Jadis, au Congo, le langage commun utilisait un néologisme, "farmaçon", pour désigner indistinctement homosexuel et franc-mac, deux catégories de l’espece humaine exhalant le soufre dans l’imaginaire local. Fantasme d’incultes ? Ce préjugé est sans doute dû, d’une part, au fait que les loges ont mis du temps avant d’accepter la présence des femmes et d’autre part parce que ces loges ont brillé par un anticléricalisme excessif, ce qui a donné une bonne raison aux églises (notamment les églises de réveil) de les traiter de suppôt de satan et d’antichambre du monde des ténèbres.

Pourtant, malgré cette connotation péjorative, une vidéo datant de 2010, visible sur le web(http://www.dailymotion.com/video/xg...) montre un rite d’initiation de francs-maçons congolais. Le document serait sans intérêt s’il ne s’agissait pas d’hommes politiques bien de chez nous, affichant un air solennel à mi chemin entre le sérieux monacal et le comique troubadour. On peut déjà s’étonner : pourquoi une telle mise en scène médiatique sur un sujet censé être ésotérique ? Pourquoi n’y note-t-on aucune présence féminine ? De quoi alimenter le fantasme homophobe...

Caméra cachée ?

On savait tous que tout homme politique congolais est franc-maçon. Mais là où on atteint l’insolite c’est lorsque ces hommes se mettent en scène sur la toile, qui plus est, dans des postures d’un ridicule clownesque digne de l’opéra comique. S’il ne s’agit pas d’une opération "portes ouvertes" destinée à faire taire les fantasmes à leur sujet, s’agit-il de fuites organisées a dessein sur le web ? Mais alors "organisées" par qui ? Y aurait-il de brebis galeuses dans la loge ? Nos maçons congolais seraient-ils tombés dans un piège ? Et qui donc aurait tendu ce piège ? Se savaient-ils filmés ou s’agit-il d’une caméra cachée ? Serait-ce une opération de la loge-mère pour jeter le discrédit sur des "frères africains" sans scrupules, véhiculant une mauvaise image du mouvement ? Il se pourrait même que la "trahision" (si c’en est une) vienne des maçons congolais eux-mêmes. La chose n’est pas étonnante quand on sait la nature fourbe de ceux qui en font partie.

Il y a beaucoup à dire et à redire sur le système de recrutement en maçonnerie en Afrique. Les adhésions en disent long sur la complaisance des Grands Maîtres occidentaux. Selon qu’on est pauvre ou riche, les critères de sélection ne sont pas les mêmes quand on veut faire partie de la franc-maçonnerie. C’est moins la qualité morale du postulant que la qualité de son compte en banque qui détermine le recrutement. Comment comprendre alors que peuvent faire partie de la franc-maçonnerie des hommes politiques de la trempe de Pascal Lissouba et Denis Sassou-Nguesso, deux frères ennemis et (malgré tout) "frères de lumière" dont la biographie est écrite avec un torrent de sang, celui des victimes des guerres civiles au Congo depuis 1992 ?

Elevation du coeur

La franc-maçonnerie, école de pensée dont l’origine remonte au Déluge a pour but, semble-t-il, d’œuvrer pour l’élévation du cœur des hommes. Voilà pour l’idéal métaphysique. Mais la réalité est tristement cruelle. Personne ne nous fera croire que Pascal Lissouba et Denis-Sassou-Nguesso (pour ne citer que ces deux hommes d’Etat africains) répondent aux idéaux supérieurs vers lesquels l’ordre maçonnique veut élever ses membres. C’est donc sans surprise qu’une revue vient de titrer, en couverture : « Ces dictateurs africains qui ont piégé la franc-maçonnerie ». La photo de Sassou illustre ce peu honorable titre.

Rien, en effet, de plus antinomique que la présence de brebis noires de ce calibre dans un temple maçonnique. Il revient aux grands maîtres de ces loges de nous éclairer sur les modalités d’adhésion de ces disciples africains d’un genre plutôt inquiétant. Si ce n’est pas le montant de leurs cotisations qui les a fait admettre dans ces lieux sacrés, s’agit-il d’une stratégie spirituelle pour changer leurs âmes pourries par le péché mortel qui les habite ?

Document de piètre qualité

La vidéo proprement dite est un minable montage technique qui ne donne pas envie de terminer son visionnage. Les images sont floues comme si elles étaient saisies par une caméra amateur. Voilà qui confirme la thèse de la caméra cachée.

Une musique d’un très mauvais goût couvre le documentaire visuel. Cette musique est parasitée par des voix off inaudibles, sûrement celles des cameramen espions. Puis, s’entend la voix de celui qui semble être le modérateur. Celui-ci fait une annonce qui semble indiquer l’ouverture du rite. Ensuite silence radio. On voit du monde défiler en silence comme des moutons de panurge. Certains observateurs futés disent avoir reconnu un certain Thierry Moungalla, ministre de Sassou. D’autres auraient réussi à identifier Louis Bakabadio, conseiller à la présidence de Sassou.

En tout cas, il y a du monde. Tellement de monde que la question n’est plus « qui est franc-maçon dans la classe politique congolaise » mais « qui n’est pas franc-maçon »

Un ramassis de gens médiocres

L’ordre recrute tout azimut. Le franc-mac est l’espèce la plus répandue dans le monde congolais. On trouve du maçon aussi bien dans le camp de Sassou que dans celui de ses opposants. C’est ce qui d’ailleurs fait dire aux esprits critiques qu’il n’y a pas d’opposants crédibles au Congo puisque leurs adversaires manient compas, truelle et équerre dans les mêmes loges qu’eux. Autrement dit, ce qui les divise (le programme politique) est inférieur à ce qui les unit (l’idéal maçonnique). Les Congolais qui veulent se débarrasser de Sassou en faisant confiance aux leaders de l’Opposition sont alors mal barrés face à pareil consensus spirituel au sein de la classe politique !

En Occident, existent des loges socialistes, des loges de droite, des loges masculines, des loges féminines. Au Congo, ces clivages ne semblent pas avoir cours. Cependant, malgré cette unité spirituelle censée servir de socle à nos francs-macs, le sentiment ethnique semble avoir fissuré le béton métaphysique puisqu’un conclave aurait été tenu en région parisienne où ne s’y étaient retrouvés que les maçons d’un certains bord tribal après s’être passés le mot.

Ah le démon tribal...Même chez nos frères de lumière, chassez le naturel, il revient au galop.

Les grands changements de l’humanité ont pourtant été accomplis sous l’action des francs-maçons et des rosicruciens. Ce sont des grands maîtres comme Cagliostro qui ont travaillé à la prise de la Bastille, sinistre prison parisienne symbolisant la répression dans ce qu’elle avait de plus odieux. Chaque fois qu’il y a eu progrès dans les Droits de l’homme, les frères de lumière ont toujours été dans les parages.

Cheveu dans la soupe, c’est donc avec ahurissement qu’on a vu des personnages aussi inquiétants que les chefs d’Etat africains faire partie de ces ordres mystiques auxquels l’humanité doit une grande partie de sa sortie de la barbarie.

La maçonnerie, la rose-croix ne sont plus ce qu’elles étaient. Chez Balzac, franc-maçonnerie est symbole de conspiration, d’intrigues malveillantes, de combinaisons douteuses. En Afrique, le substantif franc-maçon, on a vu, passe pour la pire injure qu’on puisse balancer à son ennemi. Le sens du mot a glissé vers le registre satanique. La notion maçonnique est devenue la métaphore de l’antéchrist. Dans les églises de réveil, le mot franc-maçon inspire des prières de délivrance destinées à tirer l’individu de la gueule de Satan, prince des ténèbres.

On est loin, très loin, de la fonction positiviste qui gouvernait les esprits de lumière comme Jean-Jacques Rousseau lorsqu’il élabora son Contrat Social. Quand on lit Voltaire (également maçon) et quand on regarde la praxis politique des chefs d’Etat africains (tous membres de loges maçonniques) c’est le jour et la nuit.

La cérémonie rituelle de la vidéo maçonnique congolaise n’est rien moins qu’une cocasse bouffonnerie. Cette canaille rassemblée dans une salle commune, clowns d’un sinistre cirque, mérite d’autant plus de brûler dans le feu de la géhenne qu’autour de ce théâtre diabolique gémit un peuple qui meurt de faim à cause de ces zozos, véritables apôtres de malheur, dans la bouche desquels sortent ce que Salman Rushdie appelle « versets sataniques ».

Rite de consécration

Finalement c’est Pierre Bourdieu qui a mieux défini un rite. Pour lui, un rite n’est pas "de passage" mais de "consécration". Mieux, Bourdieu considère qu’un rite "institue". Pour ce sociologue, le rite n’obéit à aucun autre principe que celui d’enseigner la nage aux poissons. Ce qui, en somme, est le comble de l’évidence. Dans nos sociétés, par exemple, la fonction de la circoncision, n’est pas de passer d’une classe d’âge à une autre mais de confirmer qu’un garçon est un garçon, qu’il n’est pas une fille. Ici, en l’occurrence, le document vidéo, semble nous confirmer une évidence : un franc-maçon congolais est un faux bâtisseur (par décence nous ne ferons pas la trop facile rime : « un maçon congolais est un gogo con »)

Pourquoi ? Pour avoir capté à leur compte personnel l’argent du pétrole, les francs-maçons congolais se sont assis sur l’une des importantes recommandations de leur propre philosophie : Sursum Corda (élevons notre cœur). (cf http://ww.congopage.com/article/let... Congo)

En vérité, le fantasme homosexuel de départ est une réalité au Congo : que font nos maçons (toutes obédiences confondues) sinon enculer les Congolais ?

Par Loubaki