La commune de Verquin (Les Hauts de France) a commémoré ce samedi 27 septembre 2020 le quatre-vingtième anniversaire du Manifeste de Brazzaville. Cette ville du Nord de La France bat de courte tête le Congo-Brazzaville où Sassou, à en croire les méchantes langues, est en passe de perdre la bataille de ce haut acte symbolique. (voir l’article de Serge Armand Zanzala - Le général Mokoko ou l’enjeu d’une politique...)

Qui mieux que la presse congolaise pouvait rapporter cette partie de l’histoire qui concerne aussi bien l’ancienne capitale de l’AEF (L’Afrique Equatoriale Française) que la région Pas-de Calais ?
Etaient de la partie médiatique : « Les Dépêches de Brazzaville », « Télé Congo », « Flam Image », « Makanissi.org, » « Congopage.com ». Au passage, bonne fête à Marie-Alfred Ngoma dont c’était l’anniversaire également ce 27 septembre.

Le Pas de Calais

Un dîner a été offert dans le cadre d’une conférence presse. Lieu : la salle des mariages, un ancien entrepôt aménagé et restauré datant de 1871. Le plafond de cette salle fait de briques rouges agencées en épis est en harmonie avec cette architecture typique des Hauts de France jusqu’en Belgique. Le bâtiment qui servait d’abord de débarras fut restauré par le maire grâce aux travaux d’intérêt général auxquels ont participé des prisonniers de droit commun. Ils ont bénéficié ensuite de remises de peines. Dans cette salle a été récemment célébré un mariage entre une libanaise résidant à Dubaï et un mexicain : mariage interculturel qui confirme une stratégie d’intégration à laquelle tient monsieur le maire, Thierry Tassez, 62 ans, enseignant de profession. Le couple mixte est installé à Rennes.
C’est ça le Nord-Pas-de-Calais, c’est ça le Nord !

Les hommes de plume ont été nourris de ces anecdotes qui fleurissent les articles de presse et qui sentent bon le terroir. L’édile de Verquin semble en avoir le secret. Il en existe tellement qu’il pourrait nous en raconter « jusqu’à la nuit. » (sic) Par exemple, le poireau, légume potager, a servi à bâtir des institutions économiques et culturels locales. La foire aux poireaux (qui fait rage dans la région) est une création du maire. A la suite de la foire, est née la Confrérie du poireau, un lieu dans lequel se reproduit certainement une tradition médiévale destinée à compenser la dictature globalisante de la modernité. Où on a appris que le poireau (Allium porrum) vient en tête de liste quand on demande aux gens de citer un légume.

L’Afrique dans la guerre mondiale

Dans son précédent mandat le maire de Verquin (un peu moins de 4.000 âmes) fils de résistant, entreprit de faire entrer sa commune dans la grande histoire. Signalons en passant que La région de Calais cultive une identité plurielle, assume une présence étrangère de longue date. « Nous fûmes jadis espagnols » rappelle l’élu. Par ailleurs, les mines de charbon attirèrent les Polonais au siècle dernier. « Ce qui explique le jumelage de Verquin avec une ville de là-bas  » souligne-il. La région affirme également une forte présence d’Afrique du Nord, notamment marocaine.

Reste que L’Afrique Noire semblait être la grande absente dans ce très dense champ culturel. Aussi lorsque se présenta l’opportunité de revitaliser l’histoire, le maire sauta à pieds joints sur la proposition de se brancher sur de Gaulle alias « L’homme de Brazzaville ». Il le fit avant la lettre (en 2019) puisque le Président Macron ne décrétera l’année consacrée à de Gaulle qu’un an après. Personne ne peut dire que le maire a agi par opportunisme. Pas du tout. La région Nord-Pas-de-Calais a vu naitre le général de Gaulle. La maison natale du général se trouve à Lille. Il y naquit le 22 novembre 1890, il y a 130 ans. Ce futur Président de la République a passé son service militaire à Arras le 10 novembre 1909. Son épouse, Yvonne, est née à Calais. De Gaulle est mort depuis 50 ans et enterré à Colombey-les-deux-Eglises. Pour la petite histoire, la Basilique Ste-Anne du Congo a été consacrée à la fille du couple de Gaulle.

Donc un fils du pays, Thierry Tassez, imbu d’histoire, a décidé de parler d’un autre fils du pays, de Gaulle, histoire de rappeler que la libération de la France est tributaire de ce bout de terre du Nord mais que celle-ci (la Libération) fut également possible grâce à des forces vives venues de la lointaine Afrique.

Désormais la lacune d’une Afrique renvoyée aux calendes grecques quant à la victoire sur l’occupant nazi est réparée. Le sang noir a coulé sur le sol français.

La commune de Verquin (Pas-de-Calais) abrite donc depuis le 15 novembre 2019 la stèle « consacrée à Brazzaville ». Limitrophe de Béthune, Verquin brille par cette spécificité culturelle, presqu’une exception culturelle.

Une forte délégation gouvernementale congolaise participa à cette inauguration qui transforma à jamais Verquin en capitale de l’Afrique combattante. La presse nationale en fit un large écho.

