Dans l’article « Il y a 25 ans, Jean Paul II parlait à Sassou » publié le 14 avril sur ce même site, Mr Simon Mavoula écrit : « En 1980, trois ans après l’assassinat du Cardinal Emile Biayenda, le Pape Jean-Paul II prononce un discours où le nom de l’illustre prélat n’est même pas mentionné... A noter, dans ce discours du Saint-Père, le silence de...cathédrale autour de la mort du Cardinal Emile Biayenda survenue 3 ans auparavant. ».

Faillait-il que le Chef de l’Eglise catholique en voyage dans un pays étranger se permît de tancer en public le Chef d’un Etat souverain du pays hôte ? La diplomatie a ses usages et ses règles. Il est de coutume que deux Chefs d’Etat aient des entretiens privés auxquels très peu de témoins y assistent. Lors de la visite que le Pape Jean-Paul II a rendu à Ali Agça dans la prison Regina Caeli de Rome, celui là même qui avait failli l’assassiner le 13 mai 1981 sur la Place Saint Pierre, l’entretien entre le Souverain Pontife et son agresseur s’est déroulé à huis clos, sans la présence d’un témoin. Dieu seul sait ce que ces deux hommes se sont dits.

Pour l’Association Cardinal Emile Biayenda-France (ACEB-France), le respect dû à la mémoire de l’illustre disparu le Cardinal Emile Biayenda exigeait un autre cadre plus approprié, non pas pour chercher à savoir dans quelles circonstances l’Archevêque de Brazzaville avait été assassiné, mais plutôt pour révéler au Monde entier « la figure d’un homme façonné par la culture de son peuple, appelé à vivre en prêtre de Jésus Christ, en se faisant le pasteur de tous », la personnalité d’un Homme de Dieu qui est resté fidèle au message évangélique, qui s’est conduit en véritable Pasteur, en allant jusqu’à s’identifier au Christ son Maître par le sacrifice de sa vie.

C’est pour éviter toute confusion dans l’esprit des gens que l’ACEB-France publie l’autre discours de Jean-Paul II dans la Cathédrale Sacré-Cœur de Brazzaville, discours au cours duquel Il rend témoignage à cet Apôtre de la Paix.

« Chers Frères dans l’épiscopat,
et vous qui avez consacré votre vie au Seigneur,
et vous les fidèles de l’Église au Congo.

1. Recevez le salut paternel et affectueux du Vicaire du Christ, venu vous voir en pèlerin de l’Évangile, pour vous dire comme l’Apôtre Paul : “Je me rappelle la part que vous avez prise à l’Évangile, depuis le premier jour jusqu’à maintenant ; j’en suis sûr d’ailleurs, Celui qui a commencé en vous cette œuvre excellente en poursuivra l’accomplissement jusqu’au Jour du Christ Jésus...

Oui, Dieu m’est témoin que je vous aime tendrement dans le cœur du Christ Jésus !”. Cette sollicitude constante que j’éprouve à votre sujet, j’ai voulu vous l’exprimer personnellement, tant était grand mon désir de vous voir, de vous encourager tous et de vous bénir. Vous-mêmes souhaitiez pouvoir donner au Pape, au cours de son voyage en Afrique, le témoignage de votre foi et de votre fidélité à l’Église. En répondant avec joie à votre invitation, j’ai conscience que nous nous trouvons, les uns et les autres, à un moment tout à fait particulier, et que le Seigneur nous demande de le rendre fécond. Au-delà de la joie humaine et spirituelle de cette rencontre entre frères en Jésus-Christ, c’est la présence même du Christ qui nous saisit en ce lieu vénérable, le premier siège épiscopal du Congo. Vers Lui, qui fut envoyé dans le monde afin, que nous vivions par Lui”, tournons ensemble notre regard en une prière d’action de grâces et de supplication.

