campagne aérienne de l’IGN (France) réalisée en 1986. On peut très sérieusement douter, 26 ans plus tard, de leur actualité. Il est certain qu’une nouvelle cartographie aérienne comparée à la précédente risque de mettre dans l’embarras le Ministère de l’Economie Forestière qui fait tous les efforts possible pour nous convaincre de l’excellence de sa gestion (pour vivre heureux, vivons cachés). Elle devrait mettre en évidence la réduction de la couverture forestière, les dépassements de concessions et l’absence d’effort de reboisement. Nous doutons de l’imminence d’une telle opération.
La mise à disposition sur internet par Google Earth d’une couverture satellitaire globale accessible à tous va sans doute mettre les pieds dans le plat dès qu’elle sera réactualisée. La comparaison des clichés va montrer les carences de la gestion Djombo.

[4Il est paradoxal de constater que le Congo, qui fait partie de la fertile ceinture équatoriale humide présente des caractères de désertification, en liaison directe avec la dégradation des terres. La surexploitation forestière et l’absence de reboisement rapide des zones littéralement tondues par les exploitants, ne permet pas aux terres végétales de perdurer lors des saisons des pluies. Le ruissellement délave les sols, entraîne les couches fertiles vers les fonds de vallée et stérilise les sols.

[5Telles les gorges de Diosso pillées de leur couverture forestière par les charbonniers et défigurées par l’implantation de constructions privées prestigieuses.