SYRTE (AFP) - Des dirigeants africains ont saisi samedi l’occasion du 7e anniversaire de la création de l’Union africaine (UA) pour dénoncer, en Libye, les ingérences étrangères sur leur sol.

Le président soudanais Omar el-Béchir a profité de la présence de plusieurs de ses pairs africains pour réaffirmer que son pays refusait une force de l’Onu dans la province du Darfour (ouest), en proie à une guerre civile depuis plus de trois ans.

« Je confirme le refus net et catégorique du Soudan de cette résolution 1706 injuste », a-t-il déclaré dans un discours à Syrte, à 500 km à l’est de Tripoli.

Le Conseil de sécurité a adopté le 31 août une résolution prévoyant le transfert à une force de l’Onu d’un maximum de 20.000 hommes pour remplacer la force de l’UA, sous-financée et mal équipée, dans la région du Darfour.

Vendredi, le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a averti que les dirigeants soudanais pourraient être tenus pour responsables « collectivement et individuellement » si leur refus d’une force de l’Onu au Darfour devait causer des souffrances supplémentaires à la population locale.

« La résolution 1706, prise par des pays ennemis et stipulant l’entrée de forces onusiennes au Darfour, sans considération pour la demande du Soudan et de la Ligue arabe de donner davantage de temps au dialogue avant de prendre une décision, est une résolution injuste », a dit M. Béchir.

« Le Soudan réitère son attachement à la force de l’UA », a-t-il affirmé, mais « si la mission de l’UA piétine ou échoue pour quelque raison que ce soit, elle doit mettre fin à sa mission, se retirer du Soudan après avoir remis le contrôle (de la région) au gouvernement soudanais », a-t-il affirmé.

L’hôte de ces festivités, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, s’est également élevé contre la présence de troupes étrangères au Darfour, la qualifiant de nouvelle « colonisation ».

« C’est la première fois qu’on voit des forces internationales vouloir entrer sans accord (du gouvernement concerné). Qu’elles entrent, mais le pays résistera », a-t-il dit.

Les islamistes somaliens, invités par la Libye, ont aussi souligné leur refus de la présence d’une force étrangère de maintien de la paix dans leur pays, déchiré depuis 1991 par une guerre civile.

« Nous somme venus en Libye pour réaffirmer notre rejet de toute force internationale ou régionale en Somalie », a déclaré Cheikh Sharif Cheikh Ahmed, dirigeant du Conseil Suprême Islamique de Somalie (SICS).

Les islamistes, qui contrôlent Mogadiscio, plusieurs régions du Sud et une partie du centre de la Somalie, près de la frontière éthiopiennes, sont en désaccord avec le gouvernement de transition sur le déploiement d’une force de paix internationale en Somalie.

Intervenant à son tour, le président tchadien Idriss Deby a appelé à l’indépendance économique de l’Afrique.

« Il faut que l’Afrique obtienne son indépendance économique et qu’elle gère elle-même ses ressources. Cela ne peut se réaliser que par l’unité africaine », a-t-il dit.

« Nous ne pourrons pas combattre la pauvreté et les maladies si nous ne sommes pas indépendants et ne gérons pas nous-mêmes nos richesses », a-t-il ajouté.

Le gouvernement tchadien a notifié lundi à la société américaine Chevron et à la malaisienne Petronas, membres du consortium qui exploite le pétrole tchadien, la « suspension » de leurs activités au Tchad.

M. Deby avait auparavant demandé aux « représentants de Chevron et Petronas » de « quitter le Tchad et fermer leur bureau » pour non-paiement de l’impôt sur les bénéfices des sociétés.

Outre MM. Béchir et Deby, plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement africains, parmi lesquels ceux du Niger, de la Sierra Leone, du Mali, du Botswana, du Gabon, d’Algérie ou d’Ethiopie, participaient à cet anniversaire.

D’autre part, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a estimé samedi que l’Europe devait payer chaque année 10 milliards de dollars à l’Afrique si elle voulait arrêter l’immigration clandestine.

« Ils doivent nous indemniser pour avoir exploité et pillé nos minerais et nos richesses. Pour que les Africains restent chez eux, nous réclamons à l’Europe 10 mds de dollars par an », a dit le numéro un libyen à Syrte (est) dans un discours à l’occasion du 7ème anniversaire de l’Union africaine (UA).

Le chef du gouvernement italien Romano Prodi, seul dirigeant européen présent au banquet organisé à Syrte en l’honneur des chefs d’Etats et de gouvernement de l’UA, a annoncé samedi avoir parlé des problèmes de l’immigration clandestine avec le colonel Kadhafi.

« J’ai expliqué que l’immigration était un problème européen et africain, pas seulement italien », a déclaré le dirigeant italien après son retour en Italie.

Il a souligné l’importance de la démarche commune décidée par l’Espagne, la France, et l’Italie afin que l’Union européenne se saisisse du problème de l’immigration clandestine et du débarquement massif de candidats à l’immigration sur les côtes italiennes et espagnoles.

Le chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero avait annoncé le 5 septembre que l’Espagne, l’Italie et la France soumettraient une proposition commune sur l’immigration au prochain sommet de l’Union européenne, le 20 octobre en Finlande.

« Il y a un problème de développement des régions d’où partent les immigrés, et un problème de surveillance des côtes d’où ils partent », a souligné M. Prodi.

L’Italie est confrontée à l’arrivée massive sur la petite île de Lampedusa et les côtes siciliennes de clandestins partis pour la plupart de Libye.

Elle souhaite mettre sur pied des patrouilles maritimes européennes avec la participation de la Libye.

Selon le ministère italien de l’Intérieur, 10.414 personnes sont arrivées à Lampedusa entre le 1er janvier et le 31 juillet, et le rythme des arrivées s’est accéléré ces derniers jours..

Les îles espagnoles des Canaries, au large des côtes africaines, connaissent elles aussi une déferlante d’immigrants illégaux avec plus de 22.000 arrivées depuis janvier.