2. Une prière d’action de grâces pour tout ce qu’il a réalisé déjà en vous et avec vous, vous tous qu’il a appelés pour que vous alliez et que vous portiez du fruit. N’est-ce point du fait de vos efforts persévérants que la semence jetée par les premiers missionnaires a pu produire largement ?

Que la formation des catéchistes, systématiquement entreprise, offre aujourd’hui un outil remarquable pour l’évangélisation ? Je sais d’ailleurs que nombre de jeunes se montrent disponibles pour coopérer à l’instruction religieuse des enfants des écoles, et leur transmettre leurs propres raisons d’espérer. Je sais aussi que partout, dans les paroisses comme dans les postes éloignés, on n’a pas peur des difficultés, on travaille avec courage pour annoncer la Bonne Nouvelle. Il y a là, me semble-t-il, comme une preuve de maturité. Les disciples de Jésus boiront sa coupe. C’est pour cela qu’ils ont été choisis. Cela aussi, Il le leur a fait connaître, et c’est pourquoi il les appelle désormais ses amis. Quand je vois ici, en Afrique, tous ces chrétiens courageux, je ne puis m’empêcher de penser que, de nos jours, le Christ a beaucoup d’amis en Afrique et que l’Église en Afrique est mûre pour affronter toutes les contrariétés et toutes les épreuves.

Le courage, la loyauté, l’enthousiasme de posséder un trésor et le désir de le partager, telles sont bien les qualités de l’apôtre, et vous avez à les cultiver. Aux yeux des hommes ce trésor est impalpable ; il ne peut être que mystérieux. Mais vous connaissez vous mêmes et, d’une certaine façon, vous vivez ces paroles si profondes que l’Écriture met dans la bouche de Pierre : “De l’argent et de l’or, je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ le Nazaréen, marche”.

Dans l’histoire du Congo se sont dressés déjà des témoins fidèles, fidèles à leur Dieu, fidèles au message évangélique, fidèles à l’Église universelle et à l’enseignement du Pape. Je veux rendre grâce aussi pour eux tous, et spécialement pour l’exemple laissé par le cher et vénéré Cardinal Emile Biayenda. Sa disparition tragique vous a fait pleurer un père. J’ai pleuré moi-même un frère très aimé. Je viens le pleurer et prier ici, sur sa tombe, au milieu de vous, avec vous, sûr que si le Christ a désiré qu’il fût désormais auprès de lui, c’est que sa place était prête pour l’éternité , et qu’il peut ainsi mieux encore intercéder pour vous et pour sa patrie. En ce sens, son ministère pastoral se poursuit à votre service. Béni sois-tu, Seigneur, de nous avoir donné ce Pasteur, ce fils de la Nation Congolaise et de l’Église, le Cardinal Biayenda !

3. Et maintenant, Seigneur, je Te supplie pour mes frères et sœurs les catholiques du Congo. Je Te les confie, puisque Tu m’as permis de les visiter chez eux. Je Te recommande leur foi, jeune mais combien pleine de vitalité, pour qu’elle grandisse, qu’elle soit pure et belle, et communicative, qu’elle continue à pouvoir s’exprimer et être proclamée librement, car la vie éternelle c’est qu’ils connaissent le seul véritable Dieu et son envoyé, Jésus-Christ. Je les confie également à Ta sainte Mère, la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Église et notre Mère. Qu’Elle les prenne sous sa protection toute maternelle et veille sur eux dans leurs difficultés ! Qu’elle leur apprenne à se tenir au pied de Ta Croix et à se réunir autour d’Elle dans l’attente de Ta venue, quand les temps seront accomplis !

Avec eux, je Te prie pour leur unité, qui puise sa source en Toi, et sans laquelle leur témoignage serait affaibli : unité du corps épiscopal, unité dans le clergé et dans les diocèses, capacité de collaborer au-delà de toute diversité ethnique ou sociale, unité aussi avec le Siège de Pierre et l’ensemble de l’Église. Tu ne peux fermer l’oreille à cette prière, Toi qui t’es livré pour rassembler les enfants de Dieu.

