Dans l’histoire des droits humains et des populations en danger, chaque fois que la société des victimes commence à parler de génocide dont ses membres ont été sujets, les négationnistes se mettent en place, sortent les canines, se mettent à aboyer. C’est ce qui arrive au Congo-Brazzaville comme en témoigne la violente réaction du gouvernement de Sassou.

Après la sortie, en septembre dernier, aux Editions L’Harmattan, à Paris, en France, du livre Le génocide des Laris au Congo, de Dominique Nkounkou, avocat au Barreau de Paris, quelques membres du gouvernement, notamment les ministres de l’Intérieur, Raymond Zéphirin Mboulou, de la Justice, des droits humains, et de la promotion des peuples autochtones, Aimé Ange Wilfrid Bininga, ainsi que de la Communication et des médias, porte-parole du gouvernement, Thierry Lezin Moungalla, avec eux le président de l’Assemblée nationale, Isidore Mvouba, sont montés au créneau pour dire qu’il n’y a pas eu génocide au Pool.

L’ouvrage, «  Le génocide des Laris au Congo  », a été carrément interdit d’entrer, de vente et de circulation au Congo.

Pourtant, de nombreux exemplaires de ce livre sont déjà rentrés au Congo, et que tous les grands dignitaires du pouvoir l’ont déjà lu. Les Editions L’Harmattan ont un lieu de vente à Brazzaville.

Pourtant, c’est depuis des années que des documents qui prouvent le génocide congolais et qui seraient signés par Denis Sassou Nguesso, et dont les copies seraient jointes dans une plainte, déposée à la Cour pénale internationale et au Secrétariat des Nations Unies, par l’association des avocats français d’origine congolaise, c’est depuis des années qu’ils circulent partout dans le monde. Et, les Congolais les ont tous lus !

Me Dominique Nkounkou qui serait membre de cette association d’avocats français ne s’est, sans doute, que servi de ces documents qui jusqu’à ce jour n’ont jamais suscité la réaction de Sassou Nguesso, lui-même, ou de ses proches, pour écrire son livre.
Et, si cet avocat parisien ne parle que du Pool c’est tout simplement parce qu’il en est originaire. Or le Pool est aussi le département qui a payé le lourd tribut de toutes les guerres qu’a connues le Congo-Brazzaville.

«  Le génocide des Laris au Congo » est une réaction et une opinion personnelle que l’auteur se fait sur les massacres qui ont eu lieu dans le département du Pool et qui ne trouvent leurs explications que dans les documents sur l’ « Opération Mouébara ». Est-il interdit d’avoir une opinion personnelle ?

Rappelons qu’en 1997, les partisans de Denis Sassou Nguesso, notamment son parti politique, avairnt porté plainte contre le président Pascal Lissouba auprès du Tribunal international de la Haye pour génocide et crime contre l’humanité. Et, notre collègue Asie Dominique de Marseille, aujourd’hui hystérique face à Dominique Koukkou, avait soutenu cette plainte contre Lissouba.

Ce qui veut dire que les Congolais reconnaissent qu’il y a eu un génocide dans leur pays. Il ne reste donc qu’à déterminer les auteurs. C’est le grand mérite de ce livre. Bravo, Me Nkounkou ! Solidarité entre écrivains oblige !

Ne faisons pas le boa, mais faisons la vipère

Ne faisons pas le boa mais la vipère pour dire tout simplement que ne serons pas long. Voici ci-après le document sur l’Opération Mouébara qui fait bien état de la programmation de l’extermination des populations de la partie sud du pays, y compris les Laris du département du Pool, et qui a été mis sur les réseaux sociaux depuis des années.

C’est dans les objectifs de ce plan et le but de cette guerre que ressortent les caractéristiques d’un génocide.

« Présidence de la République du Congo
Unité - Travail – Progrès
Comité Mixte d’Actions Spéciales N° 023/99/PR/CMAS
Vu et approuvé par le président de la république, chef de l’Etat, chef suprême des armées
.

PLAN D’ACTIVITES DU TRIMESTRE IV DE L’OPERATION MOUEBARA (01/10 – 31/12/99)

Zones cibles du trimestre : Pool-Nord, Bouénza-Nord, Lékoumou – Niari-Forestier (cf. cartes tactiques jointes au plan).

SECRET DEFENSE

Vu et approuvé par le président de la république, chef de l’Etat, chef suprême des armées.

N° D’ORDRE : 01 POOL-NORD
ACTIONS :

Pilonnage de Kibouéndé ; Bombardement de Mayama ;
Empoisonnement des sources d’eau de la zone du Pool Nord.

OBJECTIFS :

Dépeupler les pays de Mpangala, donner la mort aux personnes se trouvant dans les secteurs des tirs, maintenir les fugitifs dans les forêts par la terreur du pilonnage et les pousser à la mort lente par la famine et les maladies, pousser à l’exil forcé au Gabon et en RDC, terroriser les résistants de l’étranger.

NORMES D APPRECIATION DES OBJECTIFS :

Passable (25000 tués, 15000 déplacés) ; Bien (30000 tués, 20000 déplacés) ; Excellent (45000 tués, 70000 déplacés).

NOTA BENE :

Brûler tout jeune en âge de combattre en provenance des zones à forte résistance.

DELAI ou PERIODE :

Mi-octobre début novembre selon conditions météorologiques (absence pluie et brouillard).

MOYENS D’EXECUTION - MATERIEL :

2 Mig-21, 4 hélico, 112 bombes, 81 missiles, 37 lance-flammes, 12 canons 122, 20 véhicules 4x4, 280 rockets, 1000 menus, 20 blindés, 5000 grenades. 1 million 7,62.

MOYENS D’EXECUTION - PERSONNEL :

468 hommes (344 expatriés, 124 nationaux).

MOYENS D’EXECUTION - FINANCES (CFA) :

Carburant (108 millions), internement (160 millions),

Prestations (646 millions),

Imprévus (98 millions) : total = 1016 millions.

RESPONSABLE : Général de brigade Blaise ADOUA.

OBSERVATIONS :

Pilonner et bombarder les lieux à forte concentration humaine (marchés, églises, écoles, terrains de sport, etc.).
Utiliser les signaux externes des ONG humanitaires pour attirer les foules et faire des tirs groupés.

N° D’ORDRE 02 BOUENZA-NORD
ACTIONS :

Bombarder la zone de Mouyondzi ; - Bombarder la zone de Mabombo.

OBJECTIFS A ATTEINDRE :

Dépeupler les plateaux Babémbés, donner la mort aux personnes se trouvant dans la zone de bombardement, maintenir les fugitifs dans les forêts par la terreur des bombardements et leur causer la mort à petit feu, pousser à l’exil forcé vers le Gabon, terroriser les résistants de l’étranger.
Mêmes normes que le n°1.

DELAI OU PERIODE : mois de novembre - décembre.

MOYENS D’EXECUTION - MATERIEL :
2 Mig-21, 4 hélico, 22 blindés, 21 véhicules 4x4, 120 bombes,
109 missiles, 300 rockets, 23 lance-flammes. 1 million 7,62.

MOYENS D’EXECUTION - PERSONNEL :

524 hommes (446 expatriés, 78 nationaux).

MOYENS D’EXECUTION - FINANCES (CFA) :

Carburant (150 millions), hébergement (168 millions),
Prestations (699 millions),
Imprévus (106 millions) : total = 1123 millions.

RESPONSABLE : Général de brigade Longonda Philippe.

OBSERVATIONS :

Bombarder le marché de Mouyondzi-centre, l’hôpital de Moukala, les champs et le village Louboto proche du barrage Moukoukoulou ;
Préparer une action médiatique avant, pendant et après les raids (Voir avec Jean-Paul PIGASSE) (1).

N° D’ORDRE 03
LEKOUMOU-NIARI FORESTIER

ACTIONS :
Bombarder la zone de Sibiti et Zanaga ; - Bombarder la zone de Mossendjo et Mayoko.

OBJECTIFS A ATTEINDRE :

Dépeupler le Niari forestier et la Lékoumou, donner la mort aux personnes se trouvant dans la zone de bombardement, maintenir les fugitifs dans les forêts par la terreur des bombardements et leur causer la mort à petit feu, pousser à l’exil forcé vers le Gabon, incendier le village natal de Lissouba.
Mêmes normes que le n°1.

DELAI OU PERIODE : mois de octobre - novembre - décembre.

MOYENS D’EXECUTION - MATERIEL : 2 Mig-21, 4 hélico, blindés, véhicules 4x4, 115 bombes, 98 missiles, 271 rockets, 14 lance-flammes. 1 million 7,62.

MOYENS D’EXECUTION - PERSONNEL :

415 hommes (346 expatriés, 69 nationaux).

MOYENS D’EXECUTION - FINANCES (CFA) :

Carburant (140 millions), hébergement (138 millions),
Prestations (662 millions),
Imprévus (95 millions) : total = 1035 millions.

RESPONSABLE : Général de brigade ESSONGO B.

OBSERVATIONS :
Bombarder le marché de Mossendjo-centre, l’hôpital de Makabana, les champs et alentours de MBinda, préparer une action médiatique avant, pendant et après les raids (Voir avec Jean-Paul PIGASSE).

BILAN PREVISIONNEL POUR LE IVeme TRIMESTRE :

Nombre de tués (125.000 hommes), nombre de fugitifs (275.000 hommes), nombre de départs en exil forcé (40.000 hommes). Soit un dépeuplement total de 430.000 hommes.

COUT TOTAL DES OPERATIONS POUR LE IVème TRIMESTRE :
1016.000.000 + 1123.000.000 + 1035.000.000 =
3.174.000.000 F CFA.

MODALITES DE DOTATION :

529 millions (1/6 du montant) par quinzaine.

Fait à Brazzaville, le 27 Septembre 1999.
Pour le Comité d’Actions Spéciales,
Le Général de brigade ESSONGO

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain