Un document illustré d’une photo de Denis Sassou Nguesso, président autoproclamé du Congo, et António Guterres, le Secrétaire général des Nations unies, circule dans tous les grands milieux de la politique internationale. Il suscite, à la fois, honte, pitié et moquerie à l’égard d’un homme qui a perdu tout son honneur pour s’être accroché au pouvoir au-delà de toute logique.

Le texte porte des vérités, pour ne pas dire des reproches crus qu’António Guterres aurait faits à Denis Sassou Nguesso, dans les couloirs du Forum de Paris sur la Paix qui a lieu les 11, 12 et 13 novembre 2018. Incroyable mais vrai. Sans diplomatie, sans langue de bois, son interlocuteur lui a parlé dans le creux de l’oreille.

La photo montre un Secrétaire général déçu et fatigué d’écouter, et un Sassou Nguesso en position de négociateur qui paraît se justifier.

Il nous est parvenu comme une feuille morte au passage d’un vent, sans savoir d’où elle vient car le vent souffle sans savoir sa direction. La chose qui semble donner du sérieux à ce document, c’est qu’il est illustré avec une photo des deux protagonistes. Par ailleurs, comme un pestiféré, le séjour de Sassou Nguesso a été jonché de beaucoup d’échecs : refus à la dernière minute du président américain Donald Trump de le rencontrer, alors que le président français, Emmanuel Macron, avait préparé le terrain ; échec de sa rencontre avec les ténors de la diaspora qu’il veut inviter au Dialogue. Mais, on peut aussi y ajouter son speech sur le Fonds bleu (l’environnement) qui est devenu son cheval de bataille alors qu’il y a quelques années seulement il était l’apôtre de la paix et le grand médiateur dans les crises africaines. Or le sujet cette année portait sur la paix. Mauvaise copie, chef-d’œuvre d’un cancre.

Aussi, faudra-t-il rappeler qu’António Guterres n’a fait que lui dire ce que lui disent déjà tous les Congolais et la Communauté internationale.

Sans plus tarder, voici ce texte revu

« Sassou, il faut libérer les prisonniers politiques, nous ne pourrons plus continuer à te protéger. Tu as violé la Constitution et fait de nombreux morts, on a fermé les yeux. Tu as volé les élections, jeté Mokoko, Okombi et leurs copains en prison, créé le génocide dans le Pool. On a fermé les yeux. On a aussi fermé les yeux sur les scandales économiques à répétition qui ont plongé le Congo en situation de crise et de cessation de paiement. Aujourd’hui, salaires et pensions ne sont plus payés. Vous avez volé et caché des milliards à l’étranger. Non seulement vous ne manifestez aucune volonté de les faire revenir au Congo mais, en plus, vous continuez de détourner l’argent du Trésor. C’est absurde car ton peuple meurt de faim. A cause des comportements comme le tien, certains peuples de l’Amérique latine sont en train de fuir leur pays pour les USA. Voilà que Ghys Fortuné Dombé Bemba, témoigne sur tous les médias français des conditions de ses 18 mois de détention. C’est vraiment horrible de lire ce qu’il dit. Un être humain ne peut pas faire ça à son semblable ! Il y a quelques mois mes équipes ont jugé illégale la détention de Mr Okombi Salissa et vous ont ordonné de le libérer. Rien n’a été fait. Que comptes-tu faire de Jean-Marie Michel Okoko que tu considère comme ton « prisonnier personnel » ? Trêve de tergiversations. Les gens m’attendent dans la salle. Je suis attendu. Laisse-moi partir. Je m’en vais. Ne me retiens pas.  »

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain