KINSHASA (AFP) - La formation d’une nouvelle armée en République démocratique du Congo (RDC), à laquelle participent anciens soldats et ex-rebelles, a pris énormément de retard, laissant de côté des milliers de militaires qui répondent aux ordres d’"armées privées" rivales, sources d’insécurité.

« Tant qu’on n’aura pas fini la démobilisation, il y aura instabilité », estime Daniel Kawata, coordonnateur général de la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (Conader).

« Kinshasa nous en a donné la preuve. Dans la capitale, entre 15.000 et 20.000 hommes doivent entrer dans le processus de démobilisation », ajoute-t-il.

Du 20 au 22 août, des affrontements ont opposé les militaires du président Joseph Kabila et ceux du vice-président Jean-Pierre Bemba, faisant au moins 23 morts à Kinshasa.

Les deux hommes, en lice pour le second tour de l’élection présidentielle du 29 octobre, conservent des « armées privées qui sont en dehors d’un cadre légal », selon Pierre-Antoine Braud, chercheur à l’Institut d’études de sécurité à Paris.

Les militaires de M. Kabila sont estimés à entre 10 et 16.000 selon les sources, et ceux de M. Bemba entre 2 et 5.000.

La création d’une armée « nationale, restructurée et intégrée incluant » les anciens soldats, rebelles et miliciens de la guerre de 1998 à 2003 est prévue par l’Accord global et inclusif de décembre 2002.

Elle se déroule en deux étapes : d’une part la démobilisation, et d’autre part le « brassage » - qui consiste à mélanger dans des mêmes unités les adversaires d’hier en vue de leur intégration dans de nouvelles brigades - ou la « réinsertion » pour les candidats au retour à la vie civile.

Le gouvernement congolais avait fixé un calendrier pour cette réforme jugée capitale pour le retour à la paix : les 18 brigades dites « intégrées » devaient être opérationnelles avant le début des élections générales, le 30 juillet 2006.

Mais à ce jour, seulement 14 d’entre elles, en sous-effectifs notables, souvent privées de moyens de transports, radios et matériels militaires suffisants, ont été formées, selon le général Pierre-Michel Joana, chef de la mission de l’Union européenne d’appui à la réforme du secteur de la sécurité en RDC (Eusec).

Il reste encore « entre 50.000 et 60.000 personnes à démobiliser », dont les militaires de MM. Bemba et Kabila, sur un total d’environ 190.000, estime M. Kawata.

« On aurait pu terminer dans les délais, mais l’état-major (congolais) n’a pas fait preuve de bonne volonté et la communauté internationale n’a pas tapé du poing sur la table », affirme, sous couvert d’anonymat, un expert militaire occidental.

Fin juin, les centres qui accueillent les démobilisés ont fermé, faute de moyens, selon la Conader.

« Il nous faudrait une rallonge de 15 millions de dollars » pour finir la démobilisation, évalue M. Kawata, alors que la communauté internationale a déjà accordé à la Conader 200 M USD, dont une partie a été détournée et/ou gaspillée selon plusieurs sources militaires.

« Il faut accélérer le processus d’intégration, pas le ralentir », surtout dans le contexte électoral, estime M. Kawata.

Les militaires des camps Kabila et Bemba pourraient de nouveau se battre « car il y a des volontés de représailles », prévient de son côté l’expert.

Les risques de violences ne se posent pas seulement à Kinshasa. Près de 36.000 militaires n’ont pas encore été démobilisés dans les Kivu (est) et le Katanga (sud-est), provinces parmi les plus instables, selon le ministre de la Défense, Adolphe Onusumba.

« Des irréductibles sont réticents au brassage », notamment pour « garder des unités dévouées au cas où, après les élections », estime le général Joana.

« Il faut finir l’intégration car la réconciliation fonctionne au sein de l’armée », assure-t-il. Les affrontements du 20 au 22 août « auraient pu se traduire par des incidents au sein des brigades intégrées. Elles ont bien résisté », note-t-il.