Le procès verbal de l’audience correctionnelle du 25 juillet 2016 qui spécifie la condamnation de l’opposant Paulin Victor Makaya Koutimpa à 24 mois de prison ferme est un modèle achevé d’abus de pouvoir, d’arbitraire et de déni de justice. De toute façon il fallait une sacrée dose de naïveté pour penser que le sanhédrin composé de magistrats aux patronymes très connotés ( Ebenga Valerien, Président ; Ombola Gervais Ferrol, juge ; Itoua Mouanday, juge ; Mouétséké Ingoba, greffier) allait faire un cadeau à l’accusé.

Il suffit de lire le chef d’accusation (incitation de trouble à l’ordre public et à l’insurrection, détention illégale d’armes et munitions de guerre, complicité d’incendie) pour se rendre compte de la logique absurde dans laquelle le prévenu Paulin Makaya allait être enfermé.

S’emparer du pouvoir de l’Etat ? Et alors ?

Et lorsque, à cette terrible accusation, les juges ont adjoint celle de chercher à « s’emparer du pouvoir d’Etat de manière illégale », on avait compris que le leader de l’UPC n’était pas sorti de l’auberge. Pas besoin, en effet, d’être clerc pour comprendre qu’on a affaire à la justice du village.

Comme pour donner raison à ceux qui pensent qu’il s’agit de folklore, la veille de sa libération prévue le 1er décembre 2017 : coup de théâtre. Les accusateurs de Paulin Makaya sortent une nouvelle carte de leur manche.

Paulin Makaya se voit accusé de tentative de mutinerie ayant entraîné la mort d’un gendarme ; de déclenchement d’un début d’incendie dans la prison.

Traduction de ce coup de poker : « Tu y es, tu y restes. » (au gnouf)

L’absurdité de la logique est soulignée par René Mavoungou Pambou : « Comment alors comprendre qu’il y ait eu évasion d’un nombre important de détenus parmi lesquels on a déploré des morts ? Est-ce c’est Paulin Makaya qui détient les clés de cette prison pour avoir la possibilité d’ouvrir les portes des cellules de ses codétenus ? » (Congo-liberty.com novembre 18, 2017)

On n’a pas encore tout vu de ceux qui jugent comme leurs ancêtres de l’Alima, c’est-à-dire sans foi ni loi.

« Avec ces nouveaux chefs d’accusation fantaisistes, il est aisé de comprendre que le leader de l’UPC doit s’attendre à subir un autre procès et une condamnation supplémentaire, certainement plus lourde que la première  » s’indigne à juste titre Mavoungou Pambou.

Un procès dans un procès ; en littérature ça s’appelle une « mise en abyme. »

Bref Sassou n’a jamais libéré un opposant embastillé par ses soins. Modeste Boukadia est l’exception qui confirme la règle. Jean-Marie Michel Mokoko, André Okombi Salissa, en attente de leur jugement, peuvent toujours attendre. Ils passeront noël et Bonne année en taule. Pour rester dans l’absurde, le prisonnier Marcel Ntsourou a échappé aux griffes du dictateur par la mort.

C’est le fond de l’abime.

On savait la justice congolaise aux ordres de la logique ethnique Mbochi. Quand on examine les chefs d’accusation, on est frappé par l’amnésie de ceux qui condamnent aujourd’hui les autres pour tentative de prise de pouvoir de « façon illégale » ; pour « insurrection » ou encore pour trouble à « l’ordre public ».

On a encore à l’oreille la voix nasillarde de l’actuel homme fort du Congo qui recommandait l’insurrection lorsque l’ordre institutionnel n’était pas respecté par un Président en exercice.

Que symbolise la date du 5 juin 1997 sinon une façon illégale de prise de pouvoir par Sassou ? Le bossu ne voit jamais sa bosse. Lequel, de celui qui triture la Constitution pour se maintenir au pouvoir et de celui qui s’insurge contre cette révision sadique de la loi, trouble l’ordre public ?

Les voleurs crient au voleur

Qu’a fait le citoyen Paulin Makaya en organisant une marche pacifique et pacifiste le 20 octobre 2015 si ce n’est appliquer la désobéissance civile que Sassou recommandait contre Pascal Lissouba en 1997 ?

Ceux qui ont triché (obtenant 8% de points aux dernières élections) osent parler de justice. Les voleurs crient au voleur. Arrivé au pouvoir par coup de force et avec à son actif des dizaines de milliers de morts, Sassou est mal placé pour juger Paulin Makaya. Lorsque les libertés individuelles sont bafouées, les peuples ont, en effet, le droit de se révolter à court ou à long terme. Or, à la longue, le terme de la suppression des libertés fondamentales c’est l’insurrection. Et, le terme de l’insurrection, c’est le pouvoir. Et en quoi c’est amoral de viser le pouvoir pour un leader politique ? Denis n’a pas plus de droit d’être Président du Congo que Paulin.

Dans un système politique « verrouillé à mort » comme celui que nous donne à voir Sassou, s’insurger est un devoir. Nombre de gouvernements ont été renversés pour moins que ça. Robert Mugabe, 37 ans de règne sans partage, n’a vu personne pleurer à chaudes larmes lorsqu’il a mordu la poussière. Et pourtant sans pétrole, le vieux Bob a fait plus de réformes que le vieux Otchombé. A sa chute, on sabrera le champagne sur l’ensemble du territoire congolais comme le peuple de Pointe-Noire a chanté et dansé à la mort du tristement célèbre Zulu Bad.

Le sénile dictateur de Harare avait probablement à sa solde des juges plus iniques que nos Oko Ngakala et autres Ngombé. Ca n’a pas empêché le cours de l’histoire de se dérouler malgré leurs parti-pris. Les jugements scélérats rendus contre les hommes politiques innocents ont, paradoxalement, le pouvoir de redorer leur aura dans l’imaginaire des populations. C’est à cause de l’arbitraire comme celui de la justice villageoise de Mpila que des Nelson Mandela ont émergé dans l’histoire de l’humanité.

Dans toutes les maisons d’arrêt sortent des martyrs. Et les peuples aiment hisser à la magistrature suprême tous ceux qui passent par le rituel purificateur de la case-prison. Alors Paulin Makaya, futur Mandela du Congo ?

Thierry Oko
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Procès verbal, pp 1 & 9
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