Le blog de la rédaction

mercredi5 juillet 2006

Le plus beau métier du monde

Personnelle

Ce qui m’a le plus frappé ? C’est de voir tous ces gosses, de toutes les colorations possibles existantes en France (à l’exception des Dravidiens) présents et surtout dire autant de bien de leur prof. Certes, je connais le bonhomme, lui qui a ses convictions bien arrêtées ; lui qui a voté « Non » au Traité de constitution européenne, lui qui pour la 1ère fois de sa vie a voté à droite « malgré » lui en 2002, pour éviter l’arrivée de l’ami du Mollah Omar ami pouvoir. Je reste sans voix ! Des étudiants en BTS marketing qui adorent les cours de français ?
-  C’est normal Monsieur, me dit F. Il est trop bien votre oncle. Depuis que je vais à l’école, je n’ai jamais eu un prof pareil. C’est vrai que c’est rare de voir des gens qui n’étudient pas en littérature aimer le français, mais avec lui, on est trop bien ! L’agneau (halal bien sur, car il y a des Musulmans dans le lot) continue de cuire quand j’interroge les mômes sur tous les clichés possibles véhiculés sur eux, sur leurs congénères de leur âge. Ils répondent le plus calmement du monde, me disant qu’eux non plus ne faisaient plus confiance aux média, un peu grâce à leur prof de français (en plus du français, il a étudié le journalisme...). Je suis étonné d’entendre un appeler un autre par « Bounty » ! Je me demande comment ça peut être possible :
-  Monsieur, je suis Blanc, mais je préfère la manière de vivre des Africains, surtout celle des Congolais.
-  Ce n’est pas une raison pour être qualifié de Bounty, lui dis-je.
-  Ce sont mes potes qui m’appellent comme cela. Et le voilà parti sur Koffi Olomidé, et autres chanteurs des bords du Congo. Je sais que ce n’est pas le genre de musique que l’oncle écoute (il n’a plus 20 ans...). Le gosse vient à mon secours :
-  Le mari de ma sœur est Congolais. Je vois comment il vit, j’adore ça. Je lui pose toutes les questions possibles, et je complète le tout auprès de Monsieur (le Prof), mais on n’a que 2 heures de cours par semaine, c’est trop peu. Tous supplient leur Prof de les reprendre l’année d’après. Ma tante te moi ne cessons de rire. Il y a même une étudiante qui arrive après tout le monde. Elle n’est même pas dans sa classe. Je lui murmure ce que je lui ai toujours dit : « Tu as une aura formidable ! Vas former les jeunes au pays avant de rejoindre le Royaume des allongés », comme toujours il me répond : « Je le ferai ! Ne t’en fais pas ! » Il y a longtemps que je n’ai pas discuté religion aussi calmement, avec des jeunes qui ont leurs convictions, et (je ne mets pas « mais ») qui respectent celles des autres. La Tolérance. Les adultes sont les 1ers à la prôner, à la prêcher, et le s1ers aussi à la jeter aux toilettes dès que quelqu’un pense différemment d’eux. Dès que ce en quoi ils croient très fermement est égratigné. Dès que, enfin ! On se comprend. ‘A’ ne comprend pas que je m’oppose au baptême des mômes chez les Catholiques, Juifs et Musulmans.
-  Monsieur, mais vous êtes catholique, non ?
-  Oui répond mon oncle. Mais mon neveu n’est pas obligé de faire comme moi. Même si je ne suis pas d’accord avec lui, il a le droit de critiquer. Comme je vous l’ai toujours dit en classe. ‘A’ ne lâche pas le morceau. Mais je dois courir vers le feu car les flammes embêtent l’agneau. ‘S’ me demande :
-  Pour qui votez-vous Monsieur ?
-  J’ai voté pour Lissouba en 1992. De gros yeux me regardent ! L’oncle éclate de rire et leur explique rapidement la chose. Tout le monde rit de bon cœur.
-  Je veux dire ici en France.
-  Je ne suis pas Français.
-  Et si vous l’étiez ?
-  Plutôt à gauche.
-  Communiste ?
-  Non. Entre le PS et les Verts, mais en 2002, c’est clair, j’aurais voté pour Yoyo.
-  Pourquoi ?
-  Par conviction personnelle. Et de leur développer mes concepts de social démocratie, pendant qu’un autre, le « Bounty » explique comment il a toujours baigné dans le communisme et qu’il votera toujours pour eux. Sauf au 2ème tour Ils m’interrogent sur les Nègres (le mot leur fait peur, mais quand je les rassure et que leur prof m’approuve, ouf ... !) et les Arabes membres du FN. Très vite, je leur explique que tous ceux qui vont à l’Eglise ou à la Mosquée n’y vont pas toujours pour les mêmes raisons. Et de leur raconter l’histoire de cet ami de 20 ans de mon oncle qui avait toujours voter extrême droite jusqu’à ce que Tonton le découvre et décide de ne plus poser ses fesses dans son café.
-  Vous ne nous aviez jamais raconté ça Monsieur.
-  J’attendais que mon neveu le fasse.
-  Et qu’est ce qu’il est devenu cet ami ?
-  Nos enfants sont toujours amis, mais avec moi c’est terminé. J’ai toujours admiré les Hommes de conviction. Et chacun de raconter cette terrible journée qu’a été pour eux le 21/04/02. Je rappelle que leur prof avait fait ses valises pour rentrer au cas où le borgne de Saint-Cloud était passé, combien même au téléphone je lui avais dit que ce n’était pas possible en 2002. Une autre année peut-être. Mais il y croyait dur et avait très peur. Pas pour lui, mais pour tous ses gosses nés en France. Vers la fin, le plus bavard du groupe improvise un discours et sort de son dos un paquet : une belle montre de luxe ! Je pouffe de rire en raillant le communiste qui va faire la pub des « impérialistes ». L’oncle est ému, mais il tient bon. On se met à parler prix. ‘F’ fait dans l’autodérision et lance :
-  Pourquoi acheter ? Je ne suis pas Arabe pour rien, je l’ai volé. Et tout le monde de rire. J’ai toujours pensé que l’autodérision peut guérir les névrosés de tout bord, ceux qui voient le diable dans chaque parole, chaque geste, chaque acte de leur prochain. Assurément, ce môme qui n’a pas cessé de taquiner la petite vietnamienne sur les chiens rôtis et les nems est bien parti. Séance photos. Les mômes ne comprennent pas que ma tante et moi préférions les laisser faire toutes les photos possibles avec leur prof adoré. « Monsieur les copies ! » En effet, il se met à distribuer avec mon aide les copies. Ils sont tellement sympas, polis et très bien éduqués ces enfants qu’aucun ne répugne à me donner sa copie que je lise. Les notes sont bonnes en général, mais ce sont les commentaires qui m’intéressent. Je sais le prof très rigoureux, que ce soit en français comme dans notre langue maternelle qu’il désespère toujours de ne pas me voir parler aussi bien que lui. Lui et moi n’avons pas arrêté de nous chahuter devant les mômes. Dès qu’ils sont partis, il me demande ce que j’en pense. Je le félicite d’abord pour tout ce que j’ai vu et je lui donne mes impressions sur chacun d’entre eux. Nous revoyons les copies restantes ensemble et je lui donne mes impressions sur chacune d’elles. Les blagues s’arrêtent. On reparle de son projet d’aller enseigner au pays. Et là, je me tais et je me remets à écouter cet excellent pédagogue. Religieusement. Comme un enfant de coeur.


