Au Congo-Brazzaville, Sassou, le PCT et les épigones du « chemin d’avenir » ont adopté la facheuse manie de travestir la réalité économique et sociale. Ils n’acceptent ni le verdict des chiffres sortis des instituts de conjoncture ni celui des urnes proclamés par une institution véritablement indépendante. Dans un exercice de gargarisme lexical le 12 Août 2014 devant un parterre de parlementaire toute ouïe, Sassou, après le fiasco de Washington, a déroulé un message à la nation truffé de contre-vérités. Parmi celles-ci figurent en bonne place l’inflation et l’emploi. Un discours enjôleur pour les épigones du « chemin d’avenir  » et affligeant pour le gros des troupes de la population.

Gourou

Depuis la nuit des temps, les tyrans aiment être flattés et les dictateurs caressés dans le sens du poil. Au Congo-Brazzaville, Sassou, le tsa d’Oyo ne déroge pas à la règle. L’effervescence du palais des Congrès était largement supérieure aux mensonges assenés par le locataire de Mpila. Dans la salle du palais des Congrès, le 12 Août 2014, plus Sassou proférait des mensonges sur le plan économique, plus les parlementaires s’extasiaient. Et, lorsqu’il s’est agi du « sang et des larmes des autres », la salle du Palais des Congrès est entrée en ébullition. Curieux ! On dirait des fidèles entrant en transe devant le prêche d’un gourou des Eglises de réveil. Sur ce registre, Sassou n’avait rien à envier au Pasteur Ntoumi. On aurait cru au «  papa pasteur » Sassou délvrant la « bonne nouvelle » à ses ouailles. Mais, les populations du Congo-Brazzaville confrontées aux mauvaises statistiques des indicateurs de l’inflation et de l’emploi ne s’y laissent pas tromper. Le bureau des Assises pour l’Alternance dirigé par Jean-Luc Malékat, Philippe Youlou, Alexis Miayoukou, Benjamin Toungamani et Bienvenu Mabilémono ainsi que tous ceux, Clément Miérassa, Paul Marie Mpouélé, Guy Romain Kinfoussia, Blanche Resemonde Moutsara, Marion Madzimba Ewango, Hervé Ambroise Malonga, Mathias Dzon, qui oeuvrent sur place au Congo-Brazzaville pour le départ de Sassou en août 2016 ont du pain sur la planche pour rétablir la réalité des chiffres tant le régime de Sassou a fait de la désinformation et de la manipulation une seconde nature érigée en mode de gouvernement. Vaste programme dans un pays où même les parlementaires, bien sûr triés sur le volet, ont perdu toute lucidité. Les nguiris de pétro-CFA, ces espèces sonnantes et trébuchantes, leur ont bandé les yeux et clouer le bec.

Inflation

Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), l’inflation est une perte du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une hausse généralisée et durable du niveau des prix.

Généralement, pour évaluer le taux d’inflation, on utilise l’indice des prix à la consommation. L’indice des prix à la consommation du Congo-Brazzaville est supérieur à la moyenne de la sous-région de l’Afrique centrale qui est de 4,5 % et de 4,4 % pour la zone UEMOA. Les experts du Comité monétaire et financiers du Congo avaient fait savoir, dans un communiqué publié le 13 mai 2014, que le taux d’inflation du pays pourrait atteindre 11% au cours de l’année 2014. Ces experts s’étaient réunis le 13 mai 2014 à Brazzaville sous la présidence du ministre en charge des finances et du budget, Gilbert Ondongo (congosite.com, 13 mai 2014). Pourquoi Sassou ne se réfère-t-il pas aux statistiques rendues publiques par les experts ? Au titre de l’année 2014 donc, le Congo a globalement affiché de bons indicateurs financiers, excepté pour le taux d’inflation de 11 % qui s’est situé au-dessus des normes de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Le satisfecit de Sassou en matière d’inflation est exagéré.

Au Congo-Brazzaville, pouvoir faire un ou deux repas quotidiens de sakasaka, de « maboké » ou de koko-manioc est, jour après jour un casse-tête. Pouvoir acquérir un terrain et bâtir une maison en matériaux durables pour les travailleurs qui émargent à la fonction publique, dans les PME/PMI et ceux du système informel, la démarche rend morose étant donné que cet exercice délicat relève parfois de la science-fiction pour la grande majorité à cause de la cherté des produits alimentaires et des matériaux de construction. Sauf, bien sûr, pour les nouveaux riches du « chemin d’avenir » qui tirent leur épingle du jeu et affiche un mode de vie flamboyant. La majorité de la population, quant à elle, tire le diable par la queue et se répand quotidiennement en lamentations larmoyantes.

Les raisons de la hausse des prix des biens agricoles, des matériaux de construction et des biens d’équipement sont connues : insuffisance de l’offre intérieure et augmentation des importations en vue de répondre à la demande nationale. La spéculation foncière et la spéculation immobilière ont anéanti tout espoir des jeunes ménages d’accession à la propriété. Les principales agglomérations urbaines et rurales du Congo-Brazzaville subissent les « coûts élevés » de leurs importations qui prennent une place importante dans leur économie. En effet, la plupart des produits de consommation courante prisés des congolais doivent être importés, ce qui rend leur accès difficile et donc plus cher.

Emploi

« La croissance soutenue a pour effet entre autres, l’amélioration de la situation de l’emploi » dixit Sassou au cours de son allocution. De quel emploi parlent Sassou, ses conseillers et les rédacteurs de son discours ? Des emplois à durée indéterminée (CDI), des emplois à durée déterminée (CDD) ou temporaires ? Combien de sociétés créatrices d’emplois se sont installées au Congo-Brazzaville ces cinq dernières années ? Dans quels secteurs économiques ces supposés emplois ont été créés ? La fonction publique ? La forêt ? Les mines ? Le bâtiment ? L’agro-industrie ? La pêche ? Le pétrole ? Une économie de rente n’est pas créatrice d’emploi. Au Congo-Brazzaville, 89 % du PIB vient du pétrole et seulement 11 % des autres secteurs économiques. Aussi, comment peut-on parler d’amélioration du chômage dans un pays où l’État en tant que principal employeur ne recrute plus sinon les enfants des membres de la nomenklatura.

Grands travaux, grand chômage

La politique des grands travaux engagée par Sassou Nguesso, Jean-Jacques Bouya et les agents du chemin d’avenir dans le cadre de la « municipalisation accélérée », dont les entreprises chinoises du BTP se taillent d’ailleurs la part du lion avec une main-d’œuvre « made in china » et les entreprises de BTP créées de toute pièce par les proches du clan présidentiel, abandonnant des chantiers entiers inachevés sans risques de poursuites judiciaires, ne crée pas assez d’emplois pour endiguer le flot de chômeurs qui courent les rues de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Nkayi, Kinkala, Mbanza Nganga, Mbomo, Sibiti, Djambala, Ouesso, Impfondo et Owando.

Le taux de chômage, parlons-en. Sassou n’est pas à son premier bluff, il est coutumier du fait. C’est un récidiviste du mensonge. En effet, déjà en 2013, les chiffres du chômage de Sassou Nguesso de 6 % ne correspondaient ni à ceux de l’Office national de l’emploi et de la main-d’œuvre (ONEMO) qui tournaient autour de 34,2 % en 2011 pour la tranche d’âge de 25-35 ans, ni à ceux du centre national de la statistique et des études économiques (CNSEE). Et, encore moins à ceux du RDPH fixés à 54 %. En tout état de cause, la vérité du chômage au Congo-Brazzaville oscille entre les deux statistiques (Mwinda.org, « Mur de scepticisme sur le chômage et la pauvreté », 18 septembre 2013) .

Sur un sujet aussi sérieux et aussi préoccupant pour les populations du Congo-Brazzaville, s’adressant devant la représentation nationale, Sassou n’hésite nullement à faire usage des approximations. C’est la preuve du très peu d’intérêt du phénomène de l’emploi dans le cœur de Sassou. Sassou parle d’une progression de l’emploi de 6,5% à 10,3%, mais omet à dessein d’apporter exactement la précision : combien d’emplois avaient été créées et combien ont été détruits. Et puis quelles sont les sources d’information de Sassou, ses conseillers et ses rédacteurs ? Sassou déclame une réduction du taux de chômage ; mais oublie d’indiquer dans quelle proportion. On est parti de quel pourcentage pour arriver au taux de 10% ? Et quelle crédit accorder aux sources de Sassou dans un pays où des statistiques sont fantaisistes au point que la Banque Mondiale a proposé ses services au Congo-Brazzaville dans le domaine de la statistique ? Contrairement aux chiffres de Sassou, le vrai taux de chômage au Congo-Brazzaville oscille entre 42% et 53% selon les données de la BAD et de l’OCDE (Congo-liberty.com, 14 août 2014). Où en est la promesse de Sassou de création de 40 000 emplois par an ?

Retour au village

Toutefois, ce serment de Sassou devant les parlementaires ne devrait pas faire oublier la réalité de l’inflation et de l’emploi du Congo-Brazzaville tenu par une caste de galonnés qui a réussi de faire de ce petit émirat d’Afrique centrale un pays où les populations végètent dans la misère alors que les ressources naturelles de son sous-sol lui réservaient un tout autre destin. Sur le front de l’inflation comme sur celui de l’emploi, plus pessimistes qu’hier, plus sombres qu’avant-hier et plus qu’inquiétantes demain, les politiques économiques conduites par l’administration Sassou renforcent le constat que Sassou, le PCT et les épigones de la « nouvelle espérance » hier et du « chemin d’avenir » aujourd’hui ont clairement et lamentablement échoué. Plutôt que de détourner le regard, de se voiler la face, de falsifier les données économiques, Sassou devrait sortir de sa tour d’ivoire d’affronter la réalité et déployer toutes les énergies pour améliorer les statistiques de l’inflation et de l’emploi. Aussi, plus pragmatiquement, Sassou devrait prendre exemple sur Cincinnatus, ce général romain qui préféra quitter le pouvoir pour retourner à ses champs et à ses charrues. Les vaches, les oies, les autruches et les chevaux d’Oyo l’attendent.

Benjamin BILOMBOT BITADYS