L’essor de la production d’hydrocarbures assurent au Congo-Brazzaville une relative prospérité au point de vue macroéconomique, malgré des infrastructures et des services publics en mauvais état ainsi que de fortes inégalités dans la répartition des revenus pétroliers. Excepté l’agriculture et la branche des brasseries, aucun secteur n’est épargné, le plus affecté étant celui du BTP, en raison de la suspension des grands projets d’infrastructures. La récession ayant fait chuter le niveau des recettes fiscales et d’exportations, le budget de l’État s’est contracté de 24 % en 2017, les réserves budgétaires auprès de la Beac se sont épuisées, et les réserves de change sont tombées à un mois et demi d’importations. Pour réduire les dépenses, le budget d’investissement a été sérieusement revu à la baisse dans tous les ministères. Le budget de fonctionnement reste similaire à celui de 2016.

La croissance économique devrait probablement rebondir cette année, soutenue par les investissements publics (lignes de fibre optique, infrastructures de transport) et un redémarrage de la production minière. Elle serait toutefois insuffisante de moitié face au taux de croissance de la population, s’il n’y a pas d’ajustement budgétaire significatif, qui permettrait de ne pas toucher aux filets sociaux et remettre en cause la baisse amorcée du taux de pauvreté.

Le regain de la croissance économique repose par ailleurs sur la volonté de l’État de financer la diversification économique. Or, cette dernière peine à démarrer. Le port de Pointe-Noire, qui dispose d’atouts réels, avec l’élargissement prévu de son terminal à containeurs, travaille en dessous de ses capacités actuelles, avec des importations en repli sensibles. Des incertitudes persistent quant à la production pétrolière congolaise au-delà de 2018 (pic pétrolier théorique), laissant planer quelques doutes sur l’avenir économique du pays, si l’État ne trouve pas de financements à court terme lui permettant d’endiguer le repli des réserves et couvrir son déficit budgétaire.

Il faut donc que notre pays parvienne à maîtriser les ressorts internes de sa croissance et se dégage à terme d’une économie de la rente. Cela suppose d’impulser un véritable projet économique et industriel. Aucun pays ne peut se développer ou resté développé s’il ne dispose pas d’une base productive suffisamment large et performante.

Dans certains pays occidentaux comme la France, le déclin des activités productives est synonyme d’incapacité à produire de la richesse et à maintenir durablement le niveau des revenus réels. Ce déclin aboutit à un sous-emploi global des facteurs de production car le chômage s’ajoute au sous-investissement.

Si la ré-industrialisation est un impératif qui commence à être partagé désormais, au Congo-Brazzaville, sa mise en œuvre fait l’objet d’intenses débats. Ici, nous considérons qu’il convient de mettre en évidence le rôle central des « visions du monde » que portent les acteurs, le plus souvent sans les interroger. Ces visions structurent les modes de pensée et d’agir. Elles doivent donc servir de fondement à la fois pour comprendre les principes et les normes qui ont conduit à la désindustrialisation et à une économie de la rente et penser des principes et normes alternatifs de construction d’une véritable industrie.

Il convient avant tout qu’un gigantesque effort d’éducation et de qualification soit entrepris allant de l’école à l’entreprise. Cet effort, qui nécessitera durablement des moyens importants ne peut prendre son véritable sens que si le regard porté sur le travail change radicalement. Si les entreprises veulent innover, être compétitives par la qualité de leurs produits, elles devront reconnaître que le travail est synonyme de compétences, de valeur et source de créativité.

De même, une fiscalité différenciée qui avantagerait le réinvestissement des bénéfices au détriment du versement de dividendes devenus excessifs permettrait de financer l’investissement industriel, qui fait trop souvent office de variable d’arbitrage.

Changer la manière de produire et élever le niveau de formation devrait conduire à une meilleure redistribution des richesses et à une réduction notable des inégalités sociales.
On ne construit pas l’avenir sur un déni de réalité, c’est pourquoi le chef de l’Etat Denis Sassou N’GUESSO dans son adresse du 14 Août dernier a reconnu la crise financière et économique dans notre pays le Congo, qui est au demeurant surmontable.

Roger Ndokolo
Président du parti du centre UNIRR
(Union pour la Refondation Républicaine)