Il y a comme un alignement des planètes, une mise au pas. Le lobbying forcené de Denis Sassou Nguesso auprès des institutions financières internationales produit ses premiers effets. On le savait, le regard du monstre d’Edou est capable de faire baisser l’œil à un aigle. Voilà, c’est fait.

L’intransigeance du FMI en matière de gouvernance, de transparence, de lutte contre la corruption qui est de mise dans ce type de négociations a été mise sous le boisseau. Bruno Le Maire, ministre français des finances, avait donné le ton. «  Sans transparence, il n’y a pas de confiance. Et sans confiance, il ne peut pas y avoir d’aide, ni de la part du FMI ni de la part des autres Etats.  » Et, l’argentier de la France de poursuivre : « Quand vous avez des Etats qui vous aident, vous leur devez la transparence, vous leur devez l’assainissement du climat des affaires, vous leur devez une stratégie économique cohérente, qui soit suivie et qui soit respectée  ».

Et, d’ajouter : «  la France est prête à aider le Congo-Brazzaville à hauteur de 135 millions d’Euros en trois ans sous condition de la signature d’un accord avec le FMI. »

C’est ce qu’on appelle souffler le chaud et le froid. Christine Lagarde, ancienne directrice du Fonds monétaire international, avait enfoncé le clou : « Nous avons des exigences en matière de gouvernance qui devront être mises en place très vite après l’approbation du conseil d’administration et qui nous paraissent de nature à garantir une bonne utilisation des finances publiques et la bonne réalisation des objectifs du programme  ».

Tigre de papier

Les membres du Conseil d’administration du FMI ont foulé aux pieds ces beaux principes. C’est d’autant plus dommageable que dans la promesse de Christine Lagarde qui succédait à Dominique Strauss-Kahn il y avait l’idée d’une rupture non seulement avec la vieille classe dirigeante du FMI mais surtout avec ses pires mœurs et ses privilèges. Sassou Nguesso leur a-t-il cloués le bec avec les espèces sonnantes et trébuchantes le 11 juillet 2019 ? Le FMI, tigre de papier ?

Curieusement, le FMI a passé sous silence les engagements non respectés du Congo-Brazzaville des réformes économiques. Les oiseaux de proie se sont rendu compte que le FMI n’est qu’un simple épouvantail. Le gouvernement de Brazzaville avait promis, la main sur le cœur, requérir l’expertise d’un cabinet de réputation internationale chargé d’auditer les comptes certifiés de la SNPC et promettait de publier les résultats des études sur son portail officiel dans les meilleurs délais (Les Dépêches de Brazzaville, 14 juin 2018). Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. L’audit de la société pétrolière nationale, la SNPC, se fait toujours attendre.

Lune de miel

Les pourparlers avec les traders pétroliers ne sont pas rendus publics. Le montant exact de la dette intérieure reste inconnue. L’opacité se poursuit. Sur quels critères donc le FMI a-t-il fondé sa conviction ? C’est la lune de miel entre le Congo-Brazzaville et le FMI.

L’institution de Washington avait donné le ton en saluant les avancées économiques des pays de la CEMAC. Le bouquet final a été l’annonce le 11 juillet 2019 avec la signature d’un accord sur la facilité élargie de crédit (FLEC) entre le FMI et le Congo-Brazzaville .

La dernière réunion du Conseil d’administration de l’institution financière sur les politiques communes de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac) , en appui aux programmes de réformes des États membres, s’est clôturée par des félicitations autour du rebond de la croissance régionale.

Une embellie qui se caractérise « par un rebond de la croissance régionale, une position budgétaire globale de la région proche de l’équilibre, et une accumulation des réserves extérieures au-delà des attentes » a souligné le Fonds monétaire international (FMI).

Le clando

En légère hausse (1,7 %) au cours de l’année 2018, la croissance économique dans l’espace Cémac est au-dessus de 3 % à fin juin dernier, selon le gouverneur de la Banque centrale des États de la communauté (Cameroun, Congo, Gabon, Tchad, Centrafrique et Guinée équatoriale). Les réserves de change des six pays de la Cémac atteignent 3 822 milliards francs CFA à fin juin 2019, alors qu’elles étaient à 2552 milliards francs CFA au 31 décembre 2017, et à 3 360 milliards francs CFA à fin 2018 (Les dépêches de Brazzaville, 10 juillet 2019). Quelle est la situation réelle du Congo-Brazzaville ? Le vilain petit canard, le Congo-Brazzaville, le cancre, profite de l’embellie économique de la sous-région de l’Afrique Centrale. C’est un passager clandestin.

Le soutien financier de l’institution de Bretton Woods dans le cadre de la facilité élargie de crédit d’un montant de 448,6 millions de dollars, va aider le Congo à viabiliser sa dette publique estimée en 2017 à 5329 milliards de francs CFA, soit 110% du produit intérieur brut (PIB). En mars dernier, le comité national monétaire et financier a évalué cette dette à 84% du PIB.

Le FMI a décidé de l’octroi immédiat au Congo d’un appui d’un montant d’environ 44,9 millions de dollars au titre de la première tranche. Cet accord ouvre la voie à de nouveaux crédits de la part d’autres bailleurs internationaux de la trempe de la Banque mondiale, la Banque Africaine de Développement (BAD), le Club de Paris, le Club de Londres… Une aubaine pour les rapaces pour se remplir la panse.

Au regard des besoins de financement du Congo-Brazzaville, des fonds cachés dans les bas de laine et dans les paradis fiscaux par les membres du clan Sassou, 448,6 millions de dollars de crédits du FMI, sont dérisoires. 224 milliards de francs CFA, c’est un petit crédit. Denis Sassou Nguesso a déployé de grands moyens. «  A pessa a tala té  ». Dans ce petit pays pétrolier d’Afrique Centrale, 14 000 milliards de francs CFA se sont volatilisés sans autre forme de procès.

Le syndrome mozambicain

Les associations qui luttent contre la mauvaise gouvernance, la corruption et les malversations financières estiment que ce nouvel imbroglio politico- financier va nourrir le ressentiment des Populations du Congo-Brazzaville à l’égard de la communauté financière internationale.

Le Congo-Brazzaville sera-t-il victime du syndrome « mozambicain  », un pays qui a bénéficié de la première tranche de l’aide financière et dont l’accord avec le FMI a été suspendu pour non application des conditionnalités ? Le risque est grand.

Benjamin BILOMBOT BITADYS