Avec un cynisme qui lui ressemble, denis sassou-nguesso* a déclaré ceci le 14 août 2017 à l’occasion de la Fête Nationale :

« (...) une chose est certaine : la nuit ne dure jamais éternellement. Le soleil finit toujours par se lever. Ce jour-là dans la partie du Pool à présent obscur sera le jour de la clarté. J’en suis convaincu. Je vous demande à l’être avec moi. Dans l’ensemble du département du Pool la paix va assurément revenir. L’irresponsabilité d’un individu ne prendra jamais le dessus sur la raison de la Nation, sur la sagesse du peuple. »

Ironie du sort ou sortie incontrôlée de langage ?

Ce faisant, le tyran d’Edou n’a pas cru si bien dire ; sauf que dans les représentations des Congolais c’est lui, sassou, qui incarne la nuit noire depuis le 5 juin 1997, date à laquelle un violent coup d’état le remit à la tête du Congo après en avoir été viré cinq ans plus tôt par les urnes.

Donc, en maître du temps, il ne tient qu’à lui de mettre un terne à la nuit noire.

Un alexandrin de notre hymne national évoque également cette image d’un lendemain qui chante. Les vers suivants : « Une longue nuit s’achève » et un « grand bonheur a surgi » indiquent des instances qui tardent de se réaliser 57 ans après les Indépendances. Il est vrai que jamais nos Etats n’ont été dans l’aliénation depuis qu’ils sont indépendants.

Or, grâce aux richesses générées par notre sous-sol, on avait cru la fin de la nuit proche. Malheureusement, c’était compter sans l’œuvre destructrice d’un obscur général qui, sous prétexte d’avoir eu sa nuit troublée un 5 juin 1997, a prolongé la durée d’une nuit dont le manteau recouvre le pays depuis l’ère coloniale.

Dans son discours rituel du 15 août, en scandant comme une divinité grecque que « la nuit ne dure jamais éternellement  » sassou ment. Et comment ! N’est-il pas l’homme qui s’impose par les armes alors que la légitimité d’un pouvoir s’obtient par les urnes ?

Que sait-il de la durée de la nuit, lui qui, dans son palais, n’a jamais vécu un seul délestage de la Sne ? A-t-il jamais été capable de fournir l’électricité à 3 millions de ses compatriotes malgré le barrage d’Imboulou ? Quand on dote le pays d’éléphants blancs, roses, verts, noirs, on poursuit une stratégie symbolique de plonger le monde dans une nuit ténébreuse.

Il est de notoriété publique que c’est le même oracle noir qui prend un malin plaisir de prolonger la nuit carcérale de Jean-Marie Michel Mokoko, Paulin Makaya, André Okombi Salissa. Leur crime : lui avoir reproché de s’agripper à vie au pouvoir.

sassou n’a jamais investi dans les hôpitaux afin de réduire le taux de mortalité au Congo. Les deuils sont quotidiens dans les familles congolaises. Les chroniques nécrologiques (sango ya liwa, sango ya passi) font sauter l’audimat sur les ondes nationales au grand plaisir des pompes funèbres car le clan nguesso détient le monopole d’exploitation des morgues de Brazzaville et Pointe-Noire.

Tu fais grève, tu crèves

Dans son allocution du 14 août 2017, sassou-nguesso met en garde les travailleurs congolais qui veulent que le soleil se lève dans leur vie : «  Les grèves n’augmenteront pas le cours du baril de pétrole » a-t-il martelé en lorgnant vers Pointe-Noire où a lieu un bras de fer entre les travailleurs et Total. Il s’agit, sans équivoque, d’une menace antisyndicale assortie d’une impressionnante démonstration de force comme l’a montré la parade militaire de ce 15 août 2017 sur le boulevard des Armées.

Les Congolais vivent le blues du dentiste quand ils écoutent un refrain du genre : « Les grèves ne rétabliront pas les équilibres macrosociaux ».

Ô l’aliboron ! Il pourrait rapatrier tout l’argent que le clan a camouflé dans les paradis fiscaux !

Le quotidien des Congolais est un incroyable « jeudi noir » à côté duquel la crise de Wall Street en 1929 fut un pique-nique de boys scout. L’enflure a caché le montant de la dette au monde entier. Un vrai « enfoiré » (dirait Coluche )

A la tête d’escadrons de la mort, comme au Chili, Jean-François Ndeguet, bras armé de denis sassou nguesso a transformé les nuits des Congolais en nuits de longs couteaux, comme sous le régime nazi. sassou ne manque pas d’air en parlant d’éclairci dans la vie des Congolais.

