Passi : « L’annulation de la dette serait une façon de demander pardon aux Africains pour tous les préjudices commis sur leur continent »

Propos recueillis par Bélinda Ayessa

par Jean Hombre Misoga | lundi 24 mai 2004

Belinda Ayessa a fait une interview de Passi qui a été publiée dans "les Dépèches de Brazzaville" avec la partie soulignée. Après protestation de Issap productions, la société de Passi, la partie soulignée a été supprimée par "les Dépèches de Brazzaville", preuve si besoin était que ce média manipule l’information.
Ceci dit, Passi se montre dans le reste de son interview d’une tiédeur qui ne fait en rien de lui un opposant au régime, ce qui est parfaitement son droit.

Après quelques années de silence, le dernier album du célèbre rappeur congolais Passi est sorti il y a à peine un mois et déjà, il remporte un franc succès. Passi a la musique dans le sang et ne peut pas s’en passer : il a fait ses preuves tant en France, où il a passé toute son enfance, que dans le monde qu’il a parcouru à travers ses différents concerts. Au cours d’une interview, le rappeur explique aux Dépêches de Brazzaville les raisons de son absence et parle longuement de son dernier album.

Les Dépêches de Brazzaville : Vous revenez sur la scène après avoir disparu pendant un moment. A quoi était due cette absence ?
Passi : Je ne sais pas si on peut parler d’absence. En effet, pendant que vous n’entendiez plus parler de moi, je travaillais. On a quand même préparé 10 h de zouk, c’est énorme ! Et cela m’a pris beaucoup de temps pour la préparation, la promotion et l’exploitation. Parallèlement au zouk, je travaillais à mon nouvel album « Odyssée ». Sorti depuis un mois, « Odyssée » s’inspire de tous les voyages que j’ai pu faire musicalement. Il y a notamment un morceau qui rappelle le voyage dans « Bisso na Bisso », qui s’appelle « Ancien combattant ». C’est la reprise de ZAO, qui chante d’ailleurs en personne sur le morceau. L’album est très varié. Dans un mois, sortira « Dis l’heure de Raga », le 3e volet de la compilation de notre boîte de production, Issap Production. Il y a eu « Dis l’heure de Rimes », « Dis l’heure de Zouk » et maintenant, « Dis l’heure de Raga » !

DB : Comment se comporte l’album sur le marché ?
P : L’album marche plutôt bien. Je suis actuellement en concert un peu partout pour en faire la promotion. Cet été, je participerai à un festival en Belgique, en Suisse et aux Francofolies. On veut aussi se produire dans des concerts de sensibilisation contre le Sida ; on va étudier la possibilité d’en faire un à Brazzaville, à Dakar, à Douala, on n’a pas ciblé encore tous les pays. Il va falloir trouver des partenaires sûrs. Car il nous faudra amener des gens comme Kassav, Calegero avec qui j’ai fait un duo. Ce sera, là aussi, une occasion pour nous de pouvoir parler du pays et de l’Afrique.

DB : Avez-vous des dates ?
P : On va les arrêter très bientôt, cela se passera sans doute fin juillet. Nous allons faire de notre mieux pour que cela se réalise.

DB : Revenons à votre nouvel album. Parlez-nous des autres _ morceaux.
P : Disons que c’est un album adulte. J’ai un morceau très intéressant qui s’appelle « Annuler la dette ». Il y est question de la dette africaine. J’aime beaucoup ce morceau.

DB : Annuler la dette ! A qui vous adressez-vous ?
P : Je m’adresse particulièrement à l’Europe, à tous ces pays qui prétendent que l’Afrique leur doit quelque chose. Tous ceux qui tirent profit de nos pays africains se reconnaîtront. Pour permettre aux Africains de repartir, aux pays noirs de se refaire, il va falloir qu’ils annulent cette dette qui, à mon sens, ne veut rien dire. Que ce soit le Congo ou d’autres pays africains, avec tout ce que nous avons fourni en ressources, on a déjà largement payé la dette. Or nos peuples payent aujourd’hui encore à cause de cette dette. Qu’on nous laisse repartir sans nous mettre des dettes sur le dos ! Après, c’est notre affaire, on s’arrange entre nous avec nos politiciens, Bisso na Bisso !