Histoire de l’art

La stèle, une œuvre d’art posée sur du marbre noir venu d’Inde, représente un général en fer découpé au laser, faisant une revue de troupes composées de tirailleurs sénégalais. « La scène s’est réellement passée à Brazzaville » (La voix du Nord). Fusils en bandoulière, baïonnettes pointées vers le haut, les soldats noirs équilibrent la perspective avec la taille du grand homme qui fut physiquement très élancé (1,90m). Le terme générique étant « Tirailleurs sénégalais » il est évident que les troupes noires venaient de tous les territoires de l’Empire colonial français.

A un jet de géranium de la stèle de Charles de Gaulle et ses troupes africaines est érigée la stèle des Charitables édifiée également sous le mandat de Thierry Tassez.

Situé au bout du cimetière communal, le mémorial de la revue des troupes est impressionnant. Le général et les soldats noirs semblent vivants alors qu’à côté, sous les tombes du cimetière, gisent des morts. Terrible paradoxe métaphysique ! Ce lundi 28 septembre 2020, une petite pluie donne à la visite cérémonielle un air solennel qui rappelait ce que Victor Hugo eut appelé la « Légende des siècles » car il y a de la tragédie dans cette iconographie artistique dans cette petite nécropole.

« Un bout du Congo est ici représenté » annonce d’un ton lyrique monsieur le maire. L’œuvre a été subventionnée à 100% par les maires locaux, par des industriels et par le gouvernement congolais. Coût de l’ouvrage : 30.000 euros environ. Ca y est le tabou est transgressé. « En France on n’aime pas parler argent » avoue le maire.

Bref, donnons à cette sculpture le même destin que Les bourgeois de Calais, célébrissime œuvre de Rodin.

18 juin versus 27 septembre

La mémoire gaullienne articule généralement une occultation, un refoulement, des non-dits. « L’Appel du 18 juin  » éclipse souvent « Le Manifeste de Brazzaville ». On notera également que l’histoire officielle est dotée d’un fulgurant parti-pris : « les batailles ont eu lieu à Verquin, seul Verdun est plébiscité » déplore le maire qui signale que dans le cimetière où se trouve la stèle de De Gaulle reposent également des soldats anglais de la seconde guerre mondiale. En somme, il n’y a pas que La Somme comme champ de bataille.

Un peu, en avant, à un jet de pierre de la stèle, se dresse une gravure représentant le microphone dans lequel parla le général. La photo en noir et blanc est accompagnée d’un texte. Le contenu de cette littérature très martiale, fustige ceux qui s’étaient couchés devant l’ennemi en 39 : les Vichystes. Brazzaville, décrétée capitale de la France Libre, donne le mot d’ordre contre la capitulation. Le Manifeste de Brazzaville est capitale dans la suite des évènements. Pour l’anecdote, de Gaulle traversa le fleuve Congo pour faire sa déclaration à Léopoldville, capitale du Congo-Belge. Les émetteurs de Radio-Brazzaville furent jugés peu puissants. Le micro dans lequel parla le général est encore conservé à ce jour.

De ce fait le 18 juin est un avant-propos du 27 septembre 1940. En raison du principe de « deux poids, deux mesures », nombre de Français ignorent, hélas, ce chapitre de l’histoire. Il y a eu la bataille de La Somme, le Débarquement de Normandie mais il y a eu aussi le Débarquement de Toulon, où les soldats venus d’Afrique se mêlèrent aux combats avec une force qui impressionna les soldats de la Wermarth allemande. En faire un évènement de seconde zone est une démarche anhistorique.

Thierry Tassez qui estime que la France est devenue une démocratie parce que les Français ont résisté sous le gouvernement de Vichy a compris l’enjeu de ce morceau d’histoire qui rappelle que sans l’Empire avec le concours des Tirailleurs Sénégalais la France aurait gagné la guerre mais sans figurer dans le rang des vainqueurs.

La cérémonie de Verquin prit fin dans la salle de mariage peu avant 13 h. Etant donné le temps automnal, une bonne soupe aux poireaux n’eut pas été justement de trop pour nous réchauffer avant le retour sur Paris.

Une salve en l’honneur de l’universitaire franco-congolais Armand Brice Mankou président du Cercle des amis du Congo, héros dans l’ombre, véritable architecte de cet évènement de haute portée symbolique. Des coups de canon en guise de salutations à l’équipe municipale composée de Sylvie Tassez, épouse du maire, ancienne proviseur du Lycée, chargée de la Défense des Droits ( conflits avec les organisations publiques), Monsieur et madame Hereman adjointe au maire (chargée de la petite enfance, des centres de garderies, jardins d’enfants), Audrey Ferraton (chargée de la culture auprès des enfants des écoles), Delahaye Joel (1er adjoint au maire aux travaux) Delahaye Joelle (présidente de la confrérie du poireau), Cocuel Sylvie (directrice de l’école, conseillère municipale, culture et médiathèque), Van Calster Sylvie, (adjointe aux affaires sociales, logement de personnes âgées).

Thierry Oko, La Ferté sous Jouarre