La pièce qui se joue actuellement en Polynésie entre l’indépendantiste Oscar
Témarou et l’UMP Gaston Flosse, est hélas un remake d’une des pièces de théâtre
mélodramatiques les plus joués en Afrique.

Un homme, Témarou, gagne des élections après de longues années d’opposition.
Heureux, mais fragile puisque sa majorité ne tient qu’à une voix. Justement,
Gaston Flosse son prédécesseur qui a appris à bonne école (la chiraquie) profite
de la faille, débauche un député de la nouvelle majorité à son compte et le
rapport de force bascule.

Comme il ne suffit pas de le chanter sur les
trottoirs, voilà donc Flosse réussir une motion de censure en règle contre
Témarou, puis organiser sa propre élection en lieu et place, conformément aux
textes constitutionnels. Le président polynésien vainqueur à l’élection mais
battu au jeu politique n’accepte rien de cela.

Même avec une minorité -d’une
seule voix certes - il veut rester président de ce territoire d’outre mer,
invoquant une légitimité de bon sens et des explications philosophiques sur
lesquelles ne repose pas l’organisation politique de son pays et il le sait.
Témarou exige la dissolution du parlement, refuse de quitter le palais p !
résidentiel et ordonne à ses ministres de ne pas céder leurs cabinets aux
mousquetaires de Flosse.

Cette scène (honteuse pour les indépendantistes et qui démontre avec quelles « à
peu près » vont-ils gouverner après la France si jamais leur rêve se réalisait)
n’est pas sans rappeler deux autres qui ont eu pour théâtre le pays de Marien.
La première se déroule en Novembre 1958. Le parti de l’abbé Fulbert Youlou
remporte le plus de députés, mais l’alliance entre ses deux rivaux Opangault et
Tchicaya lui fait perdre sa majorité d’une voix.

Une minable voix qu’il va
réussir à dégotter grâce au député Yambo qui change de camp et permet par là
même l’élection de Youlou comme premier ministre du premier gouvernement
autonome de ce territoire français sur la voie de son indépendance. C’est
partant de cette tactique somme toute démocratique et légale que va se
déclencher les différents évènements de violences urbaines que nous avons pris
coutume de nommer « la guerre de 59 ».
A la seconde aventure démocratique congolaise, la même tragédie va se jouer. Ce
fut sous le règne du roi Pascal.

Même scénario qui commence par une redéfinition
des alliances parlementaire. Puis, motion de censure qui constate le changement
de majorité ; suivi du refus des autorités en poste de prendre acte. Marche, 7
morts, guerre de 1993.

Cette dernière fut hélas plus meurtrière parce que pour
un pays si sensible on avait le malheur d’avoir pour garant des institutions un
homme aussi délicat qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Ou peut-être
devrait-on croire aux arguments de ceux qui veulent l’absoudre de ces désordres
de 1993 et disent que la responsabilité incombait à ses lieutenants. Ça devait
être la cour du roi Péto là bas alors !

Toujours est-il qu’il est difficile de comprendre pourquoi sous les tropiques à
chaque fois que l’opposition utilise un mécanisme démocratique qui fonctionne
jusq’au bout on parle de "crise".
Le Gabon qui a connu aussi ces situations a trouvé la parade juridique : là bas,
un député qui démissionne du parti sous la bannière duquel il a été élu perd
automatiquement son siège et sa circonscription est remise en jeu aussitôt. Ce
texte devrait être repris par la plupart des démocratie non confirmée car il
évite bien des pépins.

La chance de la Polynésie pour ne pas voir la situation dégénérer gravement, à
la congolaise, c’est que la souveraineté du peuple polynésien est liée à celle
d’un autre grand peuple démocratique, la France, elle-même contrainte par
l’Union Européenne à une certaine démarche sur ses terres. L’épisode polynésien
a de quoi faire réfléchir les adeptes de l’indépendance de tous le speuples du
monde à tout prix.

Car le débat n’est pas ici celui du gentil indépendantiste
aux idées révolutionnaires et libératrices contre le représentant coloniale de
la métropole. Il s’agit plutôt d’une lutte entre la légalité dans un jeu où il
existe l’égalité des chances, contre une certaine vision du pouvoir rabattue
sans cesse sur des arguments extrajudiciaires et une morale de barbare. A ce
jeu, c’est Témarou qui est le grand mauvais perdant.

Kévin Beto