DB : Sincèrement, vous pensez que l’Afrique a encore à donner à qui que se soit ?
P : Enlever cette dette serait une façon de demander pardon aux Africains pour tous les préjudices commis à leur endroit et à celui de leurs ancêtres. Ceux qui nous demandent de payer aujourd’hui ont-ils seulement déjà demandé pardon pour tout le mal qu’ils nous ont fait ? La traite négrière, la colonisation, cela aussi a été une forme de génocide. Il faut qu’ils reconnaissent leur homicide et qu’ils remboursent. C’est vrai, que ce sont des mots durs, mais il arrive un moment où il faut les dire si on veut être respecté et reconnu par rapport à nos origines, par rapport à ce que l’on est, nous sommes d’abord des êtres humains, et enfin par rapport à nos pays. Il faut nettoyer l’histoire pour avoir un meilleur avenir, afin que l’on pousse envoyer nos petits à l’école. L’éducation est l’avenir de nos pays. C’est la certitude de notre continent.

DB : Croyez-vous seulement que votre message a des chances d’être entendu ?
P : Oui s’il y a une concertation générale de tous les Noirs dans le monde. Tout le monde doit jouer le jeu. C’est cet aspect de l’union africaine que nous pleurons depuis des années, or il faut l’avoir. Maintenant ou jamais. Arrêtons de nous entretuer. Unissons-nous et nous aurons des pays plus forts. Cela attirera plus de monde, plus de business. Il y a à manger et à boire pour tout le monde. Notre continent est chargé d’histoire, de culture et de matières premières. Il nous faut juste éduquer nos enfants et savoir comment préserver nos intérêts.

DB : « Laisse parler les gens » est une chanson que vous avez chantée avec Jacob Dévarieu, Sheila et Jocelyne Labé. Quelle est la philosophie de ce titre ?
DB : Avec « Bisso na Bisso », j’ai déjà eu l’occasion de parler aux gens de chez nous, plus largement à l’Afrique. L’album dans lequel se trouve ce titre était une façon de réunir les communautés afro et antillaise afin de défendre notre culture. « Laisse parler les gens » s’adresse à ceux qui aiment fourrer leur nez dans la vie des autres et parlent souvent pour ne rien dire.

DB : Quelle lecture faites-vous sur le Congo d’aujourd’hui ? P : Il est vrai que ça ne repart pas comme on le voudrait, mais les choses bougent et avancent. Ce serait absurde de ne pas le reconnaître. Lentement mais sûrement, nous progressons, mais il nous faut faire plus. Tout le monde doit s’investir. Nous devons tous nous mettre derrière un homme, et cet homme est le président Denis Sassou Nguesso. C’est la seule personne qui soit capable actuellement de tenir le pays.

DB : L’opération du rapatriement à Brazzaville des restes mortels de Pierre Savorgnan de Brazza est en train de se faire. C’est tout de même un évènement majeur, historique, quand on sait que cet homme a ouvert le Congo sur le monde. Qu’en pensez-vous ?
P : Je pense très sincèrement que c’est un évènement merveilleux. Ça, c’est une chose bien. Cette opération va nous donner la possibilité d’assumer l’histoire, d’assumer la colonisation. Je parlais plus haut de l’importance de nos origines, ce sont nos origines, notre histoire. Il est important de ne pas oublier d’où on vient. J’ai été très ému lorsque j’ai été informé de cette opération. En tout cas, c’est un évènement qui nous concerne tous.

DB : Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
P : Notre Congo est un petit Koweit. Nous ne sommes pas nombreux mais si on se débrouille bien, on peut s’en sortir. Il nous faut oublier nos mauvais moments et essayer de repartir sur des bases plus saines. Quant à moi, j’ai la foi que bientôt, tout ira pour le mieux.





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