« Le 25 avril 1882 Il est nécessaire pour l’intelligence du récit qui va suivre que je fournisse pour cette partie du Congo ( fleuve) quelques renseignements géographiques. Quand on ouvre la carte de l’Afrique on voit le Congo (fleuve) que Stanley s’affecte d’appeler Livingstone, que d’autres appellent Zaïre et que les Batéké appelle Oliémo. Le grand fleuve s’étant en larges nappes divisées par des îles nombreuses.

La dernière nappe est obstruée par d’énormes chaussées de granit qui lui font formé un véritable lac intérieur. C’est cet immense élargissement qu’on appelle Stanley Pool, que l’on retrouve dans les cartes françaises sous leurs noms indigènes de Nkouna et de Ntamo. Le fleuve en se précipitant du haut de ces rochets avec un bruit effroyable que l’on entend à plusieurs milles forme les cataractes de Ntamo. La partie inférieure du Congo ne devient navigable qu’à assez grande distance de Ntamo.

« A un mille environ des chutes de Ntamo sur la rive gauche se trouve la station belge de Léopoldville fondée par Stanley. Sur la même rive, mais plus haut, à plusieurs milles de Léopoldville on rencontre la position de Brazzaville choisie par Monsieur de Brazza comme l’emplacement des futurs établissements de la France.
Brazzaville se confond avec un village indigène appelé Ntchoulou du nom de son chef. Les deux rives de Ntamo (ou Stanley Pool ou Nkouna c’est la même chose) sont habités par des Batéké de Nkouna.

« Il était cinq heures du soir lorsque j’arrivai au village Batéké de Mfoua sur la rive droite. ‘‘Que nous apporte le Blanc qui vient parmi nous ?!’’ s’exclamaient les Batékés que je dénombrais à 400 ou plus autour de moi.
Pour en saisir le sens il faut se rappeler que les stations de Léopoldville et de Brazzaville étaient installées sur la rive gauche, tandis que la rive droite, où je me trouvais, était privé des avantages que les indigènes attachent à la présence des blancs. Le chef du village de Mfoua, l’un des fils de Ntchoulou m’offrit sa case.

« Le village de Mfoua, où j’étais, constitue l’agglomération la plus importante tant de la rive droit que de la rive gauche de Nkouna. Formé par la réunion de plusieurs villages distants du fleuve de 100 mètres seulement, il est le centre d’un commerce considérable. Je crois que c’est l’un des points du Congo où notre action peut s’exercer avec efficacité.
Le lendemain vers 11 heures, Ntchoulou chef du village où est établi le poste de Brazzaville sur la rive gauche m’envoya une pirogue. J’y pris place aussitôt. Arrivé à Brazzaville je ne voyais pas le sergent Malamine parti à la chasse. »

Il n’y a pas de doute possible, Brazzaville n’est pas née à M’foa mais dans les faubourgs de Léopoldville. Toutes mes pensées à la famille Ngassaki de Poto-Poto qui jurait que le drapeau de De Brazza était planté dans ce qui deviendra leur parcelle. Ce récit est confirmé par les récits de P.S. De Brazza lui-même qui justifie cet emplacement à cause du fait que Stanley, ayant plus de moyen que lui, par le roi des belges son patron qui était plus impliqué que la France dans l’aventure coloniale, Stanley donc possédait un bateau à vapeur. Il pouvait transporter des marchandises de l’embouchure de Matadi jusqu’au plus haut point navigable à l’approche de Ntamo (ou Nkouna, ou Stanley Pool ou encore aujourd’hui le Pool Malébo).

Mais Stanley avait fait massacrer des populations tékés de la rive gauche qu’il voulait conquérir de force. Il avait été expulsé du notre Congo actuel et avait laissé un souvenir dégoûtant. Son homosexualité s’était répondu parce qu’il avait abusé d’un garçon du coin. Les Batékés avaient pris cet acte pour un rituel magique extrêmement puissant et pour rien au monde ils n’allaient accepter que le bateau de Stanley n’accostât sur leur rive. Alors pour faciliter un éventuel approvisionnement, de Brazza très diplomate planta le drapeau gaulois chez le voisin qui lui donna souveraineté sur le petit village de Ntchoulou comme continuité du territoire français d’en face.
Pour finir, je redonne la parole à Léon Guiral nous décrit ce qu’était le poste de Brazzaville en 1882 :

« Le nom de Brazzaville a souvent retenti dans les conférences géographiques. J’ignore à quelle réalité il correspond aujourd’hui (1884) mais je suis obligé de confesser qu’au mois d’avril 1882, et j’en souffre pour mon amour propre, il ne signifiait pas grand-chose. La description de Brazzaville en 1882 pourrait tenir en une phrase : le poste de Brazzaville c’était la case de Malamine ! Figurez-vous une case dans le village de Ntchoulou et ressemblant à toutes les cases des Batékés avec cette différence toutefois qu’un des murs était légèrement affaissé, et vous aurez une idée de la physionomie de la case.

Pour tout mobilier il y’avait dans la case un plat du pays en terre cuite enfoncé dans la terre. Ce plat servait à la fois de crachoir et de récipient pour la braise. Au fond se trouvait l’alcôve avec le lit classique reposant sur des ronds de bois. Il y’avait un magnifique winchester à 14 coups cadeau de Stanley à Malamine. Mais ce n’était pas la seule que renfermât l’arsenal de Brazzaville Il y’avait aussi sous le lit un winchester petit modèle à 12 coups, un mousqueton Gras, un fusil à piston et un pistolet. La batterie à cuisine et le service de table réunissaient une marmite et deux assiettes. Enfin, une boussole et un nécessaire de toilette laissés par M. de Brazza en 1880 complétaient le mobilier.

Les 3 moutons du sénégalais chef de poste, le sergent Malamine, constituaient l’ensemble des forces trésorières. Une station sur le Stanley Pool ne se conçoit pas sans bâtiment naval. Brazzaville avait sa flotte : c’était une pirogue à 7 rameurs, acheté encore par Malamine grâce à ses produits de chasse.

Je dois dire que Brazzaville comptait une autre case, ou habitait l’aide de camp de Malamine, Nguama un l’esclave libéré, mais cette case là était tellement misérable que j’aurai mieux fait de ne pas en parler. »

Voilà avec quoi les français nous ont soumis, avec deux hommes en poste seuls durant 2 ans, sans moyen et même pas sur notre territoire. Le jeune Guiral en avait honte pour son orgueil de français, et moi alors...

Ces extraits sont tirés du livre « Le Congo Français, du Gabon à Brazzaville » de Léon Guiral (1858-1885), publié en 1910 chez Plon. Pages 225 à 233.