WASHINGTON (AFP) - Le président américain George W. Bush a décidé jeudi d’envoyer un émissaire au Soudan pour convaincre Khartoum d’accepter le déploiement d’une force de paix de l’Onu au Darfour, en proie à la violence depuis plus de 3 ans.

Jendayi Frazer, secrétaire d’Etat adjoint pour les Affaires africaines, a indiqué qu’elle se rendrait vendredi au Soudan, munie d’une lettre de M. Bush à remettre au président soudanais Omar el-Béchir sur l’urgente nécessité de stopper les violences au Darfour.

Depuis début 2003, les combats et la crise humanitaire dans cette province, située à l’ouest du Soudan, ont fait entre 180.000 et 300.000 morts et quelque 2,4 millions de déplacés sur une population de 7 millions.

« Arrêter le génocide maintenant est une des principales priorités de l’administration Bush », a déclaré Mme Frazer lors d’un point de presse au département d’Etat. "Nous devons mettre fin au génocide et protéger les populations du Darfour", a-t-elle ajouté.

Le président Béchir a refusé à plusieurs reprises les appels américains pour l’implantation d’une force de paix de l’Onu, susceptible de remplacer les soldats de l’Union africaine (UA) qui n’ont pas réussi à pacifier la région. Il a accusé les Etats-Unis et les autres puissances occidentales d’avoir des visées impérialistes sur son pays.

Au lieu de la force de l’Onu, Khartoum a proposé de déployer 10.000 de ses soldats dans la région, mais pour Mme Frazer, seule une force « musclée » de l’Onu aurait la légitimité d’opérer efficacement au Darfour.

Hormis l’annonce de sa mission, Mme Frazer n’a pas fait état de nouvelles actions qui pourraient être prises par Washington pour mettre fin à la crise du Darfour.

Elle a averti qu’une nouvelle vague de violences apparaît imminente malgré la signature en mai d’un accord de paix entre le pouvoir central de Khartoum et et une partie des mouvements rebelles.

« Le Darfour est sur le point de sombrer dans une dangereuse spirale de violences. Les parties se réarment et se repositionnent pour recommencer les combats », a-t-elle ajouté.

Neuf travailleurs humanitaires et deux soldats de l’UA ont été tués ces dernières semaines et selon Mme Frazer les organisations humanitaires prévoient de se retirer de cette zone.

Mme Frazer a indiqué que la mise en place d’un contingent de Casques bleus ne se fera pas sans le feu vert du gouvernement soudanais.

Jeudi, le Conseil de sécurité de l’Onu a discuté d’un projet de résolution américano-britannique prévoyant de transférer à l’Onu la mission de l’Union africaine (UA) au Darfour. Le projet vise à déployer dans la province quelque 17.000 Casques bleus et à transférer à l’Onu les missions de l’UA.

Le président soudanais a demandé aux membres du Conseil de sécurité par lettre de ne pas adopter hâtivement cette résolution mais plutôt de laisser le temps à Khartoum de résoudre lui-même la crise au Darfour.