« Ce n’est pas avec ceux qui ont créé les problèmes qu’il faut espérer les résoudre  » A.Einstein

Un dialogue politique met en présence des groupes d’intérêt différents qui s´engagent à se pencher sur une question dont les enjeux sont mutuels, mais pas nécessairement communs. Rien de commun en effet entre d’une part, le peuple congolais qui aspire à une véritable démocratie et de l’autre, le tyran d’Oyo qui souffre du syndrome de l’arapède politique : mourir au pouvoir, même haï par son peuple.

Les seules négociations viables avec le dictateur, concernent son départ.

Comme nous le rappelle GENE Sharp dans son célèbre « De la dictature à la démocratie », les seules négociations qui vaillent avec un dictateur, ce sont celles qui concernent les conditions de son exil ou de son transfèrement au TPI. Point barre. Il n’y a plus une quelconque porte de sortie à négocier pour le boutefeu d’Oyo. Du referendum dans le sang à la défaite cinglante transformée en victoire, il les a toutes ratées. Toute négociation avec un tyran, embellirait son régime en le rendant légitime.

Il n’est pas superflu de rappeler que c’est bien Sassou qui a réussi à transformer le Congo, jadis pays de Cocagne en une authentique géhenne ; un véritable temple du tribalisme, du népotisme, de la médiocrité, de la corruption et de la kleptomanie. L’un des pays au monde où le vice et les « antivaleurs » sont portés sur les fonts baptismaux. Il ne fera jamais rien de bon qui irait dans le sens du mieux-être des Congolais. S’il a délibérément perpétré des bombardements des populations civiles dans le Pool, pour s’adonner à son activité préférée « verser les larmes et le sang des autres  », ce ne sont pas les négociations qui transformeraient le barbare qu’il est en enfant de chœur !

Il sied de signaler, à toutes fins utiles que, dans les sociétés humaines, les arguments de droit n’ont de poids que dans la mesure où les adversaires en présence disposent des moyens de contrainte équivalents. Par conséquent, si tel n’est pas le cas, les plus forts tirent tout le parti possible de leur puissance tandis que les plus faibles n’ont qu’à s’incliner. Quand on connaît le mépris de Sassou à l’égard de tout ce qui caractérise une démocratie, toute tentative de renversement de rapport de forces en sa défaveur tournera toujours à l’épreuve de force.

On ne le dira jamais assez : normalement, toute négociation, tout dialogue, aujourd’hui et plus encore demain, se gagnera d’abord par la connaissance, en l’occurrence, par la compréhension de l’environnement dans toutes ses dimensions. Au sein de l’opposition congolaise, tout au moins celle qui semble la plus crédible et déterminée à porter l’estocade à Sassou, nous assistons à un véritable salmigondis où le flou se mêle à l’irrationnel. C’est à se demander s’ils sont véritablement conscients de la capacité de nuisance du clan d’en face. Nous n’avons pas affaire à des enfants de chœur, ni à des férus de la démocratie ; mais à un clan qui a toujours fait preuve de sa cruauté, prêt à tout pour enfoncer le pays dans les abysses de la barbarie, y compris en marchant sur des milliers de cadavres de nos compatriotes pour assouvir ses fantasmes. Il convient de se le rappeler.

Pour l’instant, toutes les volontés susceptibles de concourir à la création du rapport de force, doivent être sollicitées. Elles doivent mettre le peuple au centre de l’action pour libérer notre pays pris en otage par l’organisation criminelle sans foi ni loi, venue tout droit d’Oyo. Pour cela, le peuple saura actionner en temps utile, l’allié infaillible qui a fait ses preuves ailleurs en Afrique : la rue vociférante.

Tous les ingrédients de réalisation de ce scénario jonchent abondamment toute l’étendue du territoire national : salaires non versés depuis des mois, CHU en grève, licenciements massifs à Pointe-Noire, harcèlement policier, guerre inutile dans le Pool, endettement du pays à hauteur de plus de 120 % du PIB, syndicalistes menacés de mort, élections truquées etc.

Il convient honnêtement d’exhorter nos leaders de la nécessité d’en finir avec la réflexologie pavlovienne qui consiste à annoncer en avance la date d’une manifestation qui se termine toujours par leur embastillement. Du reste, les révolutionnaires du monde entier savent tirer les conséquences de la lumineuse citation de Albert Einstein « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ».

La cacophonie de l’opposition

Demander à hue et à dia un dialogue inclusif aux contours à géométrie variable à Sassou, relève d’une procrastination, à plusieurs égards. Habitué des rencontres dont il a la maîtrise, parce qu’elles sont organisées par lui, Sassou n’acceptera jamais de participer à une CNS bis qui le dépouillerait de ses pouvoirs, conquis en massacrant les Congolais. Le seul dialogue viable se tiendrait sans Sassou en convoquant toutes les couches de la société congolaise.

La dernière mise en scène avec les pseudos « sages du Pool », a une fois de plus mis en relief la schizophrénie de Sassou. On s’en souviendra : pendant qu’il semblait faire appel au dialogue, il intensifiait simultanément les bombardements dans certaines localités du Pool. Avide de sang, il invite une fois de plus les résistants du révérend Pasteur Ntoumi à rendre les armes, pour un remake des « disparus du Beach ».

Comment peut-on être naïf , au point de croire qu’on pourrait faire entendre raison à un homme qui a imposé une Constitution qui consacre l’impunité en marchant sur les dizaines de cadavres des Congolais (Article 96 de sa constitution), et qui a eu l’outrecuidance de faire proclamer des résultats faux par une cour constitutionnelle illégale ? Ce n’est plus de la naïveté, c’est la mauvaise foi, doublée de calculs politiciens honteux. Non ! Sassou n’est pas digne de confiance, il a toujours cherché à doubler ses partenaires : NToumi, Kolelas père, Mbéri, Yhombi etc., l’ont appris à leurs dépens. Un dialogue avec quelqu’un qui a une pierre à la place du cœur, est un piège redoutable.

Un gouvernement d’Union Nationale à la Modeste Boukadia est une véritable plaisanterie de mauvais goût, tant, Sassou plomberait toute initiative visant à assainir l’économie. Une telle combine contre le peuple, sous la houlette de Sassou, ne viserait qu’une redistribution de postes entre professionnels de la politique, sans aucune retombée positive sur les populations. Il imposerait ses sbires à tous les postes régaliens ( défense, finance, justice etc…) pour bloquer toutes les bonnes actions gouvernementales.

Un dialogue réclamé à tue-tête par Mathias Dzon et le Collectif des partis d’opposition n’est ni productif, ni souhaitable pour notre pays. Il aurait pour vocation de donner du sang neuf à cette organisation criminelle qui tient lieu de gouvernement, ce qui retarderait son effondrement. La seule épreuve de force qui vaille, consiste à actionner tous les leviers sociétaux de nature à affaiblir ce monstre froid. Dans les conditions actuelles, il est peu probable qu’un dialogue politique ait un sens réel et aboutisse à une résolution pérenne des crises qui se multiplient dans notre pays ( guerre du Pool, affaire de prisonniers politiques, faillite du pays, biens mal acquis etc…).

Dans les relations humaines en général, et sous une dictature notamment, si l’avilissement d’un peuple par un autocrate, peut paraître comme une péripétie dont la fin est écrite d’avance, il n’en demeure pas moins que, la capacité d’organisation, de persuasion et de mobilisation politique, devrait à coup sûr, renverser ce rapport asymétrique.

Au -delà des vraies tractations susceptibles de préparer un projet idoine pour notre pays, il faut se projeter dans la gestion des conditions de l’éviction de tout ce système mafieux au sommet de l’Etat. Le Congo trouverait ainsi l’occasion de pansement des blessures d’un peuple broyé par la mauvaise foi d’un régime cupide, tyrannique, dénaturé et infecté par des transfuges éhontés. L’ampleur du désappointement de ce peuple en quête d’équité, de justice et de liberté n’avait jamais autant atteint son paroxysme. Même à ceux qui lui demandent un dialogue exclusif, Sassou et son clan jouent le pourrissement. Ils risquent, à court terme, d’être désavoués et défenestrés par le réveil brusque d’un peuple prétendu fataliste, longtemps grugé, humilié et opprimé.

Djess Dia Moungouansi