Notre rédaction s’est entretenu avec Roland Lévy Nitou au téléphone. Ci-après le récit d’une agression ahurissante en plein jour. On se serait cru à Kanga Mbanzi ou à Mama Mboualé, incontestables zones de non-droit où règne la terreur et où les enlèvements sont monnaie courante. La scène digne d’un film de série B ( Oyollywood) se passe à Paris, à un jet de salive de l’Elysée où l’infatigable Sassou faisait de la figuration dans un important sommet politique.

D’une voix calme, Roland Lévy Nitou explique les conditions de l’attaque où il aurait pu laisser la vie.

« J’étais arrivé vers 11 h 20 au lieu de la manif alors que j’avais rendez-vous à 9h30 avec la police pour remettre l’autorisation de la préfecture. J’étais en retard.  »
La horde d’assaillants, à bord d’un véhicule diplomatique, s’était déjà mise en place pour l’embuscade. Il s’agit, entre autres tontons-macoutes, du très tristement célèbre Edgar Bokilo, d’Osiris Ākobo, de Lopandza Lopolélé Warda, de Florian Miokono. Cinq bonshommes préparant un traquenard selon les méthodes des barbouzes étaient à l’affut. C’est une véritable chasse à l’homme en plein jour, sous le nez de la maréchaussée.

Nitou connaît le proverbe « bolé bantu, boukaka nsongo ». L’union fait la force. En groupe, Nitou n’aurait pas essuyé l’attaque. Seul, il était vulnérable. Mais ce militant dans les veines duquel coule le sang de la révolte a résisté. Il explique : « Les collègues étaient au travail, les autres en retard. Je m’apprêtais à remettre l’autorisation de la préfecture à la police. C’est la règle pour toute manifestation légale.  »

Sassou n’est l’ami de personne

Nitou est lourdement chargé lorsqu’il sort de la bouche du métro. « J’avais deux gros sacs, un drapeau. » Il ne pensait qu’à une chose : croiser les flics pour leur remettre le document officiel de la manif. Avait-il baissé la garde ? Dommage.

« J’ai entendu de grands pas derrière-moi » poursuit Nitou. Le commando parlait lingala et français. « Nitou yé wana  » (le voilà !) lance une voix. Le temps de se retourner, le coup de poing de Bokilo s’abat sur sa nuque. Nitou se retrouve à terre, à côté de ses lunettes. La Mercedes noire Vito, vitres fumées, conduite par Florian Miokono, manque l’écraser sur la chaussée. Puis l’attaque se poursuit sur le trottoir. Une dame (une policière) tente de s’interposer. Un assaillant filme la bastonnade. « Tu penses que le Président Sassou est ton ami ? » lance l’homme à la caméra, un élément de la garde rapprochée de Sassou. On entend sa voix-off sur la vidéo. Le bruit de la bagarre attire les autres policiers en civil chargés de sécuriser la manif anti-Sassou.

« On s’en fout de Sassou »

Les badauds commencent à affluer. Une partie du commando prend la fuite à bord de la Mercedes en direction de l’Hôtel Bristol. Edgar Bokilo n’a pas cette chance. Roland s’est agrippé à lui. La police arrête Bokilo. Mains au dos, fouille en règle, menottes, l’arrestation est musclée. « Je suis membre de la délégation présidentielle » lâche Bokilo avec son accent à couper au couteau. « Quel Président ? » demandent les flics. « Le Président Sassou  » répond Edgar Bokilo. « On s’en fout de Sassou  » disent les policiers.

Bokilo est conduit au commissariat. Il y a flagrant délit et préméditation. La fouille corporelle de l’agresseur est fructueuse. Coup de poing américain et une bombe lacrymogène de type Tazer sont extirpés de ses poches. « Vous avez la chance » disent les policiers à l’attention de Roland Levy Nitou car les armes de Bokilo sont redoutables. Le poing américain aurait pu causer de graves lésions sur le corps de Nitou ; quant à la bombe lacrymogène elle l’aurait aveuglé et paralysé.

Au poste de police, les flics constatent que Nitou ne possède aucune arme. Cela plaide en sa faveur et donne du poids à sa plainte. « Je hais la violence et l’injustice  » nous dit-il. Pacifiste ou pas, en cas de légitime-défense tout individu a le droit de riposter.

Quand le baobab tombe, il entraîne des arbustes dans sa chute.« J’avais une arme d’autodéfense dans ma poche, je m’en serai servi sans hésitation » nous dit le Président des Indignés 242, un disciple de Stéphane Hessel dont la raison d’être du combat est de chasser Sassou du Pouvoir.

Bokilo, relâché après une garde à vue de vingt-quatre heures, a immédiatement réalisé une vidéo où il fanfaronne que Roland Nitou a fui la confrontation au commissariat de police. Un commentaire sur le réseau Facebook dit que ledit Bokilo est en train de perdre la raison après son implication dans l’attaque de la rue du Faubourg Saint-Honoré.

Quid Bokilo ?

Edgar Bokilo est connu des services de police. On l’a déjà vu dans une vidéo où il se fait tabasser par les Combattants (des opposants au régime de Sassou) à une sortie de métro. Bokilo avait un vieux compte à régler ce 29 mai, Faubourg-Saint Honoré. Chien enragé, il est de toutes les actions pro-Sassou. Ancien agent de sécurité, il traine entre Paris et Brazzaville.

Malheureusement pour les agresseurs de Nitou, la zone était truffée de flics en civil. Nous sommes dans un contexte névralgique : les parages de l’Elysée où Macron reçoit les parties prenantes dans la crise libyenne. Sassou s’occupe du « haut niveau » des instances chargées de régler le conflit libyen post-Kadhafi.
La présence du tyran congolais à Paris justifie la manif au début de laquelle Roland Lévy Nitou sera violemment attaqué.

Suites judiciaires

Evidemment la riposte judiciaire a été immédiatement engagée. Contacté au téléphone par Me Philippe Youlou du barreau de Nice, Roland Nitou est également épaulé par une grande partie de la diaspora congolaise hostile au régime de Denis Sassou-Nguesso.
Une plainte a été déposée pour tentative d’assassinat avec préméditation.

Voilà une bonne chose. Ne rien faire c’est cautionner l’impunité. Si, en plus de semer la terreur au Congo, la horde primitive de Mpila s’en prend aux Congolais sur le territoire français, c’est à se demander si les locataires de l’Elysée, depuis Jacques Chirac jusqu’à Macron, en passant par le très hypocrite François Hollande, ne sont pas à la solde du très médiocre Denis Sassou-Nguesso.

Roga-Roga

La mobilisation anti-Sassou est à relier à la manif anti-Roga-Roga samedi 27 mai 2018 à Montreuil dans le 93.
Roland Lévy Nitou regrette la faible mobilisation de la diaspora et le peu de solidarité des Combattants de la RDC.« Les rares Inguéta qui étaient au Palais des Congrès de Montreuil sont venus en spectateurs » critique l’indigné Nitou.

« Nous les avons souvent soutenus. Ils n’ont pas renvoyé l’ascenseur. Au bout du compte les artistes kinois veulent s’engouffrer dans la brèche faite par Roga-Roga. Werrason doit boire du petit lait.  »
Ca risque en effet de faire jurisprudence. Il reste que l’opération « Mbata ya ba kolo » a beaucoup refroidi la coopération militante entre les deux Congo. Et pourtant les Combattants de Brazzaville avaient condamné, en son temps, l’opération Mbata de Jean-François Ndenguet.

Les politiques

« J’en veux aux politiques de la diaspora. On ne les voit jamais sur le terrain. Or c’est là que se passe le combat. J’en veux particulièrement à Modeste Boukadia. On ne l’a jamais vu dans une manif. On ne lui demande pas de participer à des actions musclées. La simple présence des politiques est encourageante » souligne Nitou.
On n’a pas trop non plus vu les artistes congolais protester contre le concert inique de Roga-Roga.
A quelques exceptions près : Samy Massamba, Loko Massengo, Tanawa, Lucien Bokilo depuis les Etats-Unis (à ne pas confondre avec le très stupide Edgar Bokilo) ont protesté contre l’arrivée du musicien du PCT à Paris.
Résultat des courses : il y a eu une trentaine de gardes-à-vue en milieu Combattant. Pour la petite histoire, le PCT avait réservé le Palais des Congrès de Montreuil pour trois jours. Après le concert de Roga qui fut un flop, le PCT/Paris y a tenu une réunion-bidon. Sous prétexte que les Combattants allaient s’en prendre aux militants du Parti Congolais du Travail, la police prolongera leur garde-à-vue jusqu’à la fin de la réservation de la salle par les amis de Sassou. La collusion Préfecture parisienne/ régime de Brazzaville est allée jusqu’au bout de l’ignominie.

Régis Batola

D’où est venue l’idée de créer le mouvement des Indignés du 242  ?
« On s’était retrouvé à une manif à l’ambassade du Congo à Paris pour s’indigner contre l’assassinat à Pointe-Noire du jeune Régis Batola. En 2015. Les Indignés sont nés à la suite de ce crime commis par Sassou sur un citoyen portant un T-shirt avec une mention hostile au régime de Mpila  » explique Nitou.

« Je suis démocrate. J’ai été élu président des Indignés à la suite d’un vote. Nous sommes un noyau d’une quinzaine de personnes. L’association est reconnue à la préfecture et figure dans le Journal Officiel  » commente-t-il.

Les représailles

Les parents des résistants sont sujets à des menaces au Congo. Une récente vidéo postée de Brazzaville par des individus masqués a proféré des menaces à l’encontre des ascendants. Menacer parents et amis des résistants est une vieille ficelle du terrorisme. .

La réponse la plus efficace de Sassou contre l’indignation c’est de soit dégager le plancher soit accepter le dialogue. Dans tous les cas, c’est une meilleure répartition de la richesse qui apaiserait les tensions. En un mot : 22 ans après la guerre civile du 5 juin 1997, les Congolais ne veulent plus de Sassou alias papa 8%.

Thierry Oko