Dans un Essai volumineux, « Voies et Moyens de la connaissance universelle de Dieu », paru aux Editions Dagan, Moyila Ngonda, diplomate et intellectuel originaire de la République démocratique du Congo, estime que sans « construction de soi ou maîtrise de soi  », la connaissance de Dieu est impossible.

Dans « Mon cœur mis à nu », Baudelaire écrit : « Il y a dans tout homme (...) deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. L’invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade ; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre. » Le dernier livre de Moyila Ngonda est, à coup sûr, une ode à la connaissance de Dieu pour « monter en grade » et un réquisitoire contre les fanges de l’obscurantisme, une joie pour beaucoup de « descendre ». Mais comment accéder à Dieu dans nos sociétés dites modernes, de consommation, caractérisées par une course effrénée à la jouissance matérielle ? C’est la tâche à laquelle s’attelle l’Ambassadeur de la RDC en Arabie Saoudite, Moyila Ngonda, dans un style d’une clarté biblique.

Oui, c’est par un effort permanent sur soi que l’homme s’approprie les fragments du pouvoir divin, « c’est par de nombreux moyens, tant les méthodes que les techniques d’apprentissage, que l’homme apprend les différents procédés et leurs pratiques menant à l’acquisition du pouvoir théurgique et spirituel  » (page 183). Un travail personnel mais toujours aidé par des maîtres lui indiquant la marche à suivre afin de ne pas trébucher sur les haies du doute et du découragement. C’est la condition pour « monter en grade  ». L’homme doit au préalable s’élever à un degré de perfection avant de prétendre accéder à Dieu, du moins à devenir apte à prendre son destin en main, puis à servir Autrui, une épiphanie du Visage, pour reprendre l’expression de l’immense philosophe Levinas.

Et, dans ses recherches, Moyila Ngonda distingue quatre impulsions primitives fondamentales : la recherche de la puissance, la possession, l’amour de la vie, le sens de la beauté morale. L’auteur nous invite de nous éloigner des trois premières impulsions au profit de la quatrième, qui est le but ultime. Apprendre à se construire a pour rôle de tenter de découvrir les lois et pénétrer leurs mécanismes. « A ceux qui savent : gare aux sentiments de grandeur, Gare au côté obscur de la force plus rapide, plus facile, plus attrayante. La commande des forces de l’invisible, sans contrôle de soi ni savoir, est pure folie ; qui souvent conduit à la neurasthénie, et à la mort...  » (page 182)

Le livre peut paraître érudit, voire ésotérique. Mais la procédure didactique de l’auteur n’est " ni scientifique, ni religieuse, ni ascétique, ni même mystique ou spirituelle. Elle vise tout simplement, à travers l’analyse de différents aspects de la connaissance (science, religion, ascèse...) à appréhender la manifestation divine, à démontrer que la création n’est pas qu’un « concours fortuit d’atomes ». La création, en effet, procède d’une intelligence supérieure, laquelle intervient dans la mise en œuvre de l’organisation structurelle observée dans le fonctionnement de chaque entité de l’univers. Pour Moyila Ngonda, l’humain ignore la grandeur qu’il y a en lui et dont il ne prend pas possession. Se contente-t-il seulement de cultiver les « fleurs du mal  » ? Or l’homme « peut réaliser un développement élevé et jouir d’une vie meilleure », il lui suffit d’utiliser, de façon rationnelle, ses potentialités qui ne demandent qu’à être activées et canalisées.

Bedel Baouna