Lorsqu’on a échoué sur le terrain de la dure réalité, la mode est de passer à l’écriture. On a des réalisations de papier. On s’en gargarise.

Jean-Jacques Bouya, ministre de Sassou Nguesso, en charge de l’Aménagement, l’Equipement du Territoire et des Grands travaux, mais aussi grand voleur de la république du Congo, a publié récemment, aux éditions Midi, un livre très volumineux de 516 pages dont le titre est « Discours sur un Congo en chantier »
Jacques qui n’est pas fataliste pour le moins, se mire comme Narcisse, dans ses travaux de papier.

Ceux qui l’ont lu, en l’occurrence Sylvain Maniongui, Jean Bruno Itoua, ministre de l’Enseignement supérieur, et Bellarmin Iloki tentent d’édifier les Congolais dans une recension faite par Sylvain Maniongui dans le journal en ligne du Groupe Congo Media.
D’entrée de jeu, Sylvain Maniongui rapporte que le livre retrace «  le parcours de l’innovation d’un Etat qui a choisi la voie du développement en se focalisant sur la réalisation des grands travaux.  » Quel oxymore : de grands travaux qui n’apportent ni l’eau ni l’électricité dans les ménages !

Maniongui précise que cet ouvrage est aussi un « assemblage de près de quatre-vingt-quinze (95) discours extraits des différentes cérémonies de lancement des travaux et inauguration  ». Un vrai journal officiel écrit en langue de bois !

Le deuxième lecteur, le ministre de l’Enseignement supérieur, Jean Bruno Itoua, lui, souligne les motivations et les mérites de l’auteur. « Il restitue la trame de l’édification de la république du Congo en chantier, et reflète l’orientation de la politique gouvernementale sur deux septennats. Un parcours que Jean Jacques Bouya a écrit pour continuer à expliquer le processus d’équipement du pays en infrastructures essentielles, tel qu’inspiré et piloté par le président de la république. Ce dans le but d’éclairer l’opinion sur la complexité, la faisabilité, le financement et la réalisation des différents chantiers entrepris par la Délégation générale aux grands travaux depuis 2003. Un ouvrage qui retrace le parcours de l’innovation du président Denis Sassou Nguesso ».

Pourtant, Jean Bruno Itoua ne fait pas la remarque sur la disparition des fonds qui avaient été destinés à la construction d’une route et qui ont fini dans une poche. Solidarité entre voleurs oblige !

Le troisième lecteur, Bellarmin Iloki, lui, fait la critique littéraire et ressort la qualité de ce livre : c’est « une écriture au carrefour d’une double quête : quête de la transcendance et de la suspension du temps passé par le souvenir. Quête de la transcription du temps présent très Friant par une écriture de l’instant ». Or il n’est question d’assemblage de discours et un roman photo puisqu’il est illustré !
Néanmoins, Jean Jacques Bouya rend perplexes et révolte les Congolais lorsqu’il les renvoie « revisiter l’ensemble des réalisations entreprises par le Président autour des années 2003 avec son programme dénommé La Nouvelle Esperance. Ensuite, l’affermissement d’une démarche qui vient avec l’objectif d’insuffler une nouvelle dynamique de développements à travers Le Chemin d’Avenir. Au-delà des chantiers, enfin qui a permis la réalisation de plusieurs travaux, dotant ainsi le pays en infrastructures variées  » Autant d’éléphants blancs.
Or, pour les Congolais, « La Nouvelle Esperance » et « Le Chemin d’Avenir  » sont des projets de société creux qui ne leur ont laissé que des dettes, des cauchemars et des mauvais souvenirs. Leur seul absurde mérite ? Ils ont permis à Jean Jacques Bouya, Bruno Itoua, Henri Djombo, Gilbert Ondongo, Didier Elongo, Rigobert Maboundou, Christel Denis Sassou Nguesso Denis Ngokana, et d’autres grands voleurs de s’enrichir de plus bel.