Par : Mayombe82

Commentaires

  1. Par Vali
    le 10juillet2006
    @ 23:40

    C’est en parcourant le blog d’Alain Mabanckou, notamment le sujet sur l’édition d’un manuscrit, que j’ai fini par atterrir sur ton récit M82 !
    Quelle verve, frangin !
    J’ai été, l’instant de cette lecture, délicieusement plongée dans la rencontre que tu dépeinds si bien, entre l’assise et la générosité d’un paternel tonton prof et la pertinence d’une jeunesse étudiante.
    J’ai tout simplement aimé, apprécié ce récit qui est le tien, et qui, par delà ton incontournable plume bon enfant, fait passer un message de respect pour nos aînés, fussent-ils de surcroît d’excellents pédagogues.
    Merci pour cette lecture frangin !

  2. le 11juillet2006
    @ 12:29

    Salut frangine, eh ! bé ! Après avoir assailli mon tonton de compliments (après le départ des gosses évidemment !), voilà que tu me complimentes à ton tour ! Merci pour tout. Cet oncle est extraordinaire, et j’en veux souvent à la France de mettre tellement de distances géographiques entre les gens que je ne peux le rencontrer à ma guise... Il est extraordinaire, ce mec. Et il suffisait d’écouter ce que disaient ses étudiants. Le mieux, c’est quand ils l’ont comparé à leur prof d’histoire, obligés de me murmurer tout le mal qu’ils pensaient de ce dernier. Comme tu dis, c’est une belle leçon. N’hésitons pas à regarder du côté des plus jeunes et des plus vieux. on a beaucoup à apprendre. @+, M82

  3. Par vali
    le 12juillet2006
    @ 20:52

    Et voilà un certain sdf, ou devrais-je dire un fds certain (fou de sexe) qui vient polluer, de la manière la plus immonde, un article décent.
    Passe ton chemin, adepte de la décadence bas-mondaine. Le titre de cet article ne te concerne visiblement pas. Dommage, il te faudra alors plus de dix vies pour te rendre compte que ce que tu viens de nous balancer n’est que pur avilissement de toi-même.

  4. Par moi et rien que moi !
    le 10octobre2006
    @ 18:51

    bon les otre métier son nul archi nuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuul vous entendez NUL NUL et NUL oui ça fait de la peine hein ? ouais je sais !!!!!!!!!!!

  5. Par nafinyane
    le 23décembre2006
    @ 16:00

    salut je suis une congolaise vivant en cote d’ivoire je veux correspondre avec
    les chanteurs congolais tel que kofi olomide pour une amitie durable
    merci mbote na bino bana ya congo.

  6. Par nono21
    le 6août2007
    @ 13:46

    ouai mai bon sa ranseigne pa beaucoup sa crain plu de renseignement

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