Pour son quatrième album, « Ya Lelo ya Biso », arrangé par l’incontournable Francky Mouélet, Vital Fouemina a fait dans la dentelle : pléiade de musiciens talentueux, Balou Canta, Luciana Demingongo, Djuny Claude, Angelou Chevauchet, Soum Karol avec lequel il partagea la vedette dans le groupe Lisséki Mondo-Mondo en 1979 à Brazzaville.

L’album, composé de 15 titres, s’ouvre sur un poème en hommage à Barack Obama en tant que premier Président Noir des USA. S’ensuit « Ya Lelo ya biso » , une salsa époustouflante, une ode à l’amour tant l’auteur se rappelle sa rencontre, une nuit de Saint Sylvestre, avec celle qui accompagne désormais sa vie.

Puis Vital Fouemina de nous rappeler dans le titre 3, Lux et Vitalis, que le Congo-Brazzaville et l’élégance ont une vieille histoire commune ; c’est une image intemporelle que de voir, un dimanche, les sapeurs dandiner dans l’une des artères les plus célèbres de la capitale, l’Avenue Matsoua. Une mélopée magnifiée par les sublimes voix d’Angelou Chevauchet et de Djuny Claude. Oui, chez Vital comme chez les Congolais on est d’abord « Sapeur  » avant d’être musicien, footballeur ou homme politique…

Faisant le lien entre son premier album Expérimental Soukous et le dernier, Vital Fouemina indexe notre imaginaire dans la chanson Adieu Paris – une à une, chaque phrase sonne comme une conclusion sans appel : il n’est point de salut pour l’homme noir en dehors de ses terres natales, ses coutumes d’antan et qu’au seuil de notre vie, nous réalisons que l’assimilation nous rit au nez comme un miroir aux alouettes. Non, Adieu Paris n’est pas une forme de réponse à Etre né quelque part de Maxime Leforestier - le musicien français part de la thèse selon laquelle on ne choisit pas les rues d’Alger pour apprendre à marcher – mais une chanson née d’expériences, du vécu. Et ce n’est pas la crise des migrants qui secoue actuellement l’Europe qui fera changer l’avis de l’auteur de Lukaya lua zala. Il donne certes raison à Claude Nougaro qui chanta « Donne-moi ta main camarade... toi qui viens d’un pays où les gens sont si beaux »

Mais, Fouemina prône un retour perpétuel au bercail pour se ressourcer. Aussi chante-t-il souvent dans sa langue maternelle. « Il est clair que je suis plus à l’aise en chantant en Lari qu’en Lingala », avoue-t-il. En fait, Vital Fouemina a toujours redouté de se retrouver un jour dans la situation de cet étudiant moqué et raillé par Rabelais qui, prétendant parler toutes les langues du monde, n’en parlait en fait aucune, faute d’avoir commencé par la sienne. Il ne peut parler d’universalité sans affirmer sa singularité…

Un album à écouter impérativement !

Bedel Baouna