Monstre à plusieurs têtes, l’Opposition congolaise ne gagnera le combat que lorsque les leaders politiques de la diaspora cesseront de se comporter comme des « chargeurs » de bus, ces prolétaires qui se disputent le client dans les gares routières, et lorsque Mme Claudine Munari, Kimpa Vita contemporaine, guérira de sa « surdité politique »

Le spectacle auquel se livrent les leaders politiques de toutes les oppositions congolaises est, à la fois, révoltant et ahurissant. Révoltant parce qu’on n’y voit se dessiner aucune stratégie. Ahurissant, parce que plus le régime dérive, moins les opposants bougent.

Ca donne l’impression que les Congolais, malgré la pléthore des intellectuels, manquent de cadres politiques. Nombre de ces cadres politiques sont sortis de la grande école du Pct, seul espace ayant pignon sur rue quant à la formation, ce, depuis quatre décennies. Désormais, enfant rebelles, ils combattent leurs maitres, adulés hier.

Pour n’avoir pas pu empêcher Denis Sassou Nguesso d’organiser le referendum d’octobre 2015, et l’élection présidentielle anticipée du 20 mars 2016, les adversaires du dictateur ont fait sortir de ses gongs l’écrivain congolais Alain Mabanckou. L’homme des Lettres qualifia la classe politique congolaise « d’opposition la plus bête du monde ». Bête et méchante. Pensez que l’Opposition de notre pays a jeté les électeurs en pâture aux chiens de la République de Mpila. Les chefs des partis ont abandonné, sans vergogne, la population dans la rue. Alors que c’est eux qui avaient appelé à une marche pacifique dans tout le pays. Chiens perdus sans collier, les Congolais ont payé un lourd tribut.

Plusieurs années après et à quelques deux ans seulement de la prochaine élection présidentielle qui, selon le calendrier politique de Denis Sassou Nguesso, aura lieu en 2021, l’opposition congolaise n’est toujours pas organisée. Elle est plurielle et chacun veut s’affirmer et gagner seul.

Ils veulent rassembler ; mais refusent pourtant de se rassembler

Dans la diaspora et au pays, chaque leader politique qui se réclame de l’opposition, se dit « grand rassembleur ». Chacun veut rassembler les Congolais autour de lui, pourtant, ils ne manifestent aucun esprit d’équipe. On compte plusieurs oppositions politiques dont : la « Fédération de l’opposition congolaise », dirigée par Claudine Munari, qui continue à prendre Denis Sassou Nguesso pour un usurpateur, malgré le temps qui passe et le fait que ce dernier va vers la fin de son mandat de cinq ans ; le « Collectif des partis de l’opposition » dont le leader est Matthias Ndzon, qui, lui, reconnait Denis Sassou Nguesso comme « président de fait  » ; les « partis de l’opposition congolaise » dont le président, Pascal Tsaty-Mabiala, a été nommé par le gouvernement, et placé sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. Ces partis cooptés par ceux qu’ils sont censés combattre, reconnaissent la réélection de Denis Sassou Nguesso.

Mais, malheureusement c’est dans la diaspora que semble se situer le ventre mou de la résistance au régime de Sassou.
Même lorsque le bon sens appelle à l’unité pour chercher ensemble les solutions à la crise multidimensionnelle qu’il connait, chacun continue de jouer solo.
Certains leaders veulent d’une conférence internationale sur le Congo qui doit se tenir sous l’égide de la communauté internationale, d’autres, d’une conférence nationale bis ; d’autres encore d’un dialogue.
Le représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu pour l’Afrique centrale et chef du Bureau régional des Nations unies pour l’Afrique centrale, François Louceny Fall, qui a séjourné à Brazzaville en février dernier, a déjà manifesté le soutien des Nations unies au Conseil national du dialogue du Congo, organe constitutionnel présidé par Martin Mberi.

Objet

Dans cet article, nous allons nous intéresser aux leaders politiques qui sont dans la diaspora et à la Fédération de l’opposition congolaise que dirige Claudine Munari. Pour elle, Denis Sassou Nguesso comme un usurpateur. Sa victoire à l’élection présidentielle anticipée du 26 mars 2016, il l’a volée aux Congolais.

Nous sommes convaincu, par ailleurs, que cette opposition congolaise ne gagnera que lorsque les leaders politiques de la diaspora cesseront de se comporter comme des rabatteurs, au Congo, et que Mme Claudine Munari guérira de sa surdité politique.

