Les prochaines élections présidentielles au Congo avancent à pas de géant ! Déjà, certains partis politiques investissent leurs candidats et croient à la victoire ; d’autres décident de ne pas y participer.

Et pour cause, les dés étant déjà pipés. Les logiciels de la CENI et du ministère de l’Intérieur ne connaissent que le nom de Denis Sassou Nguesso ; mais il y a aussi l’impréparation du gouvernement qui n’a pas pris tout son temps pour préparer cette échéance électorale qui ne rassure pas sur la bonne tenue de cette majeure échéance électorale.

Nous nous intéresserons à une candidature : celle du leader de l’UDH-YUKI, Guy Brice Parfait Kolelas, qui vient d’être investi candidat.

Effectivement, Pako, comme l’appellent affectueusement ses partisans, allait être le candidat de l’espoir de tous les Congolais si et seulement s’il n’avait pas seulement regardé la direction du vent et s’était laissé emporter.
Mais, s’il avait regardé les résultats de l’élection de mars 2016 et bâti sa stratégie politique des cinq dernières années à partir des suffrages exprimés.
La science politique a plus besoin de la météorologie. que des mathématiques pour être exacte.

2021 a un grand lien avec 2016

A l’issue des élections présidentielles du 20 mars 2016, le leader de l’UDH-YUKI, Guy Brice Parfait Kolelas, partait au deuxième tour avec Jean Marie Michel Mokoko, un candidat indépendant, si Denis Sassou Nguesso n’avait pas court-circuité le processus électoral et volé la victoire des Congolais.

Nous ne voulons pas ici revenir sur le contentieux ou chercher à savoir qui d’entre Kolelas et Mokoko avait eu plus de suffrages au premier tour de cette élection.
Mais, au moment où les deux étaient victimes d’un braquage électoral fait par Sassou Nguesso, le bon sens était que les deux cheminent ensemble désormais.
En plus, Jean Marie Michel Mokoko est condamné à vingt ans d’emprisonnement et jeté arbitrairement en prison.

Le premier réflexe de Kolelas, s’il était visionnaire, allait être celui de supporter cette situation et de prendre le leadership de l’opposition.
Son challenger n’étant plus en liberté et ne pouvant plus continuer le combat politique, il en devenait naturellement la tête d’affiche. La nature ayant horreur du vide.
Un bon stratège ne se serait pas contenté du petit débat qui avait eu lieu à l’opposition et ne ferait pas séduire par les promesses de celui là même qui l’a dépossédé, en lui volant la victoire. Il n’y a qu’au Congo que l’on connaît cette dialectique politique.

L’anecdote du serpent et du rat

Quand brûle la brousse, il arrive que le serpent et le rat se terrent dans un même trou, sans se faire du mal. Les deux ne sont là que pour s’abriter. Le temps de laisser passer le danger.
Le rat et le serpent savent que leur ennemi commun, c’est le feu. Ils font la paix et décident de cohabiter.
Kolélas et Mokoko étaient tous les deux en danger et menacés par Sassou Nguesso. Les deux partaient au deuxième tour.
L’un a été jeté en prison, et l’autre est resté sur la scène politique.
Le stratège politique n’allait pas quitter le bateau dans lequel il y a avait 92% des Congolais.
La place du leader de cette opposition revenait automatiquement à Kolélas
Et, pendant les cinq ans du mandat de Sassou, il allait être le leader des partisans de Mokoko et d’André Okombi Salissa qui sont en prison. Il allait les visiter et les soigner.
Comme dans la parabole du bon berger, toutes les brebis allaient connaître et suivre sa voix.
Mais, Kolélas s’est malheureusement retrouvé du côté du feu, de celui qui était le danger, à savoir Denis Sassou Nguesso.
Nous avons appris, pendant les moments tumultueux, que pour ramener son fils adoptif, Kolelas, dans la maison familiale, Denis Sassou Nguesso lui aurait promis la présidence de l’opposition gouvernementale.
Mais arrivé dans la maison, Sassou Nguesso a donné ce poste à Pascal Tsaty Mabiala, un autre racheté de la politique congolaise.

Faire d’une pierre deux coups

Alors que beaucoup de partis politiques n’entendent pas participer au prochain holdup électoral de Denis Sassou Nguesso, le leader de Yuki, Guy Brice Parfait Kolélas lui, prend le parti de se présenter.