Le carnet noir des parents du Beach

Les parents des Disparus du Beach n’ont pas toujours fait le deuil de leurs enfants exécutés en l’espace d’une nuit. Pour les familles, la nuit très longue ne risque plus de s’achever. A fortiori quand, à leur soif de justice, l’homme du 5 juin a opposé un « noir silence » (François-Xavier Verschave).

Qui a tué Marien Ngouabi ? Question pour un Congolais. sassou n’a jamais éclairé la lanterne des Congolais à ce sujet. Raymond Ngolo est parti ; peut-être bientôt Joachim YombiOpango. Les ténèbres continuent de planer sur le violent crime du 18 mars 1977.

Crachez donc le morceau messieurs du CMP !

Dette par tête

L’hypothèque des richesses nationales ad vitam aeternam va ajouter sa couche à l’épaisseur des ténèbres, renvoyant aux calendes grecques toute embellie économique. Le cache-cache avec le service de la dette précipite dans un trou noir ce pays doté d’immenses gisements d’or noir. La vénalité du clan au pouvoir diminue chaque jour l’espoir de voir le jour se lever...un jour sous sassou. Payer ses dettes ou se payer la tête de ses créanciers : sassou doit choisir.

Le Pool

Poursuivant son triste discours sur un ton à vous donner des idées noires, monsieur 8 % est convaincu que la région du Pool connaîtra la «  clarté. » un jour.
Promesse d’arracheur de dents.

Ntoumi or not Ntoumi

« Encore une fois, je demande à monsieur Frédéric Bitsangou de se rendre à la Justice de notre pays pour abréger les souffrances des populations innocentes. Le Pool n’est la propriété de personne... » somme sassou.
Comédie !
Mais qui donc a créé la ténébreuse affaire du Révérend Ntoumi si ce n’est l’homme qui nomma ce dernier au poste de secrétaire d’Etat chargé d’apaiser les tensions post guerrières ?

Pour sassou, Ntoumi doit se constituer prisonnier afin d’abréger les souffrances « des populations innocentes » du Pool.
En disant cela, sassou fait un aveu. Donc c’est lui l’auteur du casus belli.

Or, le meilleur moyen d’abréger les souffrances des populations innocentes, c’est d’arrêter les bombardements unilatéraux sur la région du Pool. (CQFD). Il y a la guerre dans le Pool parce que Sassou veut la guerre dans le Pool. Le comte de La Palice n’aurait pas raisonné autrement. La chasse à l’homme menée contre Ntoumi est du reste perçue comme un prétexte pour détourner l’opinion de la médiocrité congénitale de sassou. C’est ce qui s’appelle faire d’une pierre deux coups.

L’ensemble des Congolais attend avec fièvre le lever de ce soleil qui s’est à jamais « couché à Mpemba  » (Sylvain Mbemba). Se débarrasser de Ntoumi est une fuite en avant car le vrai problème du Congo c’est la gestion opaque de notre économie par le clan des nguesso.

Si l’homme de l’Alima veut abréger les souffrances des « populations innocentes », il n’a qu’à libérer déjà tous ces innocents qui croupissent dans les Maisons d’Arrêt du Congo.

Inviter Ntoumi de se rendre au parquet d’André Oko Ngakala pour y être jugé est un sombre piège cousu de fil blanc. Comme Marcel Ntsourou, Ntoumi a toutes les chances d’y ressortir les pieds devant.

Aux larmes citoyens

Winston Churchill, Premier Ministre anglais fut sincère avec son peuple. Avant la guerre contre Hitler, il promit du sang, du sang et encore du sang, de la sueur et des larmes.

sassou, à la différence de Churchill, promet un lendemain qui chante. Or la politique au Congo est en pleine banqueroute morale. sassou fait la pluie et le beau temps dans son pays depuis bientôt un demi-siècle. Il est temps que ce maître du temps prenne le temps de temporiser à jamais. Pour notre enseignement, Churchill qui promit une tonne de malheurs aux Anglais leur offrit, au bout du compte, paix et développement. En revanche, en dépit des promesses d’autosuffisance alimentaire, les Congolais n’ont connu de sassou que le goût des larmes et du sang. Jusqu’à preuve du contraire. Pour l’instant nous n’avons de preuves que celle d’une nuit qui tarde de s’achever. A plus forte raison lorsqu’on a reconduit le même gouvernement de Mouamba 1 qui est à l’origine des ténèbres qui recouvrent l’existence des Congolais.

Mwana Ngo

* calligraphie minuscule (sassou) faite à dessein.