Comme des chargeurs de bus

L’image qui convient pour parler des leaders politiques de la diaspora est, à notre avis, celle que l’on voit dans les arrêts de bus des grandes villes du Congo où grouillent les rabatteurs, ce prolétariat en guénilles. En effet, à défaut de panneaux qui indiquent les destinations des bus, les usagers ne savent jamais à quel saint se vouer. C’est à un spectacle assourdissant que l’on assiste dans les arrêts de bus. A vrai dire, les chargeurs ou rabatteurs des bus manquent de méthode. Ils courent derrière chaque bus dans une incroyable bousculade où les clients sont pris en sandwiche. Pour se faire de la monnaie, c’est à qui chargera le plus rapidement un bus. C’est du travail informel. Les stratégies divergent. Pour avoir gain de cause, certains vantent la marque du bus ; d’autres promettent aux clients potentiels une musique de qualité pour les décider de monter dans le véhicule. Finalement, tout étant sens dessus dessous, il y a confusion des destinations. Les usagers montent dans des bus qui ne vont pas dans les directions désirées.
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Il va des chargeurs de bus comme des leaders politiques congolais : on se fiche de qui va où, pourvu que le véhicule soit plein.

Chaines numériques

Le terrain de jeu des leaders politiques de la diaspora, semble être les chaines de télévision numérique créées par les Congolais. C’est notamment sur la chaine animée par Jean Lewis depuis Chicago, aux Etats-Unis, dans son émission du dimanche, que les leaders de la diaspora, livrent leurs spectacles. Des spectacles qui, à dire vrai, ne sont pas très loin de ceux que livrent les rabatteurs de bus, au Congo.

Mme Claudine Munari doit guérir sa « surdité politique »

Lorsqu’on analyse les déclarations, les projets de sociétés ou les solutions que les leaders politiques de la diaspora proposent sur les chaines de télévision sont montées dans la diaspora, et les raisons qui ont poussé certains cadres politiques de la diaspora à créer un Comité national pour la libération du Congo et un gouvernement, il est facile de comprendre que ces cadres veulent tout simplement faire la politique pour la politique. Et, pour cela, ils cherchent, en vain, un espace d’expression, d’apprentissage ou d’affirmation.

Voilà pourquoi leurs différentes sorties médiatiques prennent les allures d’une compétition comme chez les chargeurs de bus au Congo, désorientant les usagers. Ils ne sont pas intégrés dans des grands espaces politiques déjà existants, par exemple la Fédération de l’opposition congolaise.

Héros kafkaïen tambourinant sur le seuil, ils ont l’impression que les portes de cette institution leur sont hermétiquement fermées. Au bord de la déprime, ils viennent se défouler sur des chaines de télévision. Pourtant, leurs discours sont bons et les stratégies qu’ils proposent peuvent aider la vraie opposition congolaise à se remettre debout et à redonner l’espoir aux Congolais. Mais comme chez les rabatteurs, ils manquent de tactique.

La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux

Nous avons toujours pensé à cette parabole de Jésus lorsqu’il disait à ses disciples que : « La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux  ». Car, cette image permet de légitimer notre projet de voir l’opposition congolaise s’organiser dans deux institutions principales ; à savoir : un organe législatif et un organe exécutif. La Fédération de l’opposition congolaise ne gagnera la confiance des Congolais, que lorsqu’elle regroupera en son sein tous les leaders qui sont au pays et dans la diaspora.

Il ne devrait pas avoir de concurrence entre les leaders politiques qui sont au pays et ceux qui sont dans la diaspora. Et, c’est dans l’organe législatif créé à partir du principe un « siège et une voix » que devront être organisés, désormais, tous les débats politiques qui se mènent dans le pays et à l’opposition. Cet organe pourra aider l’opposition congolaise de choisir le concept qui convient : Conférence internationale sur le Congo, Conférence nationale bis ou Dialogue national. Tout comme aussi, il pourra l’aider à rédiger un Mémorandum de l’opposition, et servir de creuset à des acteurs politiques de notre pays.

Quant à l’organe exécutif, comme l’indiquent son appellation et les missions fondamentales qui sont confiées à une telle institution, il ne pourra qu’appliquer ce qui sera décidé au sein de l’organe législatif.

Mais, pour qu’on en arrive à la création de ces deux institutions, il faudra que les leaders politiques de la diaspora cessent de se comporter comme dans une gare routière au Congo, et que Mme Claudine Munari consulte un spécialiste Orl (Oto-rhino-laryngologiste). Le champ politique congolais est grand. Chaque leader politique y a place. Comme un voyageur qui veut aller loin, il suffit de bien s’organiser c’est-à-dire de ménager sa monture c’est-à-dire d’élaborer un bon plan de circulation des bus.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain