Le caporal-chef Ferdinand Masson : Arlésienne ou marque déposée d’une société anonyme mbochi dans le but de terroriser le pouvoir ? Espèce de mouvement de libération ou SARL à but politique lucratif dans laquelle participent des actionnaires civils et militaires ? Etant donné la conjoncture de rupture, la firme nordique fera-t-elle faillite ou va-t-elle prospérer ?

Qu’est-ce qui se trame dans la « sassousphère » en cette période dite de vaches maigres ?

La semaine du 3 mars qui vient de s’écouler a été, entre autres faits saillants, marquée au Congo Brazzaville et dans la diaspora congolaise, par la diffusion d’une bande sonore qu’un certain caporal-chef Ferdinand Masson a mise en ligne, notamment sur WhatsApp et Facebook.

Dans ce document audio qui est en lingala et dont l’accent mbochi est très perceptible, ce sous-officier avait appelé les habitants des quartiers nord de Brazzaville à la désobéissance civile pour le samedi 10 mars 2018.

Pourtant, les Congolais qui suivent l’actualité politique de leur pays savent qu’à cette date du 10 mars, Sassou Nguesso n’était pas à Brazzaville.

En effet, depuis quelques années, l’homme a pris l’habitude d’aller à Oyo, en compagnie des membres de sa famille.
Mais il est aussi accompagné de tous le personnel politique, administratif et militaire de la majorité, pour honorer les morts de sa famille, particulièrement sa fille Édith Lucie Bongo Ondimba.
Soit dit en passant, cette manifestation qui pourtant s’inscrit dans ce cadre privé avait un caractère national. Peut-être que l’Assemblée Nationale devrait voter une loi érigeant cette date en une journée nationale qui sera chômée et payée. Ca serait plus cohérent. Passons.

Caporal-chef Ferdinand Masson : un personnage controversé

Cependant, la presse qui a commenté le message du caporal-chef Ferdinand Masson et peint l’attitude des Congolais devant cet appel qui n’a pas été suivi, a été très divisée.

Si la première opinion pense que le caporal-chef Ferdinand Masson a eu le mérite de tourner en bourrique le pouvoir de Brazzaville, son message a démontré que la citadelle de Mpila n’est pas imprenable. Il suffit d’oser : il suffit de plusieurs coups de boutoir.

Mais, ce message a aussi poussé le pouvoir à tenir une réunion de crise, afin de définir les stratégies devant neutraliser celui dont la menace a finalement été prise au sérieux alors qu’ au début il était qualifié de « plaisantin ».

2000 flics avaient été déversés dans les quartiers nord de Brazzaville pour les seules journées de vendredi 9, samedi 10 et dimanche 11 mars 2018. Ne parlant pas des troupes mobiles de la police qui avaient été mises en mouvement dans toute la ville.

On parle d’une somme de 155 millions de Francs Cfa qui aurait été décaissée et repartie entre la direction générale de la police nationale, la direction départementale de la police de Brazzaville, le commissariat central de Brazzaville et la direction du renseignement militaire, afin de mener à bien l’opération visant à neutraliser le l’empêcheur de tourner en rond, le caporal-chef Ferdinand Masson. Mais, en vain. Le caporal n’a été ni identifié ni localisé.

Mais, on apprend que pour sauver son honneur et montrer qu’ils travaillent bien, les services de renseignements auraient mis la main sur quelqu’un que l’on présenterait comme étant le caporal-chef Masson. Un présumé coupable portant un nom à résonnance kongo.

La deuxième opinion , défendue, entre autres analystes, par Benjamin Bilombot Bitadys, dans son article « La révolte de Ngamakosso n’aura pas lieu » fait état de l’échec de cet appel au soulèvement populaire.

Benjamin Bilombot Bitadys pense que l’échec de cet appel à la désobéissance viendrait d’une erreur tactique et des lacunes dans la communication.

Mais, Benjamin Bilombot Bitadys dit aussi que c’est parce que « Les populations des périphéries nord de Brazzaville sont convaincues qu’elles auraient tout à perdre si Sassou devait être chassé du pouvoir.  »

Le caporal-chef Ferdinand Masson une invention mbochi pour se faire peur ?

Pourtant, une hypothèse est formulable sur la base des informations glanées : le caporal-chef Ferdinand Masson est un label sous lequel se cachent et opèrent des cadres civils et militaires originaires de la partie septentrionale du pays : les Mbochi. Ils veulent en découdre définitivement avec Sassou Nguesso dans une forme d’OPA (offre publique d’achat)

Effectivement, un train pouvant en cacher un autre, en grattant autour et à l’intérieur de ce qui ne semblerait être qu’ un concept de combat et qui est dénommé « caporal-chef Ferdinand Masson  » se dissimuleraient plusieurs « Ferdinand Masson  ». Certains, seraient des cadres militaires, et d’autres, des cadres civils. Mais, tous seraient originaires de la partie nord du pays.

