La 10 e édition du Festival International du Film Panafricain s’est tenue à Cannes du 17 au 21 avril dernier sous le thème : « Industrie du cinéma panafricain : mythe ou réalité ? ». Après une décennie faite de rencontres, de découvertes et de promotion d’un cinéma africain de qualité, Eitel Basile Ngangue Ebelle Directeur Général du festival, nous livre dans cette interview, les secrets de sa réussite. Une occasion de faire le bilan de cet évènement qui, depuis 10 ans, met à l’honneur des cinéastes et artistes africains venus des quatre coins du monde. Clap !

Question  : Quel bilan faites- vous 10 ans après avoir lancé la machine du Festival du Film Panafricain de Cannes ?

Réponse  : 10 ans c’est vraiment une belle décennie, une occasion de faire la promotion du cinéma panafricain, il s’agit d’un cinéma qui est reconnu, le côté panafricain est très important parce qu’il intègre forcément l’Afrique et toute sa diaspora et dans cette dimension- là, on a en fait, finalement le monde entier. C’est cela qui fait la force d’avoir choisi le thème, le concept panafricain. Il faut également tenir en compte la dimension éducative et pédagogique de ce concept. Il y a aussi là-dedans une dynamique entrepreneuriale de base, c’est-à-dire inciter les entrepreneurs du cinéma africain à se prendre en charge et à se mettre au service de la cité, de l’endroit où ils résident. J’entends beaucoup de franco- africains dire qu’on ne fait pas grand-chose pour nous. La dimension entrepreneuriale permet de s’investir au sein de la communauté dans pas mal de sphères. Dans mon cas, je me suis dit qu’il était important que j’apporte une contribution au mieux-vivre ensemble. Ce mieux-vivre ensemble passe aussi par le fait de montrer que ce que j’ai apporté à la France n’est pas quelque chose d’éphémère mais je suis venu dans ce pays avec une culture qui est riche et disposée à être partagée. Je suis heureux aujourd’hui de fêter les 10 ans d’existence du festival parce que ce type d’entreprise n’existait pas à Cannes. On est dans la capitale du cinéma mondiale, le cinéma panafricain n’y était pas forcément représenté au quotidien. Aujourd’hui, grâce au festival qui en est l’aboutissement, il y a un travail qui est fait en amont, de projections régulières dans les salles, dans les espaces où la culture reste quelque chose de primordial. Il y a pas mal de partenaires qui nous accompagnent dans cette dynamique.

Q : Le fait qu’il se tienne à Cannes, la vitrine du cinéma mondial est donc un plus ?

R : Je suis Cannois, je suis arrivée dans cette ville il y a 14 ans, j’ai pu apprécier cette ville où il y a une façon d’accompagner les évènements et d’appréhender les choses avec une certaine tolérance aussi. Il y a ici une envie d’accueillir le monde entier. Il y a cette volonté que j’ai ressentie et qui m’a donné envie de travailler dans une démarche de proximité. Il y a ici des acteurs culturels et institutionnels qui sont très ouverts à toute initiative culturelle. Tout dépend de comment on fait les choses. Le Festival international du film panafricain accueille les participants de tous les coins du monde. Il y a aussi à travers cela un apport économique pour la ville et son côté touristique. Tous ces gens qui se logent dans les hôtels, qui découvrent la ville et qui en plus viennent avec des films à faire découvrir aux cannois, c’est déjà un grand pari. Il y a là une volonté de contribuer à l’essor culturel, touristique et même économique de la ville. Je reçois beaucoup de participants qui tombent amoureux de Cannes et qui sont reviennent avec d’autres projets.

Q : Le thème retenu cette année à savoir « Industrie du cinéma panafricain : Mythe ou réalité ? » ne constitue –il pas dans le fond une remise en cause de ce qui existe déjà en terme de production cinématographique panafricaine ?

R : C’est juste une façon de lancer un débat et le débat a bel et bien eu lieu. Il nous a permis de nous rendre compte que ce n’est pas un mythe mais une réalité. Il faut quand même que ça fasse débat, il faut que les gens puissent savoir que Nollyhood est une industrie qui existe et qui s’est beaucoup développée dans l’environnement panafricain. Je peux citer en exemple le cinéma marocain qui s’est beaucoup développé, le Nigeria et le Burkina aussi se mettent en place. Il faut dire aussi qu’au niveau de la programmation, on ne se limite pas aux thèmes, on est plutôt tournés vers un cinéma de qualité. Basile Ngangué Ebelle, à droite, directeur du Festival Panafricain de CannesSi la qualité n’est pas au rendez-vous, on aurait du mal à faire un festival de qualité et ce 10 e anniversaire a été vraiment l’édition de la qualité et de la maturité. Nous avons un comité de sélection qui est très exigeant. Le jury nous a félicité par rapport à cela .Pour nous c’est déjà un pas en avant. Lorsqu’on organise un évènement de ce type à Cannes, on se doit de montrer un cinéma qualitatif. Au bout de dix ans, c’est sûr qu’il y a encore des choses à améliorer mais on tient à faire découvrir du cinéma de qualité encore et encore.

Q : Qu’envisagez-vous pour la prochaine édition ?

R : Les idées sont déjà là. C’est une nouvelle décennie qui s’ouvre après un dix ans de parcours .On va aller encore plus loin. On se donne déjà un quinquennat pour développer réellement le festival. Je ne vous dévoilerais pas ici les pistes de la prochaine décennie mais je peux vous dire déjà qu’on a des perspectives pour demain. Cette année a été aussi l’occasion de voir comment on peut développer un marché qui n’est pas uniquement réservé au cinéma mais un marché qui regroupe à la fois divers formes d’art, entre autres la peinture, l’artisanat ou le livre qui soit un marché de qualité. La qualité doit en être le moteur pour qu’il y ait de l’harmonie dans ce concert. Ce sont en fait des éléments de décor qu’on retrouve dans le cinéma panafricain. C’est donc une décennie de grande envergure qui s’ouvre devant nous.

Propos recueillis par Lina Badila

Composition du jury

Tetchena Bellange, actrice-réalisatrice (Canada), Henri Henriol réalisateur et producteur franco-sénégalais pour France 2, Nolda Di Massamba, réalisatrice-productrice(RDC), Nicolas Luiset, journalsite sur France 2, David Marcoud, producteur-animateur sur Tropic network Europe-Afrique. Laurentine Milébo, présidente d’honneur.

Nota Bene : cette année la Présidence d’honneur du Festival a incombé à une congolaise de Brazzaville : Laurentine Milébo.