Après la période coloniale où les sociétés concessionnaires avaient le monopole industriel, le Congo n’a pas repris le témoin. Suite à l’expérience transitoire nationale de Sotexco, Cidolou, usine de Bétou, de Mokalou, (sous Massamba-Débat), aujourd’hui, le Congo a du mal à comprendre le rôle clef des petites et moyennes entreprises privées de croissance dans l’économie.

L’Histoire économique et industrielle du Congo s’est construite depuis la colonisation autour des grandes structures publiques et privées. Les structures privées étaient organisées autour des compagnies concessionnaires (CCSO, SCKN, CFAO, SOSUNIARI...). Cela correspondait au ferment idéologique dominant et au sentiment national du colon qui n’avait aucun intérêt à l’éclosion des petites entreprises qui pouvaient lui tenir la dragée haute par l’entremise de la concurrence. Aujourd’hui, le Congo a du mal à comprendre le rôle clef des petites et moyennes entreprises de croissance dans l’économie. Les sociétés ivoirienne, tunisienne, malienne et marocaine en ont fait leur cheval de bataille pour l‘emploi et, les résultats sont louables et enviables. Pourtant, le Congo vit maintenant depuis une vingtaine d’années une expérience de libéralisation économique, édictée par la communauté financière internationale dans le contexte des PAS, qui devrait faciliter le réveil de l’esprit d’entreprise.

Après les années fastes d’entre deux chocs pétroliers marquées par le changement à la hausse du taux de change du dollar et la conception et l’exécution de projets grandioses, la décennie 90 a été celle d’une double crise sociale et économique suite à l’effondrement des cours mondiaux des matières premières dont dépendent ses recettes d’exportation. Cette double crise est à l’origine de la progression de la valeur PME dans la société congolaise. C’est le triomphe de la micro entreprise individuelle étayée par les deux atouts essentiels des petites structures : la proximité sociale et la flexibilité.

La crise des années 80, 90 et 2000 a mis en exergue, au Congo, la recherche de davantage d’autonomie, d’authenticité et d’un autre mode de relations sociales. Les maîtres mots sont devenus travail, qualité relationnelle et motivation. Or, le besoin de proximité sociale et de reconnaissance des employés trouvent plus facilement du répondant dans les petites structures que dans les mammouth. La chute des cours du pétrole et des autres matières premières a engagé le Congo dans une crise dont son système économique ne s’est pas encore sorti. La hausse des prix des matières premières relative à la montée en puissance de la Chine et de l’Inde n’a, malheureusement, pas renversé la tendance. Baisse de la croissance réelle, faillite des es grandes entreprises et hausse du chômage sont en permanence au rendez-vous. Le caractère peu flexible des grandes structures s’est traduit par une avalanche de licenciement des travailleurs, de liquidation et dissolution des entreprises publiques fortement rigides. Pendant ce temps, les PME, plus adaptables et plus flexibles, ont mieux résisté au séisme économique qui affecte de plein fouet le Congo. Comme quoi, on adapte plus facilement une petite entreprise qu’un mastodonte énormément hiérarchisé, tels Hydro Congo ; BCC, ONLP... Ce constat majeur de gestion des entreprises est aussi celui des grands groupes eux-mêmes à travers le monde qui s’organisent aujourd’hui en une multitude de petites structures (filiales de multinationales). Par ailleurs, le rôle sans cesse grandissant des activités de services dans le système économique congolais a participé très largement et très activement au renforcement de l’impact des PME dans une économie congolaise vacillante. Plus de 50 % des entreprises créées au Congo ces cinq dernières années prêtent leur talent et exercent leur savoir-faire dans les activités de services.

Le XXIè siècle va amplifier davantage les mutations et les changements structurels qui seyent à l’économie congolaise. La mondialisation de l’économie va s’accentuer, le métier de l’entreprise va être déterminant et capital dans le gain des parts de marché et dans la capacité de la conservation de celles-ci. Le vent de reprise économique ne peut souffler sur l’économie congolaise que si les pouvoirs publics et les institutions internationales accordent une place de choix aux Petites et Moyennes Entreprises, moins rigides et plus flexibles.

Benjamin BILOMBOT BITADYS