D’ailleurs, le message du caporal-chef Ferdinand Masson est clair à ce propos. Le combat qu’il engage contre Sassou Nguesso et les membres de son clan ne concerne pas les Bakongo. Il concerne les Mbochi, concept des ressortissants de la partie septentrionale du pays.
Car, c’est avec ces populations des Hauts du Congo que Denis Sassou Nguesso vient de rompre le pacte de confiance.

Pour avoir été victimes de toutes les politiques, les Bakongo n’aiment pas Denis Sassou Nguesso. Les quelques cadres originaires du sud du pays qui le servent sont des « intellectuels avec attaches  » des « intellectuels organiques ».

Ferdinand Masson ne compte pas sur les quartiers nord de Brazzaville . Croire cela, renvient à ne pas avoir bien lu les filigranes de son message.

Ferdinand Masson, originaire du nord, sait très bien que «  les populations des périphéries nord de Brazzaville sont convaincues qu’elles auraient tout à perdre si Sassou devait être chassé du pouvoir. »

Son message s’adresse en réalité à tous ceux qui ont été sevrés prématurément par le pouvoir à travers les assassinats de leurs « grands  ».
Ceux qui pendant le monopartisme ont été les piliers du pouvoir de Sassou Nguesso ont tous trinqué. Ceux qui, en 1997, ont combattu pour ramener Sassou Nguesso au pouvoir ont été remerciés en monnaie de singe : soit assassinés par ce même Sassou Nguesso, soit disgraciés.

Cet appel concernerait donc les « petits  » des généraux Blaise Adoua, Emmanuel Avoukou, Jean Marie Michel Mokoko et Norbert Dabira, ainsi que ceux du colonel Marcel Ntsourou. Ceux du Front 400 qu’avait dirigé André Okombi Salissa pendant la guerre du 5 juin 1997, seraient eux aussi, concernés.

Bref, Ferdinand Masson veut rassembler tous ces « petits » devenus orphelins « grâce » à Sassou Nguesso. Ils seraient très nombreux.
Ferdinand Masson remonteraient jusqu’aux parents de Marien Ngouabi (dont on a commémore la mort ce mois mars), ceux d’Yves Motando en passant par ceux du capitaine Pierre Anga, tué dans le maquis d’Ikonongo, dans la région de la Cuvette.

C’est donc à partir de ces « déracinés du capital pétrole », ces « damnés de la guerre du 5 juin » que l’entreprise Ferdinand Masson veut constituer sa base.

Et, contrairement à ce qu’a écrit Benjamin Bilombot Bitadys, le message est bien reçu. Il y aura un retour sur investissement. Les « Ferdinand Masson  » ont commencé à frapper.

En ce début de weekend end, Masson a diffusé un autre message audio postérieur au 10 mars où il dit au clan qu’il ne perd rien pour attendre.
La villa de Claudia a été visitée par des inconnus malgré la nombreuse garde autour de cette résidence secondaire.

Braquages, attaques armées, actes de terroristes risquent d’être le mode opératoire

N’étant qu’un label, le caporal-chef Ferdinand Masson pourra frapper dans plusieurs endroits et au même moment pour prouver sa capacité de nuire.
D’ailleurs, Il faudra craindre aussi qu’il ait des adeptes dans la diaspora congolaise qui pourront aussi bien signer ou revendiquer leurs actes sous le nom de caporal-chef Ferdinand Masson.

Sous le prétexte des érosions qui menacent les quartiers de Simba pelle et Ngamakosso au nord de Brazzaville et, des salaires et pensions impayés, les cadres du nord veulent à travers les braquages, les attaques armées et les actes de terrorisme à venir, contraindre Sassou Nguesso d’arrêter les audits et les arrestations des cadres civils et militaires originaires du nord.

Le concept de « caporal-chef Ferdinand Masson » est la représentation d’une guerre entre les cadres civils et militaires nordistes et le pouvoir clanique de Denis Sassou Nguesso.

Mais, à l’image d’Abou Nidal alias Sabri Khalil al-Banna, le fondateur du Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR), un mouvement palestinien dissident au sein de l’organisation de libération de la Palestine OLP qui avait fini par agir sous sa propre bannière, il serait très difficile pour les autorités congolaises d’identifier ou de localiser le « caporal-chef Ferdinand Masson ». Non parce que ce n’est qu’un label, mais aussi parce qu’au sein du pouvoir il y aurait plusieurs « Ferdinand Masson  ». Nul ne saurait identifier un ennemi de l’intérieur qui est partout et nulle part. L’entreprise Masson va se diversifier. La maison-mère va faire des petits. On parlera de la « Société Masson, père et fils. »

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain