David Mountsaka : 1932 – 2010. Le Curriculum Vitae retient une excellente carrière dont la courbe linéaire atteint deux asymptotes : en 1963 lorsque, chef d’état major, il assume l’intérim de la Présidence à la chute de l’Abbé Fulbert Youlou et, en 1978, quand il sauve sa peau au procès des présumés assassins de Marien Ngouabi.

Dans un système politique où l’uniforme est avide de pouvoir, la mémoire collective retient du colonel Moutsaka la particularité d’avoir su observer et appliquer en 1963 la séparation systémique entre la caserne et l’assemblée nationale, entre le militaire et le civil. Certains esprits échaudés ne savent pas, avec le recul, s’il faut s’en féliciter ou s’en moquer. Malheureusement le modus operandi de ceux qui n’ont jamais eu une attitude différentielle semble donner raison à ces esprits qui condamnent l’éthique qu’eut le jeune officier, Mountsaka, coupable ( selon eux) d’avoir contribué à la démission de l’un des siens, l’Abbé Fulbert Youlou. L’explication magique en conclue d’ailleurs que la poisse qui accompagna le long de leur vie, Mountsaka, Mouzabakani, Tauley Nganga (et biens d’autres agents sociaux) est due à leur participation au complot qui facilita l’interruption ou qui mit fin au pouvoir de l’homme d’Eglise, Fulbert Youlou.

Si l’on s’en tient à cette hypothèse métaphysique, le colonel Moutsaka faillit être précipité dans la tombe en 1978 par le juge partisan (ou avocat du diable), Me Jacques Okoko, en raison du sort funeste que lui jeta l’Abbé Fulbert Youlou avant d’entrer dans les oubliettes de l’histoire.

Rappel des faits. Le 18 mars 1977, Marien Ngouabi est assassiné par « un commando entré en force au sein de l’Etat-Major à 14h30 ». Selon Me Jacques Okoko, cousin du défunt Ngouabi, Massamba-Débat est le cerveau civil de ce coup d’état, Mountsaka le cerveau militaire. Le lien entre ces deux comploteurs ? Leur appartenance commune à la région de Boko. Ce sont des Bakongo.

Dans un procès mémorable (surtout stalinien) en 1978, le public assiste à une application inédite du Droit. Le procureur Jacques Okoko déploie toute son énergie ethnique pour précipiter le colonel (épuré) Moutsaka dans la fosse commune où il prévoit ensevelir plus d’une douzaine de condamnés à mort.
S’ensuit un combat épique entre Me Jean-Martin Mbemba (conseil du colonel David Mountsaka) et le commissaire du gouvernement Jacques Okoko (du haut conseil du nord selon les méchantes langues ). Le procureur Okoko (ce qui est un incroyable vice de procédure) ne cache pas ses liens de parenté avec la victime (Ngouabi) dont on juge les présumés assassins.

Victime de l’épuration de l’armée (un subtil système conçu par Ngouabi pour virer de la caserne tous les ressortissants du sud), Moutsaka, mis en congé de l’armée, est bombardé directeur de l’imprimerie nationale en 1978, au moment de la farce juridique organisée par le Comité Militaire du Parti (CMP), ramassis d’officiers du Nord à la tête duquel se trouve le duo Yhombi/Sassou.
C’est la seconde et dernière asymptote qui donne une visibilité au colonel Mountsaka avant de disparaître dans l’anonymat dans lequel la longue période du PCT pousse la plupart des officiers militaire non estampillés mboshi lato sensu.

Mort à 78 ans, Mountsaka comme la plupart des acteurs politiques de notre pays, n’a pas laissé d’écrits. C’est un pêché capital qui plonge à jamais notre mémoire collective dans l’enfer dantesque de la méconnaissance gnostique.

Une bibliothèque de notre histoire politique (une de plus) vient donc de brûler.

David Mountsaka a été inhumé dans son village, dans la localité de Boko (Pool)