L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché jeudi le niveau 6 d’alerte maximale face à la grippe porcine A(H1N1) désormais considérée comme une pandémie mondiale, la première du XXIe siècle.

"Le virus ne peut pas être arrêté", a souligné la directrice de l’OMS Margaret Chan. "J’ai décidé de lever l’alerte pandémique de la phase 5 à la phase 6", a-t-elle expliqué lors d’une conférence de presse au siège de l’organisation à Genève.

"Nous avons des preuves indiscutables que nous sommes aux premiers jours d’une pandémie globale du virus H1N1", a-t-elle souligné en demandant une nouvelle fois aux pays de ne pas fermer leurs frontières aux mouvements de personnes et de biens.

Le virus, totalement nouveau se transmet entre humains, a-t-elle fait valoir, soulignant toutefois que la pandémie était "modérée".

Auparavant, Mme Chan avait informé personnellement les ambassadeurs des Etats membres de son organisation. La directrice générale de l’OMS a appelé à la vigilance mais s’est voulue également rassurante. "Le message important (...) c’est que nous sommes des pays différents, avec des situations différentes. Il n’y a pas une prescription unique" pour faire face à la pandémie, a commenté un diplomate égyptien.

La Croix-Rouge internationale a aussitôt appelé ses sociétés nationales à se "mobiliser à travers le monde" et a demandé aux donateurs de répondre à ses appels de fonds pour faire face à la pandémie.

La déclaration de l’état de pandémie "est aussi un avertissement à la communauté internationale : c’est le moment pour les pays du monde entier (...) de se rassembler au nom de la solidarité mondiale afin d’être sûr qu’aucun pays (...) ne sera abandonné", a déclaré Mme Chan aux journalistes.

Alors que la maladie affecte désormais près de 28.000 personnes dans le monde, l’organisation maintenait depuis le 29 avril le niveau d’alerte 5 signifiant que la pandémie était "imminente".

Le virus de la grippe porcine "va circuler dans le monde entier pendant un à deux ans et contaminer des gens sur un mode pandémique", a prévenu le numéro deux de l’OMS, le Dr Keiji Fukuda.

La situation en Australie est semble-t-il à l’origine de la décision du passage à l’alerte 6. Le Dr Fukuda avait reconnu mardi "une transmission locale" dans l’Etat de Victoria.

Cinquième pays le plus touché au monde avec 1.263 cas, l’Australie a indiqué jeudi que quatre malades avaient été admis en soins intensifs.

Mais il n’est pas seul. Le Chili a vu le nombre de malades plus que tripler en deux jours, atteignant désormais 1.694 personnes.

Depuis dix jours déjà, l’OMS préparait activement le terrain à l’annonce de la pandémie.

Mercredi, l’OMS a convié les ministres de la Santé des huit pays les plus affectés à une téléconférence pour "voir s’ils (avaient) des preuves incontestables de transmission locale".

Pour les experts, ces preuves existent déjà depuis un moment, mais l’OMS a décidé, sous la pression de ses membres, de prendre son temps pour préparer au mieux ses 193 membres et éviter un mouvement de panique qui serait, selon elle, injustifié.

De fait, la mortalité du virus s’est révélée jusqu’à présent à peu près équivalente à celle de la grippe saisonnière (0,1%), en dehors du Mexique (0,4%), alors que celle de la grippe aviaire est de 60%.

Mais le virus peut "réserver des surprises", a encore averti Mme Chan. Il pourrait muter et se combiner avec une souche plus virulente, ouvrant la voie à des scénarios beaucoup plus pessimistes, craint l’OMS.

C’est pourquoi Mme Chan a demandé aux laboratoires pharmaceutique