Bouya se perd entre la bouillabaisse d’Oyo

Le ministre Jean-Jacques Bouya a toujours utilisé de grands mots pour épater les Congolais. Son lexique de la gestion des grands travaux est plein de substantifs savants qui ne disent pas grand-chose. On y trouve par exemple, des amphigouris comme « boulevards énergétiques  » pour parler de quelques pylônes qui soutiennent les lignes de haute tension, des hyperboles telles « route lourde  » pour faire allusion à une piste goudronnée. Il craint de parler d’autoroute. Mais, une expression revient souvent dans tous ce corpus autocongratulant. Il s’agit de « base », de « fondement du développement », sans que le sujet du discours ne définisse la notion de développement chère aux économistes.

Nous avouons ne pas avoir lu ce livre de propagande typique de l’Union soviétique ou de la Corée de Kim Il Sung. Peur de migraines et d’abrutissement intellectuel.
Mais aussi parce que nous n’avons jamais été d’accord avec toutes les politiques de développement menées par Sassou Nguesso et son clone Jean Jacques Bouya.
Commençons par le plan quinquennal. Sassou Nguesso avait fait construire des routes qui n’avaient pas été accompagnées par d’autres projets devant les rentabiliser. Conséquences : toutes les routes avaient disparu sans être utilisées. Il a fallu en construire d’autres qui ne sont toujours pas aussi productives. Or le terminus d’une route doit être par exemple : une exploitation agricole, forestière ou minière ou encore un projet touristique. Une route doit aboutir à un grand projet. Mais, ce n’est pas le cas pour Sassou Nguesso avec ses chemins sans avenir.

Les villages agricoles. Le projet n’a pas été précédé par la publication d’une cartographie agricole, et l’élaboration d’une politique d’intéressement des jeunes à l’agriculture qui, elle-même, appelle une politique d’accompagnement des jeunes dans une ruée vers la campagne. A-t-on pensé à la décentralisation et l’installation des agences de location des engins agricoles et de la vente des semences dans chaque sous-préfecture ? Niet.

Beaucoup de projets isolés et de dysfonctionnements qui font que toutes les politiques de Sassou Nguesso échouent lamentablement, depuis quarante ans de sorte que le pays est dans un éternel recommencement .

Etude des mots

Mais, pour les Congolais le livre de Jean-Jacques Bouya n’est qu’une véritable bouillon d’inculture, une « bouyabaise  ».
C’est dans notre ouvrage, L’Inforoman, suivi de Quand la rue s’en mêle…, (recueil de nouvelles), Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis, Québec, 2017, 300 pages, notamment dans la nouvelle titrée « Ba fwabissalu » que nous parlons de la « bouyabaisse », la « bouyabaisse » et la « bouyabaise  ».

La « bouyabaisse » Ne pas confondre avec la bouillabaisse, un mets provençal, en France, préparé à base de poissons cuits dans un bouillon aromatisé. Elle peut être aussi assaisonnée avec de l’ail, de l’huile d’olive ou du safran.

La « bouyabaisse », c’est un tout. Dans le domaine des grands travaux, elle désigne une pratique qui consiste à gonfler les factures d’un projet ou à réduire les dimensions d’un ouvrage tout en gardant son coût total. Parler des boulevards énergétiques à la place des lignes de haute tension, pour impressionner les populations de Kita-mata. Dans le business, il s’agit d’acheter avec les fonds publics des villas et des hôtels à l’étranger, notamment en Chine et au Maroc, pour les revendre aux membres du clan présidentiel.

Dans la sapologie, elle consiste à être kish pensant être chic ; s’accoutrer de fripes croyant porter du neuf japonais, des nippes pour du nippon.
Mais, il y a aussi la bouyabaise que ni les académiciens de la langue Kita-mata ni la rue, n’ont pas encore définie en raison de la connotation libidinale.
Des jeunes malintentionnés et impudiques de Kita-mata, commençaient à mal la définir. Ils la définissent comme étant la chorégraphie d’un certain Jean Camille Abouya-Bouya-Ngo lorsqu’il se trouve dans « des endroits calmes.  »

Lancement des travaux et inauguration : tout cela n’existe plus ailleurs

Au Congo, toujours dans le cadre de la Bouyabaisse, les cérémonies de lancement des travaux et celles d’inauguration coutent le même prix que l’ouvrage inauguré. Rien que la tente qui abrite les officiels durant la cérémonie de lancement des travaux ou d’inauguration est louée à plus de 700 millions de Franc Cfa par jour, auprès d’une société qui appartient à Ninelle Ngouelondele, la fille de Sassou Nguesso. Et, quand il y a fête à la présidence de la république, les chapiteaux sont montés et restent là pendant deux à trois semaines. Ceux qui passent devant la présidence de la république ne me diront pas le contraire.

