Une explosion mortelle dans la Likouala passée sous silence

mardi 29 janvier 2013
  • Henri Ndjombo : accident ou attentat ?

Les ministres congolais gagnent plus de 10 millions de FCFA par mois, les ministres d’Etat, 15 millions. Mais leur métier peut s’avérer dangereux. La preuve cette effroyable explosion dans la Likouala qui n’a pas fait grand bruit à Brazzaville. Silence de mort...

UN MORT, DE NOMBREUX BLESSES

Henri Djombo, ministre de L’Environnement, du Développement durable et de l’économie forestière, l’a échappé belle. Il aurait bu la tasse s’il n’y avait pas eu un changement de programme de dernière heure. Sa vedette personnelle a, semble-t-il, mystérieusement explosé ce 31 décembre 2012 entre la Noël et la Bonne Année. N’eut été la suggestion d’un ami français l’invitant de prendre l’avion au lieu de prendre la route puis d’emprunter son bateau, à l’heure qu’il est, le Ministre ne serait plus de ce monde.

Bilan : un mort (son garde du corps) et de nombreux blessés.

Comme aurait pu dire Voltaire : « une heure après avoir été en vie, il ne serait plus envié.  »

Des tas d’envieux

En effet des tas d’envieux rôdent dans le sillage de cet homme politique dont la longévité au pouvoir a, on s’en doute, fortement garni le compte en banque. Il y a une forêt d’hommes politiques locaux (Likouala) qui aimeraient être à sa place. Son juteux poste au ministère de l’or vert a fait de lui l’un des plus riches du gouvernement de Sassou.

Il est de notoriété publique que le torchon brûle chez les Katangais. La sagesse de Claude Ernest Ndalla dépêché jadis dans la Likouala pour calmer les frères ennemis n’y fit rien. Contrôler le leadership de la région incite les notables locaux de s’appliquer la loi de la jungle. Les volées de bois verts tombent de toute part. Et plus on est élevé, plus la foudre des adversaires vous frappe. Or Henri Djombo est un sycomore dans la Likouala.

Par ailleurs, les petits exploitants forestiers lui en voudraient. Ils reprochent à Henri Djombo de chercher à leur ôter le pain de la bouche suite aux contrats avec L’Union Européenne. Ces petites entreprises trouvent les clauses trop drastiques. Menacées par le chômage, celles-ci ont alors un bon mobile pour attenter à la vie du ministre de la forêt, empêcheur de tourner en rond. Soit. Mais de là à en vouloir mortellement à Henri Djombo, c’est mal connaître les enjeux internationaux où le bassin du Congo (avec ou sans Henri Ndjombo) est considéré par les spécialistes de l’environnement comme l’un des poumons de la planète. Donc à préserver précieusement.

Ayant pour habitude de passer la Saint-Sylvestre à Enniellé, sa localité, Henri Djombo avait prévu de se rendre à Pokola par voie fluviale pour faire la fiesta. Sur les conseils d’un ami forestier, il résolut de prendre l’avion. « Ca vous fatiguera moins » lui dit cet ami avisé.

C’est ce qui lui a sauvé la vie.

Evacués à Douala

En revanche, son garde du corps n’a pas eu cette chance. Il a été le seul, parmi les trente victimes de l’explosion, à avoir perdu la vie.

Son corps a été retrouvé, flottant sur les eaux, au-delà de la frontière avec le Cameroun. D’ailleurs les rescapés de l’épouvantable accident ont été évacués et soignés à Douala.

A en croire le journal Thalassa (le seul canard à avoir rapporté le tragique accident), la dépouille du garde du corps a été rapatriée à Brazzaville dans un avion à bord duquel le ministre Ndjombo avait pris place. C’est curieux que le naufrage du bateau n’ait pas fait de vagues dans la presse congolaise.

Bouc émissaire

A l’arrivée du cortège funéraire à l’aéroport de Maya-Maya, le ministre a failli être lynché, de peu, par les parents du malheureux garde du corps.

La famille accuserait le ministre des Forêts d’avoir sacrifié le pauvre militaire pour je ne sais quel rite magique maçonnique.

Il faut toujours un bouc émissaire à tout. Le ministre n’a dû son salut qu’aux forces de police ayant dispersé les parents fous de rage.

En attendant, le ministre Djombo a intérêt à vachement cogiter pour déterminer s’il s’agit d’un accident ou d’un attentat visant sa personne. Et s’il s’agit d’attentat, la question est : fait-il partie de la série des sujets gênant en train de disparaître ces temps-ci ?





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