KINSHASA (AFP) - La Communauté internationale a demandé lundi le cantonnement total et la réduction des troupes du président de la République démocratique du Congo Joseph Kabila et du vice-président Jean-Pierre Bemba, accentuant sa pression sur les deux ex-belligérants candidats à la présidence.

Le Comité international d’accompagnement de la transition (Ciat) qui regroupe notamment les ambassadeurs à Kinshasa des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu, a requis dans un communiqué « la réduction et le cantonnement des forces des deux candidats ».

Les ambassadeurs ont expressément demandé la « substitution » de ces troupes « dans leur fonction de protection » des deux hommes d’Etat par la Mission de l’Onu en RDC (Monuc) et la force européenne Eufor, et ce « jusqu’à la fin du processus de transition » en RDC.

Le 20 août, jour de l’annonce des résultats provisoires du premier tour de la présidentielle du 30 juillet, des affrontements avaient éclaté entre troupes du président Kabila et du vice-président Bemba, arrivés en tête du scrutin.

Ces violences, qui ont duré trois jours et fait au moins 23 morts dans la capitale, avaient conduit à la première intervention militaire de l’Eufor, qui a déployé un millier d’hommes à Kinshasa pour garantir le bon déroulement du processus électoral, en appui aux quelque 17.600 Casques bleus de la Monuc.

Pour la première fois depuis ces violences, les deux hommes ont accepté le principe d’une rencontre « en tête-à-tête », a déclaré à la presse le ministre britannique de la Coopération internationale, Hilary Benn, au terme d’une visite de 24 heures à Kinshasa.

M. Benn a « exhorté les deux parties à amorcer des étapes rapides devant conduire à l’apaisement des tensions à Kinshasa », ce qui « implique la réduction de l’effectif » des gardes des deux hommes.

La garde présidentielle, estimée entre 10.000 et 16.000 hommes selon les sources, et les militaires de M. Bemba, évalués entre 2.000 et 5.000, n’ont pas encore intégré la nouvelle armée de RDC, en cours de restructuration.

La création d’une armée nationale restructurée incluant les anciens combattants de la guerre de 1998 à 2003 est prévue par l’Accord global et inclusif signé en décembre 2002 à Pretoria.

Le parrain de cet accord, le président sud-africain Thabo Mbeki, a enchaîné lundi à Kinshasa les entretiens avec MM. Kabila et Bemba, ainsi que les trois autres vice-présidents de RDC, en vue d’un atterrissage en douceur du processus démocratique.

Le vice-président Azarias Ruberwa a notamment déclaré à la presse qu’il avait évoqué avec le président sud-africain des « pistes de solution » pour relancer le travail des institutions et éviter au pays de replonger dans la guerre.

Le second tour de la présidentielle, combiné avec des élections provinciales, est fixé au 29 octobre et l’investiture du futur président de RDC le 10 décembre, selon un calendrier de la Commission électorale indépendante.

Ces élections, les premiers scrutins libres en pluralistes en plus de 40 ans dans l’ex-Zaïre, doivent mettre un terme à la fragile transition politique entamée en 2003.

La substitution des gardes rapprochées des deux candidats à la présidence « jusqu’à la fin du processus de transition » supposerait un accord des deux hommes d’Etat et la prolongation du mandat de l’Eufor, qui s’achève le 30 novembre.

« Il paraît absurde qu’Eufor lève le camp avant l’investiture du nouveau président », a déclaré à l’AFP un responsable de la Monuc sous couvert d’anonymat, sans préciser si l’Onu avait demandé ou non le maintien de la force européenne, déployée en RDC sous mandat du Conseil de sécurité.

« Afin que la campagne électorale, les scrutins et l’après-scrutin se passent dans un climat de paix », le Ciat a requis lundi, comme il l’avait fait avant les scrutins du 30 juillet, « le cantonnement de toutes les unités des FARDC (forces armées de RDC), sur l’ensemble du territoire national ».

Concernant Kinshasa, le Ciat s’est dit « fortement préoccupé par l’abondance et la circulation sans contrôle d’armes et d’hommes en armes » et a requis « la stricte interdiction de la circulation d’hommes en armes (...) à l’exception des agents en mission officielle, des agents de la Police nationale congolaise et des forces multinationales ».

Le Ciat a demandé dans ce but « l’établissement d’un mécanisme de vérification et de contrôle du respect du cantonnement, notamment à l’aide d’officiers de liaison ».

Ce mécanisme complèterait l’accord de cantonnement conclu le 22 août entre les deux camps, qui n’était toujours pas respecté lundi, de nombreux soldats en arme circulant librement dans la ville comme l’ont constaté des journalistes de l’AFP.