King Kester Emeneya a tiré son
irrévérence ce jeudi 13 février 2014 dans la région parisienne, à
l’âge de 58 ans, des
suites d’une longue maladie.

La Grande faucheuse vient de priver les mélomanes d’une
grande voix de velours de
la Rumba congolaise. Celui qui s’était surnommé
« Le bachelier en
chant, Le Pétrolier,
L’émérite
 » ; celui qui, selon ses propres termes, portait
des « lino de Pépito qui se froissent avec noblesse et
gentillesse
 »,
avant d’ajouter : « …en tout cas je suis
valable
 » a marqué les
générations entières. D’Adios Alemba à Jackson
Babingui en passant par Fernand
Mabala, tous conviennent que Jean Emeneya était une
excellente voix de velours.

Car la musique, c’est aussi la voix. En (re)découvrant
Milena, l’une de ses
premières chansons dans l’orchestre Viva la Musica, King
Kester Emeneya
commence par imiter Gina Efongué, son mentor. Puis, dans
les chansons
suivantes, explose. Il impose sa propre voix. Théo Blaise
Kounkou le compare à
un écrivain : « capable dans une chanson de fulgurances
ou de patience - avant de porter l’estocade. »

A
un moment, dans les années 1984-1989, Emeneya s’est
égaré en tentant de «  monter  » dans les aigus,
de faire la première voix. Cela passait mal auprès des
spécialistes. « Une
aventure à laquelle il a mis fin en revenant à son registre
favori. il s’est vite
rendu compte que n’est pas Evoloko qui veut
confessera
un jour Stino Mubi de
Viva le Musica, l’un de ses nombreux imitateurs.

Sans
conteste, Emeneya a révolutionné la deuxième voix.
«  Le mélomanes adorent
les voix aigues. Si l’on y regarde de plus près, ce sont
les premières voix qui
avaient plus de succès dans les années 1970-1980, les
Dalienst, Evoloko, Papa
Wemba, etc. Et c’est Emeneya qui, le premier, a démenti
ce cliché. Il nous a
donné de la valeur
reconnaît Ley Mamadou de Viva
Mandolina
à
Brazzaville. Et pour cause : Avant Emeneya, il y avait
Djenga K Espérant,
Jadot et d’autres encore. Mais ils n’étaient pas aussi
appréciés que King Kester.

Une extraordinaire capacité de placer sa
voix

Oui,
en remontant le temps, plusieurs chansons de Viva la Musica
continuent d’être une
extase musicale, en partie grâce à la voix de King.
Emeneya : c’est cette voix
de velours aux
intonations enjôleuses dans
Beloti de Djenga K ;
cette voix de velours qui touche en douceur l’âme et
le cœur dans Mea Culpa de Papa Wemba.
« Allô,
allô, allô, allô jolie Bibi
 », pleure Emeneya dans
cette chanson.

En 1980,
King
Kester Emeneya inflige une gifle musicale à Pépé Kallé
dans Amena,
si bien que l’éléphant de la musique congolaise ne se
contente que de quelques interventions dans le refrain.
« Oui, dans ma propre
chanson, j’ai abdiqué face au bachelier en chant, tellement
il y est
intenable
 », avoua Pépé Kallé un jour à Paris, en
1990 ; avant d’ajouter :
« Il est difficile de tenir tête à Emeneya dans un ajustement harmonique des voix
 ; il te
répondra du tac au tac. Avec sa manière de chanter dans le
contretemps, ça
déstabilise le plus chevronné des maîtres du
tempo ».

Oui, une voix de
velours promise à
l’éternité et à l’universalité.
Merci King !

Bedel Baouna