Écoute encore l’invocation que nous T’adressons en ce jour pour la sanctification des prêtres, des religieux, des religieuses et de tous ceux qui, dans les divers centres de formation, se préparent à Te consacrer leur vie. Répondant à ton appel, qu’ils sachent renoncer aux choses de ce monde pour Toi, à toute recherche d’une gloire matérielle ou humaine, et se montrent disponibles aux urgences de l’Église en quelque mission qui leur sera confiée. Heureux de leur don total, heureux de leur célibat, puissent-ils approfondir, eux dont l’Eucharistie marque le sommet de toutes les journées, ce que signifie offrir sa vie en sacrifice pour le salut des hommes.

Dans ta bonté, je sais que Tu te souviendras d’une façon spéciale du sacrifice des missionnaires, lesquels, par amour pour Toi, ont quitté leur pays d’origine, leurs familles, tout ce qu’ils avaient, pour venir vivre au milieu de leurs frères congolais, aimer ce Peuple devenu le leur et le servir. Récompense, Seigneur, tant de générosité ! Fais qu’elle soit reconnue, qu’elle suscite d’autres vocations, qu’elle éveille chez tous un véritable esprit missionnaire.

Entoure aussi et particulièrement de ta bienveillance tes humbles serviteurs, les évêques auxquels Tu as confié ces Églises locales. Je suis près d’eux, ce matin, pour les affermir en ton nom. Il sont là, les trois pasteurs du Congo, et la plupart de leurs confrères des Conférences épiscopales voisines avec lesquels ils se réunissent habituellement sous la présidence, aujourd’hui, de Monseigneur N’Dayen, Archevêque de Bangui. Il y a même quelques évêques d’autres pays proches. Ils ont apporté leurs préoccupations pastorales et toutes les intentions dont les ont chargés leurs communautés. Oui, comme Tu l’as demandé à Pierre et à ses successeurs, je veux leur apporter la force tranquille et la certitude de ton assistance dans leur labeur quotidien si méritoire. Et je veux assurer ceux qui n’ont pu se joindre à nous de ma proximité fraternelle et spirituelle, prendre sur mes épaules une part de leur fardeau, alors que certains souffrent si cruellement des souffrances de leur peuple. Chers confrères du Tchad, c’est à vous que je songe en tout premier lieu, et au troupeau qui vous est confié. Que Dieu vous aide à panser les plaies et à guérir les cœurs ! Qu’il vous donne la paix !

4. Frères et sœurs, je ne puis poursuivre plus longtemps. Tant de pensées emplissent mon esprit dont j’eus aimé vous entretenir. Il m’a semblé que, limité par le programme, le Pape pouvait du moins dédier cette rencontre à une prière commune, vous invitant ainsi implicitement à faire de même en toute occasion, pour que vous annonciez vraiment ce que vous avez contemplé du Verbe de Vie . C’est cela que l’on attend des ministres de Dieu. Tout le reste, d’autres peuvent le donner. Si vous voulez être zélés, soyez d’abord pieux, et vous comprendrez tout. Vivez en union avec Dieu. Il vous aidera à supporter les tribulations humaines, parce que vous apprendrez à les relier à la Croix, à la Rédemption. Mais, plus que cela, il viendra en vous et il y établira sa demeure.

Priez aussi pour moi, mes bien-aimés dans le Seigneur. Vous me le promettez ? Je vous promets pour ma part que ce lien nouveau qui vient d’être noué avec cette partie de l’Afrique se traduira concrètement, au souvenir de vos visages, de vos personnes, de ceux qui bénéficient de vos soins pastoraux ou que vous représentez ici de quelque manière. A tous, ma bénédiction et mes vœux très fervents. Et que Dieu bénisse aussi votre patrie et toutes les nations environnantes ».

Paris, le 15 avril 2005
Pour l’Association Cardinal Emile Biayenda - France (ACEB-France)
Gabriel SOUNGA-BOUKONO
Président


Par : ACEB-FRANCE