Mais, nous voulons aussi dire que sous d’autres cieux, comme en Ethiopie, pour prendre le cas d’un pays africain qui se construit sans tambours battants, les cérémonies de lancement des travaux ou d’inauguration n’existent pas. Les Ethiopiens se réveillent, un matin, ils constatent que des pierres ou du sable ont été déposés à tel ou tel autre endroit. Le deuxième matin, ils voient des ouvriers. Un autre matin, on leur dit que le tramway est prêt, vous pouvez le prendre. Ou encore, les portes de telle ou telle autre banque sont déjà ouvertes et que vous pouviez y aller. Voilà des surprises agréables que le gouvernement éthiopien fait à la population. Mais, au Congo, on commence par annoncer que tel ou tel autre ministre est allé toucher du doigt la réalité. Et, il y a des ministre qui pendant tout leur mandat ne font que toucher la réalité. On pose deux ou trois fois la pierre pour des projets qui parfois ne voient pas le jour. On dépense des milliards pour louer des chapiteaux. On barre les routes pour perturber la circulation dans la ville juste pour l’inauguration d’un puits d’eau, construit par une société chinoise.

Cesser avec la Chinoiserie et confier les grands travaux au génie militaire

En écrivant cette partie de cet article, nous pensons à notre aîné, le colonel Michel Souza, conseiller au Conseil économique et social du Congo, avec qui nous avons régulièrement discuté la question alors que nous étions au cabinet du deuxième vice-président, Michel Mampouya.

Nous reprenons en substance ce que nous disions, jadis.

Le sous-développement du Congo est avant tout mental, provoqué par des dirigeants très complexés.
Ils restent encore fascinés par le mythe de l’étranger.

Examinons ensemble deux cas d’espèce

Le premier est celui du Boulevard des Armées dont la construction avait été lancée en 1968 par le commandant Alfred Raoul et qui avait été exécutée par le Génie civil de l’armée.
Ce boulevard est encore là et abrite les défilés militaires.

Le deuxième est constitué par l’ensemble des projets qui sont réalisés par les Chinois dont certains se détériorent déjà. Cas du complexe sportif de Makélékélé qui a connu récemment l’effondrement d’une barre de sécurité, et fait des blessés.
C’est ici où nous voulons rappeler le débat que nous avons eu régulièrement avec le colonel Michel Souza que nous aimions taquiner.

Nous avions toujours dit à ce militaire que notre pays gagnerait aussi en mettant à l’épreuve ses propres cadres.

Et, les Forces Armées Congolais (Fac) devaient à notre avis jouer un rôle déterminant dans le développement et non dans les guerres civiles. Elles devaient abriter les plus grandes écoles d’apprentissage des métiers.
Or dans les casernes, il y a déjà beaucoup de métiers : mécanique auto, couture, la maçonnerie, tôlerie. Il y a du génie civil.
Le gouvernement devrait donc améliorer les casernes pour qu’elles deviennent des grandes écoles de formation professionnelle.
Et, nous avons toujours pensé que les grands travaux devraient être confiés aux Forces Armées Congolaises qui ont déjà de l’expertise et des cadres bien formés dans beaucoup de domaines.

Malheureusement, le soldat m’a toujours contredit. Il pense que les militaires font déjà beaucoup dans les casernes, il seraient même surchargés. En somme ils passent leur temps à tout faire sauf le métier d’arme pour lequel ils sont payés.
Ce qu’ils savent bien faire, c’est tirer sur les populations non armées.

Au moment où le pays cherche à diversifier son économie, l’armée peut être utilisée dans le domaine de l’agriculture avec les cultures industrielles comme le riz, le café, le cacao, la pomme de terre, le maïs, la banane, l’arboriculture, la sylviculture, le reboisement, l’élevage et la pisciculture, la fabrication des tables-bancs pour équiper toutes les écoles.

Mais, au lieu d’employer l’armée comme appareil répressif d’Etat, le gouvernement devra construire ces structures dans les localités pour déconcentrer les villes et créer des centres urbains dans tous les départements. Quel grand gâchis de confier les Grands Travaux à un gros tas de graisse !

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain