L’album tant attendu de Youss Banda enfin dans les bacs.
Une vraie résurrection ! Les fauteurs de guerre en prennent pour leur grade.

13 titres, des coups de gueule, de la voix, de l’humour, des messages de paix , d’amour, un clin d’œil aux femmes ,tout ça dans un style musical bien saccadé et vous obtenez du Youss authentique. C’est du moins ce qui ressort de son nouvel album . Un premier opus pour cet artiste-griot qui, aujourd’hui, a évolué vers une musique plus élaborée, avec des thèmes plus diversifiés.

Messager de la paix

Déjà, en 1992, son 1er titre, « Mfumu na mfumu zeka nuana » avait fait un tabac. Le morceau avait fait un record d’audience sur radio-congo, la chaîne nationale. Invité à l’anniversaire du président Lissouba, il avait fait vibrer le palais présidentiel. Dans un pays qui tendait encore une fois vers la guerre civile, son courage et la pertinence de son message forçaient l’admiration. Et pour cause, il ironisait sur les hommes politiques, auteurs des massacres perpétrés déjà au Congo en 1993 et les invitaient à prendre eux-mêmes les armes au lieu d’envoyer des jeunes se tuer au front. Un message fort pour dénoncer et démasquer les enjeux et les intérêts politiques qu’entourait la création des milices privées au Congo. Un griot illuminé, un chanteur à textes percutants était né. Nous étions nombreux à cette époque à prier le ciel pour que le message de Youss soit entendu par tous, surtout par la jeunesse congolaise et les politiciens afin qu’ils enterrent la hache de guerre. C’était sans compter sur l’avidité de certains inconditionnels du pouvoir au Congo. Dieu seul sait malheureusement combien de victimes innocentes la guerre de 1997 à 1999 avait encore faites. Le combat de Youss pour la paix ne s’est pourtant pas arrêté là. Celui qu’on avait cru mort pendant la guerre revient sur la scène musicale avec un cd très attendu intitulé « La résurrection », comme pour dire qu’il a survécu à tout ce qui pouvait lui arriver avant, pendant ou après la guerre. Mais Youss affirme aussi que c’est pour dire à ceux qui ont exploité ses œuvres sans autorisation qu’il est bel et bien en vie. Il reprend avec beaucoup de finesse « Malari meka ah ». Le cd comporte 12 nouvelles compositions dont le titre-phare est « Yebela ». Ceux qui ont assisté au Forum économique organisé l’an dernier à Paris par Christel Sassou s’en souviendront. La prestation avait été applaudie et le public en avait redemandé. Encore une fois, Youss avait réussi à être égal à lui-même. A chaque concert, à la moindre prestation, la même détermination, la même générosité envers le public. Il y a aussi la même fougue de cracher à la face du monde tout ce à quoi il ne croit plus. Toutes ces choses qui ne vont pas dans son pays le Congo ou dans le monde en général. Il en parle avec des mots si simples mais tellement profonds dans « Si tu savais ». En un mot, Youss n’a rien perdu de son franc-parler. Il y a deux façons de faire de la musique, soit on chante pour oublier les problèmes de la société, soit on chante pour les dénoncer. Youss a fait le deuxième choix et malgré les inimitiés que cela lui cause, il continue son bonhomme de chemin.

Côté inspiration

Malgré son long séjour en France, l’homme n’a pas changé, comme un tronc d’arbre qui ne se laisse pas transformer en caïman après avoir séjourné dans l’eau. Son style est resté intact comme pour dire que ses convictions sont intouchables. Ses thèmes de prédilection restent la paix, l’amour, la femme mais sur ce cd il revient en acoustique sur la disparition d’un grand nom de la musique congolaise dans « hommage à Rapha boundzéki ». Pétri d’inspiration et d’énergie, Youss est donc un artiste inclassable. Il nous étonne avec « mimoya », son premier essai de salsa interprété dans un espagnol si limpide qu’on se demande s’il a séjourné au pays de Fidel Castro. « Voyager c’est grandir et découvrir », dit-il et sur cet album on voit bien que ses nombreux voyages et tournées lui ont apporté une ouverture vers d’autres thèmes et styles musicaux. L’espoir est donc permis de croire que Youss peut se faire une place dans la world-music. Son engagement n’étant pas loin de celui de Chiken Jah Fakoly, Alpha Blondy et tous les grands noms qui luttent pour de grandes causes. Il suffirait à Youss de ne pas limiter son message au public congolais. Ce qui lui donnerait une touche universelle et accessible à tous. Ainsi, le Congo gagnerait beaucoup en mettant en valeur des musiciens comme lui au lieu de les pousser à l’exil. « Je n’ai jamais autant aimé mon pays depuis que je suis à l’étranger » : c’est en ces termes qu’il exprime son amour du pays natal et son désir d’aller à la rencontre de ses fans du Congo.

Dommage que cet élan de patriotisme soit mal perçu. Faire participer Youss au prochain Fespam serait une bonne initiative qui va dans le sens du chemin dit d’avenir, nouvelle trouvaille du gouvernement congolais.

Mwana Kongo