Il croit à sa victoire et promet de bien la tenir, cette fois-ci, dans ses deux mains pour qu’elle ne glisse pas ou qu’on ne la lui arrache pas, comme en 2016.
Mais, nous avons aussi appris que si Guy Brice Parfait Kolélas tient à tout prix à se présenter à l’élection présidentielle de mars prochain, c’est parce que son père adoptif veut faire de lui soit le président de l’opposition soit le premier ministre. Chez Sassou, à chacun son tour. Une rumeur qui pourtant a découragé l’actuel occupant de ce poste.
Mais, on apprend aussi que Sassou Nguesso a un plan B. Il veut faire d’une pierre deux coups. Mais, tout dépendra du climat qui régnera dans le pays pendant les élections.
Au cas où la tension montait dans le pays jusqu’à tout faire sauter, il fera de Kolelas un Félix Tshisekedi, de la même manière que cela s’est passé au Congo-Kinshasa, entre Kabila et Tshisekedi, lors des dernières élections présidentielles.
Kolelas sera proclamé président du Congo. Car, Sassou Nguesso craint de tout perdre. Tant mieux de perdre le pouvoir que de tout perdre (vies, biens meubles et immeubles) et d’être envoyé en exil par les populations. Telle est la parole de vie du clan au pouvoir.
En plus, il y a la situation de la Centrafrique dans laquelle Sassou est impliqué pour avoir vendu des armes et des munitions et abrité la rébellion centrafricaine, dirigée par l’ancien président, François Bozizé, dans les forêts congolaises, qui fait peur au pouvoir de Brazzaville.
Sassou sait désormais que tel qu’il est revenu au pouvoir tel qu’il peut partir.

Le plan B de Sassou Nguesso

Le plan B de Sassou Nguesso consiste à faire un coup d’état dans un coup d’état afin de créer le poste de vice-président qu’il veut confier à son fils, Christel Denis Sassou, qui, parait-il, est devenu inconsolable. Sassou Nguesso sera toujours au pouvoir à travers le vice-président. Y aurait-il donc un deal entre Sassou et Kolélas ?
Mais, la grande question que l’on se pose, aujourd’hui, est celle de savoir pourquoi le leader de Yuki qui est capable de gagner une élection libre et transparente, se laisse séduire par les illusions du pouvoir chaque fois qu’on les lui fait miroiter ?
C’est quoi être président de l’opposition gouvernementale si ce n’est pas l’honneur d’avoir le rang d’un ministre d’Etat ?
A quoi sert d’être le premier ministre d’un gouvernement de Denis Sassou Nguesso si ce ne sont pas que les honneurs que l’on cherche ?
Sassou Nguesso décide, lui-même, le projet et le calendrier du gouvernement.
En plus, il est maître dans la politique de doublure.
Il nomme un premier ministre du sud, et un vice-premier ministre du nord à qui il a plus confiance et à qui il donne plus de pouvoir.

Les larrons se font par toutes les occasions

Le problème de Guy Brice Parfait se situe, entre autres, à ce niveau. Nous avons l’impression qu’il saute un peu trop vite sur les proies faciles.
Alors qu’en politique, il faut se tracer une ligne et façonner sa conduite par rapport à cette ligne. Il n’y a que les larrons qui se font par toutes les occasions.

Pour conclure nous revenons sur ce que nous avons dit précédemment : si Kolélas était resté à l’opposition et mis sous sa houlette les partisans de Jean Marie Michel Mokoko et ceux d’André Okombi Salissa, il gagnerait, sur le plan mathématique, l’élection présidentielle de mars prochain.
Les Congolais allaient se servir d’une simple opération mathématique : addition des voix de Mokoko, d’André Okombi Salissa et les siennes auxquelles ils ajouteraient les miettes des autres candidats de la dernière élection présidentielle, pour fêter la victoire.
Or aujourd’hui, Kolelas ne compte que sur ses militants qui sont insuffisants pour lui faire gagner.
Va-t-il tendre la main à Mokoko et Okombi ? Nous craignons qu’ils lui répondent avec ces paroles de la bible : « J’étais en prison ; mais tu ne m’as pas visité »
A leurs partisans ? Ils diront « Nous avons eu faim et soif ; mais tu ne nous as pas donné à manger et à boire. »
Pascal Tsaty Mabiala ? Il lui dira sans doute « O mona wapi mbwa a kaba mokuwa » (le chien ne partage pas son os) pour protéger son fauteuil de président de l’opposition.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain